Les collectivités invitées à se piétonniser

Le 02 juin 2020 par Victor Miget
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Le Cerema recommande des trottoirs large de 2,50 mètres.
Le Cerema recommande des trottoirs large de 2,50 mètres.

Le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) publie un guide pratique pour les collectivités qui souhaitent accorder plus de place aux piétons. De quoi concilier écologie et distanciation sociale.

 

Après le vélo, l’urbanisme tactique pourrait s’appliquer au piéton suggère le Cerema. En France, les mesures de confinement ont entraîné une baisse des déplacements et les voitures sont restées au garage. L’opportunité, selon le centre, de rééquilibrer l’espace publique en faveur des piétons, au moins temporairement. Et selon le Cerema, les arguments ne manquent pas pour défendre nos petons. La marche facilite l’application de la distanciation physique nécessaire pour lutter contre le coronavirus. Elle peut absorber le report d’usagers des transports publics et elle répond aux « enjeux comme l’urgence climatique ou encore la sédentarité, la pollution locale, la congestion du réseau routier en milieu urbain ».

Elargir et sécuriser

Reste à trouver des solutions pour favoriser le report modal. Pour se faire, le Cerema y va de ses recommandations techniques. Il suggère dans un premier temps d’agrandir les trottoirs. Largeur recommandée ? 2,50m. « Ceci permet de respecter une largeur minimale de cheminement sans obstacle de 1,40 m imposée par la réglementation accessibilité, tout en laissant la place nécessaire au mobilier urbain, le cas échéant », détaille l’étude. En plus de faciliter le respect de la distanciation physique d’1 m.

Autre préconisation : réaffecter une partie de la chaussée pour le cheminement piéton. Mais les points de vigilance sont nombreux. La collectivité doit « s’assurer d’une baisse du trafic motorisé et d’une baisse de la vitesse des véhicules ». Eventuellement mobiliser des radars, choisir un séparateur en fonction de l’intensité et de la nature du trafic… Tous ces aménagements potentiels doivent être complétés par d’autres afin de faciliter la traversée des marcheurs. Cela passe par exemple par la suppression d’emplacements de stationnements motorisés, 5 m en amont du passage piéton. Ce qui élargit l’espace d’attente avant la traversée. 

Le Cerema, invite aussi à étendre les zones à priorité piétonne. « La mobilisation du plan de circulation est un des outils pour obtenir ce résultat ». Des rues peuvent ainsi être temporairement réservées. L’aire piétonne serait annoncée par un panonceau qui indiquerait la période de prescription. Fermer une rue facilite la gestion du flux piéton et favorise la distanciation tout en récupérant de l’espace pour créer des lieux d’attente, argumente le Cerema. Un tel dispositif doit s’organiser. La fermeture de la rue devant être signalée physiquement.

Aménagement pour deux

D’une pierre deux coups, le Cerema plaide pour un partage de l’espace entre piétons et bicyclettes. Les pistes cyclables temporaires mise en place lors du déconfinement favorisent le développement des cheminements piétons. « L’installation de pistes ou bandes cyclables sur une partie de la chaussée auparavant dédiée aux véhicules, permet de réduire naturellement la longueur des traversées piétonnes en conflit avec des automobiles. Cela peut être l’occasion de créer des îlots refuges à l‘interface entre la bande/piste et la voie tous véhicules ». Concrètement, il s’agirait par exemple de modifier une 2x2 voies avec terre-plein centrale et pistes cyclables unidirectionnelles en une 2x1 voies. Les deux voies supprimées permettent donc aux cyclistes comme aux vélos de récupérer de précieux mètres. Le Cerema avait d’ailleurs publié en mai dernier, un guide pour les aménagements cyclistes provisoires, à l’usage des collectivités. Autant d’aménagements temporaires qui devront ensuite être évalués, adaptés et pourquoi pas pérennisés, souhaite le Cerema.