Les collectivités savent-elles gérer un projet de transport public?

Le 10 avril 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le tram de Firenze transporte près de 14.000 voyageurs par jour.
Le tram de Firenze transporte près de 14.000 voyageurs par jour.
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Que de gabegie dans la gestion des crédits destinés à financer métro, tramway et bus! Dans un rapport, mis en ligne mercredi 9 avril, la Cour des comptes européenne dénonce le gaspillage des subventions, notamment communautaires, dédiées aux transports collectifs urbains.

Les magistrats européens ont audité une trentaine de projets de transport public (TP), dans 11 villes portugaises, françaises, polonaises, italiennes et espagnoles. Ces 5 états membres ont, en effet, aspiré la moitié des 10,7 milliards d’euros que l’Union européenne a consacré au TP, entre 2000 et 2013.

Pour réaliser leur évaluation, les auditeurs ont pris en considération trois aspects de la conformité avec les dispositions des décisions d’octroi de l’aide: mise en œuvre, calendrier et budget.

Bonne nouvelle: «La plupart des projets ont été physiquement réalisés». Mais pas toujours dans les temps. Huit sont entrés en service avec un retard pouvant atteindre 9 mois. Les délais se comptent en années pour 4 autres. Le prolongement sur 5 kilomètres de la ligne de métro L1, à Naples, accuse ainsi 4 ans de retard: la faute à un referendum local qui a décidé une modification du tracé, en plein travaux.

Le métro de Lisbonne...

Si 9 projets ont respecté le devis initial, 10 autres ont sensiblement dérapé. La construction du métro de Lisbonne a coûté 20% plus cher que prévu. La mairie tardait, il est vrai, à libérer des terrains: elle a dû dédommager l’exploitant du métro pour le manque à gagner.

Les coûts dérapent aussi pendant l’exploitation. Bon nombre d’études de rentabilité, dénonce le rapport, mésestiment le nombre de passagers potentiels. A Florence, les experts ont sous-estimé l’intérêt présenté par le tramway. Résultat: les trois premières lignes ont transporté, en 2012, 12,2 millions de passagers, soit 13% de mieux qu’attendu.

Généralement, l’erreur ne profite pas à la collectivité. Nombre de tramways et de métros portugais, français ou espagnols transportent beaucoup moins de passagers de prévu: -13% pour le métro léger de Porto, -20% pour les tramways de Valenciennes et jusqu’à -82% pour la nouvelle ligne 11 du métro de Madrid.

... et le métro de Madrid

Les études ne sont pas seules responsables. L’incohérence des politiques de mobilité torpille aussi sûrement que les mauvais consultants les performances d’une infrastructure de TP.

A Valenciennes, par exemple, la municipalité n’a pas amélioré la qualité de service des TP. Pis, elle a encouragé l’usage de la voiture en augmentant de 17% le nombre de places de stationnement en centre-ville. Initialement, il était prévu de stabiliser à 60% la part du véhicule individuel dans les déplacements intra-urbains. Entre 1997 et 2011, ce taux est passé de 60 à 65%.

Dans ses conclusions, la Cour des comptes recommande à la Commission de faire preuve d’un peu plus de sérieux dans l’examen des demandes de subvention qui lui sont faites. Bruxelles, écrivent les auditeurs, devrait aussi exiger que les projets soumis à son approbation tiennent compte «de la cohérence entre les différents modes et formes de transport, dont la politique en matière de stationnement, dans la totalité de l’agglomération urbaine».



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