Les coûts cachés du démantèlement des plates-formes de la mer du Nord

Le 09 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En mer du Nord britannique, le démantèlement des installations pétrolières pourrait coûter 27 Md€.
En mer du Nord britannique, le démantèlement des installations pétrolières pourrait coûter 27 Md€.
Shell

Le montant du nettoyage de la mer du Nord vient d’être revu à la hausse. De quoi mécontenter le ministre des finances britannique et les indépendantistes écossais.

 

 

C’est la question qui fâche, outre-Manche. Combien coûtera finalement le démantèlement des infrastructures pétrolières et gazières de la mer du Nord. Pour la partie britannique, Londres tablait jusqu’alors sur un devis dont le montant atteint déjà 16 milliards de livres (18,7 milliards d’euros). Très optimiste, estime Wood Mackenzie. Dévoilée par le Financial Times, la dernière étude du consultant chiffre à 24 Md£ (27,6 Md€) le montant de la facture finale: 50% de mieux que l’estimation gouvernementale, elle-même très proche de celle d’Oil and Gad UK, la fédération des entreprises pétrogazières britanniques.

470 plates-formes

Il est vrai que le chantier s’annonce colossal et difficile. D’ici 2050, il faudra sortir de l’eau et renvoyer à terre 470 plates-formes, mettre en sécurité 5.000 puits, remonter 10.000 kilomètres de canalisations et 40.000 structures en béton. Des sociétés, comme Veolia, se sont positionnées sur ce marché prometteur. L’armateur suisse Allsea a conçu un navire démanteleur de plate-forme hors normes. Le Pioneering Spirit est un catamaran de 380 mètres de long. Doté de deux grues géantes, il soulève des éléments pesant jusqu’à 48.000 tonnes: près de 5 fois la masse de la Tour Eiffel!

 

Les montants des travaux restent encore théoriques. L’un des facteurs à prendre en compte est la souplesse de la Commission européenne. Selon qu’elle fera appliquer strictement le principe ‘leave no trace’ (pas la moindre trace) de la Convention Ospar ou qu’elle tolèrera des opérateurs qu’ils laissent au fond certaines installations (les pieds des plates-formes, par exemple), le montant de la facture finale ne sera pas le même.

Si quelques structures ont déjà été enlevées, le gros des opérations devrait bientôt débuter. D’ici à 2020, 10 Md£ (11,5 Md€) de travaux devraient être effectués sur les champs de Brent, Dunlin, Saltire, Brae, Balmoral et MacCulloch, estime Wood Mackenzie. Dans les prochaines semaines, le Pioneering Spirit devrait s’attaquer à Brent Delta une plate-forme de 23.000 t, anciennement exploitée par Royal Dutch Shell. La compagnie anglo-néerlandaise devrait prochainement lancer un appel d’offres pour le démantèlement de l’ensemble des installations du champ de Brent, le premier à avoir été mis en production en mer du Nord britannique, en 1976.

Le pétrole coûte au Trésor

Bon pour l’environnement marin, le démantèlement des infrastructures de l’or noir britannique pose néanmoins des problèmes fiscaux et donc politiques. En vertu d’une loi de 2012, les compagnies finançant l’enlèvement de leurs anciennes installations offshore bénéficient d’importants allègements fiscaux. Ce qui tombe plutôt bien, en cette période de bas prix du brut. Jusqu’à présent, la taxation de la production du gaz et du pétrole rapportait beaucoup au Trésor de sa Majesté: 330 Md£ (380 Md€) ont ainsi été collectées depuis les années 1970. Ce n’est plus le cas.

L’an passé, pour la première fois depuis le début de la ruée sur l’or noir de la mer du Nord, le montant des allègements fiscaux pour démantèlement a été plus important que les taxes sur la production d’hydrocarbures. Avec la baisse annoncée de la production de liquides et de gaz, cette situation est appelée à durer et à s’amplifier.

Ce qui n’est pas de très bon augure pour les gouvernements, britannique et écossais. Indépendantiste, ce dernier voit disparaître ses revenus pétroliers à grande vitesse. Or, moins Edinbourg bénéficiera de l’argent du brut et du gaz, moins les perspectives d’une séparation de l’Ecosse et du Royaume-Uni seront enthousiasmantes pour les électeurs écossais.

 

 


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