Les clés de l’accord climatique de 2015

Le 10 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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On peut encore éviter un réchauffement de 4°C, estime l'AIE.
On peut encore éviter un réchauffement de 4°C, estime l'AIE.

L’Agence internationale de l’énergie propose des solutions techniques et politiques pour éviter rapidement l’émission de 3 milliards de tonnes de CO2.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a toujours le chic pour choisir la date de publication de ses rapports.

Ce matin 10 juin, alors que débute la seconde semaine du premier round annuel des négociations climatiques, à Bonn, l’agence de l’OCDE publie un opus sur les meilleures voies pour rester en deçà des 2°C. Car, si la communauté internationale n’est pas (encore) liée par un accord de réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle s’est déjà fixé un objectif de réchauffement: pas plus de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, d’ici la fin du siècle.

Est-il besoin de rappeler que le but, gravé dans le marbre à Copenhague en 2009, n’est pas à portée de main? Politiquement, les 194 parties à la convention des Nations unies sur le changement climatique ne sont pas forcément d’accord pour réduire leurs émissions (la Russie, par exemple), dans un cadre multilatéral (les Etats-Unis) ou à un rythme accéléré (la Chine). Le dissensus est d’autant plus d’actualité que plus personne n’est là pour montrer l’exemple. L’Union européenne a sabordé, toute seule, son système d’échange de quotas d’émission. Elle n’a pas réussi à faire aboutir son programme expérimental sur le captage-stockage géologique de CO2. Et pour l’essentiel, l’allègement de son empreinte carbone est largement imputable à des artifices comptables (non prise en compte des émissions imputables au commerce international) et à la crise économique.

Bref, alors que se rapproche l’échéance de 2015, année à la fin de laquelle doit être conclu l’accord qui succèdera au protocole de Kyoto, aucune ligne d’horizon ne semble s’esquisser. D’où l’intérêt du rapport de l’AIE. En préambule, l’opus (rédigé par les experts de l’agence, mais aussi par des banquiers, des représentants d’énergéticiens, de pétrogaziers, d’équipementiers) rappelle un point fondamental: si nous ne changeons pas notre actuelle trajectoire de développement, les températures moyennes globales s’élèveront de 3,6°C à 5,3°C d’ici 2100. On est donc très loin des 2°C.

Et pour s’y tenir, les données sont connues. Selon un calcul réalisé par un scientifique du centre de recherche sur le climat de Postdam, nous pouvons relâcher, durant tout ce siècle, jusqu’à 1.440 milliards de tonnes de CO2. Problème: entre 2000 et 2011, nous avons déjà consommé le tiers de notre budget carbone mondial.

C’est pourtant techniquement possible, estiment les auteurs. A condition de faire vite. Et de mettre en œuvre, au niveau mondial, 4 politiques qui n’ont rien de révolutionnaire. D’abord, faire de l’efficacité énergétique le credo universel. En durcissant les règlements thermiques du bâtiment, les normes de consommation des appareils électroménagers, des sources d’éclairage, des moteurs de véhicules, de substantielles économies d’énergie sont possibles. L’AIE estime que ces mesures peu coûteuses (200 milliards de dollars -151,5 Md€- d’ici 2020) sont susceptibles, à elles seules, de diminuer les émissions mondiales de 1,5 Mdt CO2 par an, dès 2020: l’équivalent du bilan carbone russe.

Autre voie à suivre d’urgence: la mise hors service des centrales au charbon à bas rendement. Cette mesure, qui vise essentiellement les pays où le charbon pèse lourd dans le mix électrique (Etats-Unis, Chine, Inde), serait conjuguée à un accroissement d’un tiers de la production d’électricité d’origine renouvelable (27% en 2020) et au gaz. Elle permettrait non seulement de réduire notre empreinte carbone de 640 Mt CO2/an en 2020, mais aussi de diminuer les pollutions atmosphériques locales (poussières, soufre, particules fines). Et les problèmes sanitaires qui en découlent.

En réduisant les fuites (sur les gazoducs) et le torchage du méthane associé au pétrole, les compagnies pétrolières et gazières pourraient, elles aussi, contribuer à la décarbonation du système énergétique. En 2010, rappelle l’AIE, les fuites de gaz naturel ont représenté 1,1 Mdt équivalent CO2: deux fois les émissions françaises annuelles. Pour finir, l’institution parisienne reprend l’un de ses vieux mots d’ordre: la chasse aux subventions à la consommation de produits fossiles.

En 2011, rappelle-t-elle, la communauté internationale a dépensé 523 Md$ (396 Md€) pour baisser artificiellement le prix de l’essence, du gazole ou du fioul. En réduisant à rien cette coûteuse subvention, les Etats assainiraient leurs finances et contribueraient à abattre de plus de 300 Mt les émissions carbonées.

Ensemble, ces politiques sont susceptibles de réduire de plus de 3 Mdt éq.CO2 le bilan carbone anthropique, en une décennie, soit 80% des économies d’émission nécessaires pour atteindre l'objectif de 2 degrés. Certes, il faudra investir massivement et sur une courte période. Mais le secteur énergétique a-t-il le choix?

Non et pour deux raisons. La première, c'est qu’il est le seul secteur industriel à émettre autant de GES via un nombre limité de grandes installations: moins de 15.000 sur la planète. Les investissements seront donc optimisés. Autre obligation: l’adaptation aux conséquences des changements climatiques.

Rien qu’aux Etats-Unis, plus de 300 centrales électriques sont situées, sur le littoral, à moins de 1,2 mètre d’altitude. La montée du niveau des océans les menace directement. Tout comme la diminution annoncée des précipitations condamne, dans certaines régions, les centrales électriques (thermiques, nucléaires et à biomasse) à la cessation d’activité. Ce n’est pas le but recherché.

Selon les calculs de l'agence, si les Etats ne décidaient pas d'agir dès maintenant, ils économiseraient certes 1.500 Md$ (1.136 Md€), mais ils leur en coûteraient alors 5.000 Md$ (3.788 Md€) à partir de 2020 pour atteindre le même but.



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