Les conditions d’élevage de lapins dénoncées par L. 214

Le 27 mars 2013 par Marine Jobert
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Une centaine de manifestants place du Trocadéro, portent dans leurs bras des lapins morts, issus d'élevages industriels.
Une centaine de manifestants place du Trocadéro, portent dans leurs bras des lapins morts, issus d'élevages industriels.
L.214

Chaque matin, les cuniculteurs ramassent les cadavres de ceux qui n’ont pas passé la nuit. Les fourrures blanches, grises ou brunes sont entassées dans des cageots ou stockées dans de grands congélateurs, en attendant le passage de l’équarisseur. Eliminés par l’éleveur ou touchés par la maladie, 20% des lapins qui naissent vivants dans les 1.200 élevages français mourront avant l’abattoir. Ces chiffres, tirés de documents de la «filière lapin» et de rapports officiels, ont été présentés ce matin par L.214. L’association de protection du bien-être animal a mené l’enquête dans 8 élevages français situés en Poitou-Charentes et en Bretagne, qui concentrent les trois quarts de la production française. Elle en a tiré une vidéo, qui décrit par le menu les conditions d’élevage de la viande de lapin «made in France». Ames sensibles s’abstenir.

 

«Un élevage, c’est 600 lapines reproductrices, inséminées tous les 42 jours et 6.000 lapins nés sur place», détaille Sébastien Arsac, de L.214. Ces femelles font naître chacune environ 50 lapereaux par an, qui seront envoyés à l’engraissage au bout de 30 jours, avant de finir à l’abattoir après 72 jours de vie. Une très courte existence –un lapin peut vivre jusqu’à 10 ans- dont l’horizon se limitera à une cage grillagée, dans laquelle s’entassent 8 à 9 lapins. Les grillages leur cisaillent les pattes, ils peuvent difficilement se retourner et en aucune façon bondir ou creuser un quelconque tunnel pour s’y réfugier. «Chaque lapin a n espace équivalent à une feuille A4 », précise Brigitte Gothière, de L.214. Sur la vidéo tournée par l’association, on voit des oreilles aux abcès purulents, des yeux larmoyants, -sans compter tous les problèmes gastriques et respiratoires invisibles à l’image, mais dont souffrent majoritairement les lapins.

 

«Plus ils sont entassés, plus ils sont fragiles aux maladies et au stress», indique Sébastien Arsac. Un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) indique que les lapins sont les animaux d’élevage les plus traités aux antibiotiques. «A même quantité de viande produite, ils consomment 6 fois plus d’antibiotiques que les cochons», indique L.214, qui précise que c’est à titre préventif, et non curatif, que ces médicaments sont la plupart du temps prescrits. Chaque année, 71 tonnes d’antibiotiques sont administrés -soit 7,8% du tonnage d’antibiotiques dans les élevages français-, qui ont obtenu une autorisation de mise sur le marché pour soigner spécifiquement les lapins. «Mais les lapins sont traités avec quantités d’antibiotiques qui ne sont pas indiqués pour eux, mais pour les bovins ou les porcins. Ces prescriptions sont à la discrétion des vétérinaires, en toute légalité», précise Brigitte Gothière.

 

Nombre de molécules administrées aux lapins –et souvent incorporées dans la nourriture, vendue telle quelle par les coopératives- sont également utilisées dans la pharmacopée destinée aux humains. C’est le cas pour deux antibiotiques dits «critiques»[1], c’est-à-dire ceux qui sont administrés en dernier traitement contre certaines affections chez l’homme. Last, but not least: le record du taux le plus élevé de non-conformité de résidus d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires, ce sont les lapins qui le détiennent selon l’agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa)[2]. De quoi nourrir l’inquiétude sur les antibiorésistances qui se multiplient dans la population humaine.

 

L.214 lance cette opération pour donner une visibilité à des conditions de vie «très peu connues du grand public -alors que 90% des Français se disent opposés à l’élevage intensif[3]- et faire pression sur la grande distribution pour qu’elle retire de ses rayons la viande de lapin en provenance de l’élevage de batterie[4]». L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique ou la Suisse ont adopté des législations qui vont de l’interdiction pure et simple des cages de batterie au retrait des rayons pour de la viande produite dans de mauvaises conditions, sous la pression d’associations de défense du bien-être animal.

 

Les Français mangent en moyenne 1 kilogramme de lapin par an–soit 1,5% de la viande consommée-, avec une nette appétence des plus de 50 ans pour ces animaux. Une consommation largement satisfaite par les 40 millions de lapins élevés en France -3e producteur européen et 5e producteur mondial- en dépit de la concurrence espagnole, italienne et surtout chinoise.



[1] Les fluoroquinolones et les céphalosporines.

[2] http://efsa.europa.eu/en/supporting/doc/212e.pdf

[3] Sondage OpinionWay de février 2013, cité par L.214.

[4] Ce qui revient dans les faits à bannir le lapin, puisqu’il est impossible de trouver du lapin élevé autrement, -hormis les élevages familiaux, mais pratiqués en cage également.

 



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