Les cyanobactéries, nouvelle bombe à méthane

Le 17 janvier 2020 par Romain Loury
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La cyanobactérie Anabaena lemmermani
La cyanobactérie Anabaena lemmermani
Pr. Hans-Peter Grossart

Des chercheurs ont mis en évidence l’existence d’une source jusqu’alors inconnue de méthane, à savoir les cyanobactéries («algues bleues»), dans une étude publiée mercredi 15 janvier dans la revue Science Advances. Or, du fait du réchauffement et de l’eutrophisation, ces microorganismes sont voués à un avenir radieux.

Jusqu’alors, il était admis que seules les archées (anciennement appelées archéobactéries) pouvaient produire du méthane, et ce uniquement en l’absence d’oxygène. C’est d’ailleurs leur présence dans l’appareil digestif des ruminants qui explique les fortes émissions de méthane liées à l’élevage bovin.

Or ce dogme tend à faiblir, après que plusieurs travaux ont montré que d’autres organismes, y compris des plantes et des animaux (dont l’homme), pouvaient produire du méthane, en présence d’oxygène, bien qu’à de plus faibles taux que les archées. Dans une étude publiée mercredi 15 janvier, l’équipe de Hans-Peter Grossart, de l’Institut Leibniz d’écologie des douces et des pêches intérieures (Berlin), révèle que les cyanobactéries en produisent elles-mêmes.

Les cyanobactéries omniprésentes sur Terre

Jusqu’alors inconnu, ce phénomène n’a rien d’anecdotique: groupe d’organismes le plus présent sur Terre, les cyanobactéries peuplent aussi bien les milieux marins, d’eau douce que terrestres. Elles devraient prospérer avec l’eutrophisation croissante des milieux aquatiques, mais aussi du fait du réchauffement.

Leur production de méthane, qui a lieu aussi bien en présence qu’en absence d’oxygène, avec ou sans lumière, pourrait donc accroître les émissions de cet important gaz à effet de serre, deuxième contributeur du réchauffement après le CO2. Ce qui, comme la fonte du permafrost, constituerait un phénomène de rétroaction positive. La masse mondiale de cyanobactéries demeurant inconnue, les chercheurs ne se risquent pas à calculer leurs émissions totales de méthane.

D’un potentiel de réchauffement global (PRG) 28 fois plus élevé que le CO2, le méthane connaît une croissance très forte: d’environ 700 parties par milliard (ppb) à l’ère préindustrielle, il atteignait 1870,5 ppb en septembre 2019, soit 10,1 ppb de plus qu’en septembre 2018, selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).