Les climatologues parlent à la société

Le 31 octobre 2011 par Sabine Casalonga
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Pour la première fois, près de 2.000 climatologues de 86 pays se sont rassemblés sous l’égide du Programme mondial de recherche sur le climat (WCRP) du 24 au 28 octobre à Denver (Etats-Unis). L’occasion de présenter les résultats les plus récents et d’établir la liste des prochains défis, comme répondre aux attentes de la société et expliquer l’événement extrême.


 
«Actionable science»: une science qui apporte l’information nécessaire pour prendre une décision. L’expression était à la mode la semaine dernière à Denver. La nécessité de développer des «services climatiques» pour mieux répondre aux demandes sociétales est en effet un nouveau défi pour les climatologues.
 
«Nous devons aller au-delà de la compréhension des systèmes naturels et mieux appréhender comment ils interagissent avec les systèmes humains, a indiquéTom Karl, directeur du centre national de données climatiques de l’administration en charge des océans et de l’atmosphère (Noaa). Et cela exige que nous comprenions de quel type d’information la communauté des utilisateurs a besoin pour prendre ses décisions.»
 
Les gestionnaires des services d’eau, les agriculteurs, les assurances et les groupes pétroliers ont besoin d’information sur le climat pour guider leurs décisions, ont expliqué des intervenants du secteur privé lors d’un forum annexe. La disponibilité en eau dans une région peut par exemple guider les choix des cultures et l’installation d’une usine de traitement des eaux. Mais l’écart est souvent grand entre les besoins des acteurs et les données scientifiques. «Nous avons besoin d’information à des échelles spatiales et temporelles plus fines, traduites dans un langage compréhensible et des projections plus précises», explique David Behar, directeur du programme Climat à la commission des services publics de San Francisco.
 
Reste que dans les laboratoires, beaucoup se montrent sceptiques quant à la possibilité de répondre aux demandes de la société alors que de nombreuses incertitudes demeurent dans les modèles, la compréhension du système climatique global et de phénomènes particuliers comme les moussons, le rôle des nuages sur le climat ou l’équilibre des masses de glace aux pôles.
 
Dans un tel contexte, le risque de désinformation n’est pas nul. «Le risque repose sur l’utilisation de scénarios de prédiction par des ‘officines’ à partir d’une fausse interprétation de données scientifiques publiques», souligne Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace. Il estime cependant possible de fournir «une expertise orale sur une question précise, par exemple la probabilité de vents plus puissants en Aquitaine, via l’intermédiaire d’un scientifique local labellisé par la communauté internationale».
 
Le thème des événements extrêmes a également été abordé de façon récurrente. Face à la multiplication des phénomènes météorologiques comme les sécheresses, les vagues de chaleur, les inondations ou les tornades, le public s’interroge de plus en plus sur le lien avec le réchauffement de la planète. Or les chercheurs sont souvent réticents pour répondre car il n’est pas aisé de distinguer la variabilité naturelle d’un effet anthropique. «Les fausses attributions peuvent conduire à une confusion du public et de mauvaises décisions d’adaptation», ajoute Peter Stott, directeur au Met Office Hadley Center (Royaume-Uni). Son équipe a cependant montré qu’il était possible dans certains cas d’attribuer, avec une forte probabilité, un événement isolé au réchauffement global, comme la canicule de 2003 en Europe et les inondations au Royaume-Uni en 2000. Une équipe française a par ailleurs suggéré que les vagues de froid en Europe en 2010 auraient été «atténuées» par l’effet du réchauffement climatique. En revanche, la vague de chaleur à Moscou en 2010 a été expliquée par des phénomènes naturels. Reste que pour d’autres événements, comme les inondations au Pakistan en 2010, les modèles ne sont pas capables de répondre.
 
Dans le cadre de l’initiative internationale ACE (Attribution of Climate-Related Events), plusieurs centres de recherche travaillent sur la création d’un système opérationnel capable de répondre rapidement et de façon objective sur la probabilité d’attribution d’un événement extrême au réchauffement du climat. Des premiers résultats sur la validité des modèles sont attendus en 2012-2013.
 
Tout au long de la semaine, les climatologues ont exposé leurs résultats mais surtout les incertitudes et lacunes restantes, ainsi que certains biais à corriger dans les modèles et le recueil des données d’observation. Christian Jakob de l’université Monash en Australie a appelé à un nouveau «projet Manhattan» pour développer le système de modélisation de demain. Son homologue japonais, Masahide Kimoto, a toutefois suggéré de le rebaptiser «projet Denver».


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