Les comptes de la transition énergétique

Le 17 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Mettre fin à la rente pétrolière.
Mettre fin à la rente pétrolière.
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Ce sera l’un des grands sujets débattus par les parlementaires lors de l’examen du projet de loi sur la transition énergétique, l’an prochain: combien ça coûte? Comme en témoigne une récente note du groupe d’experts du débat national sur la transition énergétique (DNTE), répondre précisément à cette interrogation suppose d’avoir choisi une trajectoire de transition. Ce que 6 mois de débats acharnés n’ont pas permis de faire. Globalement, les sages ont planché sur 4 trajectoires de transition énergétique qui nous mènent en 2050: décarbonation par l’électricité (DEC), demande moyenne et diversification (DIC), efficacité énergétique et diversification (EFF), sobriété énergétique et sortie du nucléaire (SOB).

 

Business as usual

Soutenue par l’Union française de l’électricité (UFE, le lobby du secteur), la trajectoire DEC voit se poursuivre l’étalement urbain et l’accroissement du nombre de logements. La rénovation du parc bâti modère la demande en chaleur, où les combustibles fossiles sont progressivement abandonnés au profit de la biomasse et de l’électricité. La mobilité s’appuie sur un fort développement de transports en commun électrifiés (+200%) et de véhicules électriques ou hybrides (40% du trafic). L’électricité satisfait la moitié des besoins, le reste étant couvert par les agrocarburants et les produits pétroliers. La demande d’électricité double et représente la moitié de la consommation finale en 2050 (9% en 2011). Le nucléaire reste la première source de production d’électricité (70%). Consommation d’énergie finale: 135 millions de tonnes équivalent pétrole -Mtep- (contre 156 en 2010). Production d’électricité: 886 térawattheures par an (541 en 2010). Emissions de CO2 liées à l’énergie: 102 MteqCO2/an (381 en 2010).

 

La vision de l’Etat

Scénario de la Direction générale de l’énergie et du climat, DIV table sur une diminution de 17% de la consommation d’énergie finale et une division par deux de l’intensité énergétique du PIB, en 2050. Tous les leviers de l’efficacité énergétique sont actionnés, sans toutefois exiger de changements radicaux de comportement. 70% du parc immobilier existant est rénové en 2050. Les énergies carbonées laissent la place à la biomasse et aux réseaux de chaleur. La mobilité des personnes n’augmente que très faiblement, contrairement aux transports de marchandises qui doublent. Les véhicules dépensant 2 litres aux 100 km se généralisent dès 2030 et le mix est très diversifié avec 25% de véhicules électriques, les agrocarburants toujours et un développement des véhicules au gaz.

Consommation d’énergie finale: 138 Mtep. Production d’électricité: 596 TWh/an. Emissions de CO2 liées à l’énergie: 115 MteqCO2/an.

 

Le fruit de l’Ademe

Fruit des réflexions des ingénieurs de l’Ademe, EFF envisage une évolution différente de certains besoins structurels: stabilisation des surfaces tertiaires par employé, moindre croissance (+20%) du fret, maîtrise de la croissance de la mobilité des personnes. Pas moins de 500.000 logements par an sont rénovés (divisant par deux leur consommation d’énergie). Le développement des transports urbains et des modes de transport doux réduisent légèrement l’usage de la voiture. Aux côtés de l’électricité, qui occupe une part croissante dans le bilan (40% en 2050), chaleur et gaz se substituent progressivement aux énergies fossiles. La production d’électricité s’appuie sur le développement des énergies renouvelables. La part du nucléaire est réduite et le recours aux fossiles diminue significativement.

Consommation d’énergie finale: 80 Mtep. Production d’électricité: 399 TWh/an. Emissions de CO2 liées à l’énergie: 61 MteqCO2/an.

 

Le scénario écolo

Enfant naturel du scénario Negawatt, SOB ambitionne simultanément la sortie du nucléaire et des énergies fossiles. La réduction de la consommation repose en partie sur la recherche d’une plus grande sobriété, individuelle et collective. Les véhicules sont allégés, les limites de vitesse sont abaissées. Recyclage et écologie industrielle sont des valeurs universelles. Priorité est donnée à la diffusion des technologies de consommation les plus efficaces. Elles sont massivement utilisées dans des programmes ambitieux de rénovation lourde (750.000 logements/an, objectif 50 kilowattheures au mètre carré). L’offre s’appuie sur une forte mobilisation des ressources renouvelables et locales. Nucléaire et énergies fossiles sont progressivement éliminés du mix énergétique tricolore.

Consommation d’énergie finale: 75 Mtep. Production d’électricité: 431 TWh/an. Emissions de CO2 liées à l’énergie: 25 MteqCO2/an.

En prenant des bases économiques comparables (croissance moyenne du PIB de 1,7%/an, même prix du pétrole), le montant total des investissements nécessaires à la réalisation des 4 scénarios de la transition varie fortement. Sur la quarantaine d’années prévues pour l’exercice, il faudra investir entre 1.713 milliards d’euros pour réaliser le scénario DEC et 2.349 Md€ pour sortir du nucléaire et des fossiles (scénario SOB). Un écart de 37%. Ce qui, au vu des différences entre les deux trajectoires extrêmes, ne semble pas énorme.

D’autant que l’on peut regarder le problème par l’autre bout de la lorgnette. Le scénario proposé par les électriciens nécessite de décaisser 42 Md€/an en moyenne, contre 58 Md€ pour celui des écolos. Des montants que l’on doit comparer aux 37 Md€ que nous dépensons chaque année dans l’énergie et l’efficacité énergétique. A noter que plus de la moitié du montant de cette ardoise est réglée par l’Etat. Poursuivre donc sur notre lancée (en l’améliorant quelque peu) nous oblige à dépenser 5 milliards de plus par an. Changer radicalement de modèle énergétique nous coûterait 23 milliards de plus.

Vu sous cet angle, le choix est simple. Il se complique toutefois si, aux dépenses, on ajoute les «gains». Actuellement, le montant annuel de notre facture énergétique extérieure tourne autour de 70 Md€/an (achat d’hydrocarbures, pour l’essentiel). Dans l’hypothèse où le prix moyen du baril avoisinerait les 150 dollars (114 €) en 2050, ce montant dépasserait alors les 85 Md€. Pas impossible, cependant, qu’en moins de 40 ans, le prix de l’or noir double. Auquel cas, notre contribution annuelle à la rente pétrolière flirterait avec les 170 Md€.

Parce qu’ils contribueraient à diminuer nos besoins en énergies fossiles, les 4 scénarios ont vocation à alléger ce fardeau. En 40 ans, le scénario SOB présente un gain net (différence entre les gains sur la facture énergétique et le surplus d’investissement par rapport à 2012) de 1.571 Md€, contre 1.405 pour la trajectoire dessinée par l’Ademe et 1.402 pour le business plan des électriciens. La vision de l’Etat est la moins économe: un gain de 1.235 Md€ seulement. La parole est désormais aux politiques.



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