Les conséquences de l’abrogation du marché du carbone australien

Le 21 juillet 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Australie pourra-t-elle encore financer des énergies renouvelables ?
L'Australie pourra-t-elle encore financer des énergies renouvelables ?
Clean Energy Council

La troisième aura été la bonne. Après deux tentatives, c’est finalement dans la journée de jeudi 17 juillet qu’une majorité de sénateurs australiens a voté l’abrogation de la taxe carbone et du marché des quotas d’émission de gaz carbonique qui allait lui succéder.

Adopté en novembre 2011 par la précédente administration, travailliste, le dispositif du Clean Energy Package obligeait 370 grandes entreprises à payer une taxe de 23 dollars australiens (16 euros) par tonne de dioxyde de carbone émise. L’ancien Premier ministre travailliste, Kevin Rudd, avait prévu de remplacer cette taxe dès juillet 2014 par un système d'échange de quotas d'émission de CO2, comparable à ceux de la Nouvelle-Zélande ou de l'Union européenne.

vote historique

Politiquement, ce vote historique (c’est la première fois qu’un Etat met fin à un mécanisme de régulation des rejets de gaz à effet de serre) devrait être favorable aux conservateurs –au pouvoir à Canberra- qui avaient fait campagne contre la taxe carbone. Or il n’en est rien. Tony Abott, le Premier ministre, est au plus bas dans les sondages. La population pourrait lui tenir rigueur de quelques menteries et de sérieuses approximations proférées ces derniers mois.

Durant la dernière campagne électorale, Tony Abott avait dit que le coût du gigot d’agneau culminerait à 100 $ (69 €) le kilogramme au cas où l’agriculture australienne devrait payer pour émettre du gaz carbonique. En début de semaine, le kg de gigot se négociait aux alentours de 15 $ (10 €) dans les boucheries de Sydney. Mais le plus important n’est pas là. Dans leur argumentaire électoral, les conservateurs et leurs alliés (parmi lesquels on trouve un parti financé par un patron de groupe minier et des parlementaires adorateurs de moto) expliquaient que l’abrogation de la Carbon Tax réduirait d’environ 550 $/an (381 €) le montant de la facture énergétique de chaque ménage. Ce qui reste à démontrer.

Allocations gratuites

Les plus gros émetteurs, les exploitants de centrales électriques au charbon notamment, ont reçu l’essentiel, voire la totalité, de leurs quotas d’émission gratuitement. Histoire que l’internalisation des coûts du carbone ne leur soit pas trop douloureuse. Ce qui ne les a pas empêchés d’augmenter leur prix, comme cela s’était vu durant la première période du marché européen du carbone. Résultat: ceux qui se sont amusés à faire passer le prix du carbone dans leur facture en sont pour leur frais. Les cours de l’électricien AGL Energy ont chuté de plus de 5% après l’abrogation. Explication: avec la fin des aides publiques à l’amélioration de ces installations, le propriétaire de deux des plus grosses centrales à charbon du pays verra baisser ses bénéfices de 186 M$ (129 M€) en 2015. De plus, les marchés de l’électricité avaient largement anticipé le vote des parlementaires. Les contrats à terme n’ont pas bronché (et surtout pas à la baisse) après l’annonce de la Tax Repeal.

Certains industriels sont particulièrement mécontents de cette décision. Les entreprises développant des projets d’énergies renouvelables pourraient ne pas se remettre non pas de l’abrogation de la taxe mais des soutiens aux «renouvelables» qu’elle permettait, via le Clean Energy Finance Corp, institution également en cours de fermeture. Selon Bloomberg New Energy Finance, le montant des investissements dans les énergies «vertes» australiennes s’est élevé à 40 M$ (28 M€) depuis le début de l’année. On sera donc très loin des 2,7 Md$ (1,9 Md€) investis l’an passé. AGL Energy avait aussi de très gros projets éoliens (1.900 mégawatts) qu’il sera désormais difficile de financer, faute d’aides publiques. L’énergéticien de Sydney prévoyait de construire 5 parcs éoliens, pour une puissance installée de 1.900 MW. Faute d’aides publiques, ces projets sont désormais difficiles à financer.

Plan d'action directe

Même si Tony Abott confirme la validité de l’objectif climatique australien (-5% entre 2000 et 2020), le Premier ministre est bien incapable, pour le moment, de présenter une quelconque stratégie d’atténuation. Son fameux projet de plan d’action directe promet d’inciter financièrement les gros émetteurs à maîtriser leurs rejets de GES, en finançant la modernisation de leurs installations ou l’achat de crédits carbone. Problème: il n’est toujours pas financé.

La décision australienne pourrait-elle influer sur le marché européen du carbone? Les marchés australien et européen des quotas de gaz à effet de serre devaient être couplés à partir de 2018. Ce qui aurait permis aux industriels australiens d’acheter des quotas moins chers que chez eux et aux Européens de trouver un débouché à leurs tombereaux de quotas en surnombre. «Objectivement, s’il y a une influence, elle ne sera que marginale, estime Mark Lewis, analyste chez KeplerChevreux. Les achats australiens étaient limités. Et les prix du quota européen sont tellement bas qu’il aurait fallu une énorme demande pour voir les prix remonter.»

Menace sud-Coréenne

Nombre d’observateurs considèrent que le gouvernement australien s’est mis face au vent de l’histoire, à 500 jours de la Conférence climatique de Paris. Est-ce si sûr? Vendredi 18 juillet, le vice-Premier ministre et ministre des finances sud-coréen a laissé entendre qu’il pourrait de nouveau retarder l’ouverture du marché de quotas d’émission local, prévue en janvier 2015. Le système qui devait réguler les rejets de GES des 400 plus gros industriels du Pays du matin calme, était prévu initialement pour démarrer en 2013. La Corée du Sud s’est engagée à alléger d’un tiers son empreinte carbone d’ici 2020 par rapport aux scénarios tendanciels. Pas gagné.



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