Les cultures OGM accroissent l’utilisation des herbicides

Le 17 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Les ministères de l’agriculture et de l’écologie ont demandé à l’Institut national de recherche agronomique (Inra) de mener une expertise scientifique sur les perspectives de développement de végétaux génétiquement modifiés pour être tolérants aux herbicides. Des végétaux TH dont la culture se développe rapidement dans le monde et en France. L’argument des entreprises qui les commercialisent, c’est qu’ils sont plus facile à employer par les agriculteurs lorsqu’ils traitent leurs champs.

Des cultures qui progressent donc puisqu’en mars 2011, le Haut conseil des biotechnologies (HCB) a été saisi pour avis d'une demande formulée par l'entreprise Monsanto, visant à l'autorisation de la culture du soja transgénique 40-3-2. «Cette lignée de soja a été génétiquement modifiée pour produire une protéine CP4 EPSPS conférant à la plante une tolérance au glyphosate (substance active contenue notamment dans l'herbicide total Round-Up™). Cette plante pourrait constituer un outil supplémentaire dans la panoplie à disposition des agriculteurs qui souhaiteraient l'utiliser, pour lutter contre les mauvaises herbes, puisqu'elle autorise des pratiques de désherbage chimique commodes et flexibles», précise le HCB dans un communiqué de presse.

 
Mais l'utilisation d'une plante tolérante à un herbicide total à grande échelle n’est pas sans conséquences. En tout cas, le HCB estime que ces conséquences doivent être évaluées: «A une époque où la réduction d'emploi de produits phytosanitaires constitue un enjeu majeur, il s'agit d'abord de s'assurer que l'épandage d'herbicides totaux n'entraînera pas d'effets environnementaux ou sanitaires indésirables plus importants que ceux des herbicides sélectifs actuellement utilisés, question sur laquelle les données existantes sont encore incomplètes. Il s'agit ensuite d'éviter que l'usage croissant d'herbicides totaux ne favorise le développement de plantes résistantes ce qui induirait une perte d'efficacité d'un outil précieux de lutte contre les mauvaises herbes».
 
L’expertise de l’Inra présenté mercredi 16 novembre a donc porté sur le caractère «tolérants aux herbicides», introduit intentionnellement dans une lignée végétale dans une démarche d’amélioration végétale. Ces végétaux génétiquement modifiés sont obtenus soit par sélection naturelle, soit par mutagénèse soit par transgénèse. L’expertise a permis d’apporter quelques éléments de réponse sur les effets agronomiques, environnementaux et socio-économiques de ces végétaux génétiquement modifiés.
 
En ce qui concerne l’évolution dans la consommation d’herbicides, les experts constatent qu’à court terme, «la substitution d’un programme de désherbage comportant plusieurs produits sélectifs par un herbicide à large spectre induit potentiellement une réduction des doses pour une même efficacité». Cependant, des enquêtes récentes réalisées aux Etats-Unis indiquent que cette différence de consommation d’herbicides entre végétaux TH et non TH régresse en quelques années. En d’autres termes, la consommation d’herbicides augmente sur le long terme, un phénomène observé, notamment, pour les cultures de soja et de coton. Les doses de glyphosate augmentent ainsi que le nombre de traitements «en réponse au phénomène de dérive de flore». Les agriculteurs ont également recours à des herbicides complémentaires pour lutter contre les espèces devenues résistantes au glyphosate.
 
Quels sont les effets de ces végétaux TH sur les mauvaises herbes? Au total, plus de 200 espèces de mauvaises herbes auraient développé des résistances spontanées aux végétaux TH. Trois phénomènes contribuent à l’apparition d’adventices peu sensibles ou résistantes à l’herbicide. Premier cas de figure: d’autres espèces d’adventices peuvent coloniser l’espace libéré par les herbicides, il s’agit du phénomène de dérive de flore. ll peut s’agir également de l’apparition spontanée de résistances chez les adventices. Le phénomène a été observé aux Etats-Unis pour le glyphosate. Dernier phénomène observé, celui de la diffusion du caractère TH parmi les mauvaises herbes: un flux de gènes s’opère entre les cultures et les adventices.
 
En ce qui concerne l’impact des végétaux TH sur la biodiversité, les auteurs n’ont pu examiner que les quelques études disponibles sur le sujet. Il semblerait toutefois que les effets sur la biodiversité semblent surtout liés au désherbage, c’est-à-dire à la réduction de la flore adventice et une diminution des populations de bactéries associées.
 
Un des arguments favorables à l’utilisation de végétaux tolérants aux herbicides est de réduire la quantité d’herbicides épandus sur les cultures et donc de limiter ainsi la contamination des sols et des nappes phréatiques. Les experts tablent donc sur une diminution globale de l’utilisation de pesticides, mais sa réalité est limitée. En effet, l’avantage d’utiliser un herbicide total pour remplacer les autres herbicides sélectifs est limité par l’écotoxicité d’un des produits de dégradation du glyphosate: l’Ampa (un acide phosphonique) qui est très stable dans le sol et peut donc migrer vers les nappes phréatiques.
 
Le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde depuis 20 ans, possède un produit de dégradation Ampa qui est très soluble dans l’eau et surtout persistant, puisqu’on le retrouve dans 40 % des eaux françaises. Selon l’expertise collective, le principal effet lié à l’adoption de Végétaux TH «paraît donc être l’emploi des mêmes molécules sur des surfaces plus importantes conduisant mécaniquement à des teneurs plus élevées de ces molécules dans les eaux et augmentant les risques d’atteindre les taux-limites réglementaires de potabilité».
Et donc si les effets du glyphosate sur le milieu naturel sont limités, ils demeurent bien réels.
 
Quelle utilisation fait la France des végétaux TH? En 2010, 35.000 hectares de tournesol TH étaient cultivés en France. Cette année, la surface cultivée est passée à 80.000 ha, ce qui représente 11% des cultures de tournesol dans le pays. Quant au colza TH, il serait en cours d’inscription.
L’adoption de ces espèces tolérantes au glyphosate est massive à l’échelle mondiale, puisque 81% des surfaces de soja dans le monde sont tolérantes à cet herbicide total. Aux Etats-Unis par exemple, 95% des cultures de betterave sont TH.
 
Les experts ont conclu leur présentation en rappelant qu’aux Etats-Unis, la stratégie TH est actuellement remise en cause. Ces doutes sont liés à deux constats non favorables aux cultures de végétaux TH. D’abord, l’apparition de résistances parmi les mauvaises herbes mais surtout l’augmentation de la consommation d’herbicides sur le long terme. Les experts français souhaitent donc maintenant que les évaluations soient réalisées non plus à l’échelle de la parcelle mais à celle du territoire. L’un de ses experts s’est déclaré «surpris par la fuite en avant pour éradiquer nos adventices».


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