Les cantines scolaires en overdose de protéines animales

Le 04 décembre 2017 par Marine Jobert
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Trop de protéines animales au menu.
Trop de protéines animales au menu.

Trop riches pour l’organisme, insoutenables pour le climat… les menus des cantines scolaires, qui favorisent les protéines animales au détriment des protéines végétales, sont sous la coupe des lobbies de l’agro-alimentaires, dénonce Greenpeace dans une enquête.

Qui a concocté le menu des cantines de nos enfants? A lire l’enquête publiée par Greenpeace, l’Etat a laissé les mains libres aux lobbies de l’agro-alimentaire pour écrire la liste des courses. Et surtout à ceux qui représentent les intérêts de la filière viande et des produits laitiers. Et ça se voit! Car à la lecture des recommandations nutritionnelles établies par le groupe d’étude des marchés (GEM-RCN) (soit la bible des acheteurs de la restauration scolaire, qui affiche 1 milliard de repas par an au compteur), la part laissée à ces sources de protéines animales est tout à fait disproportionnée par rapport à nos besoins nutritionnels. Un constat qui fait écho à la proposition entendue récemment dans la bouche de Nicolas Hulot, qui souhaite imposer un repas végétarien par semaine dans toutes les écoles du pays, dans le droit fil des préconisations récentes du groupes de réflexion libéral Terra Nova.

Un yaourt obligatoire par jour

L’ONG a comparé l’apport nutritionnel conseillé[1] (ANC) établi par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avec les recommandations du GEM-RCN pour le déjeuner, censées s’appuyer sur le programme national Nutrition Santé (PNNS) (voir infra). Résultat: la partie végétale du menu couvre à elle seule 234% des besoins en protéines d’un petit garçon de 6 ans, a établi Greenpeace. A quoi s’ajoutent la viande, le yaourt obligatoire par jour, le fromage 12 repas sur 20; il apparaît alors qu’un menu classique recommandé par le GEM-RCN pour un petit garçon de 6 ans permet de couvrir «près de 600% de ses besoins en protéines pour le déjeuner (et près de 370% des besoins d’un garçon de 11 ans). C’est trop, et cela n’est pas sans conséquence sur sa santé».

 

 

Est-ce étonnant? Greenpeace sonne la charge contre le PNNS, lancé en 2001 pour améliorer l’état de santé des Français en agissant sur la nutrition. Le slogan «5 fruits et légumes par jour», c’est lui! Or y siègent, tout comme au GEN-RCN, des organisations dont le chiffre d’affaires dépend directement de ces préconisations. Comme l’Association nationale des industries agro-alimentaires (ANIA, Alliance 7[2] ou encore le Conseil supérieur de l’audiovisuel (qui veille indirectement sur les bonnes rentrées publicitaires). «Les pouvoirs publics, tétanisés par la réglementation communautaire, par le risque d’érosion des budgets publicitaires du secteur audiovisuel, par le poids économique du secteur agro-alimentaire et de la grande distribution, et dans un contexte de désaccord stratégique persistant entre les ministères, répugnent à se doter d’une stratégie cohérente envers ce qu’il faut bien appeler le lobby agro-alimentaire», écrivait en 2016 l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), citée dans l’enquête de Greenpeace. «Si la participation des représentants des filières agricoles peut faire sens, elle doit d’une part être représentative de toutes les filières (animales et végétales), et d’autre part les cantonner à un rôle de consultation», pointe l’ONG.

L’Etat défaillant

L’Etat a failli dans son rôle d’arbitre, puisqu’en épluchant les feuilles de présence du GEN-RCN en 2014, il apparaît que les services de l’Etat y brillent par leur absence à des moments cruciaux, tout comme les scientifiques et les représentants de filières végétales, déjà sous-représentés lors de la répartition des postes. «Dans les faits, les filières viande et produits laitiers finissent par peser autant que les nutritionnistes, constate-t-elle. Rien d’étonnant donc à ce que les orientations du GEM-RCN soient aussi éloignées des recommandations scientifiques pour les protéines animales.»

130 académies des sciences

Cet appel à diminuer drastiquement la consommation de viande en particulier, et les protéines animales en général, est l’un des nouveaux axes portés par Greenpeace dans le cadre de sa politique de lutte contre le changement climatique. L’ONG pourra utilement s’appuyer sur le nouveau rapport rédigé par 130 académies des sciences à travers le monde, qui exhorte l’Europe à modifier fortement son régime alimentaire pour faire face à la crise climatique et aux conséquences sur la santé. Sur la table: les recommandations nutritionnelles à revoir et la consommation de protéines animales à réduire.

 



[1] C’est-à-dire des besoins nutritionnels ‘moyens’, mesurés pour un groupe d’individus et en général 130% supérieurs aux besoins physiologiques réels.

[2] Alliance 7 représente les syndicats du chocolat, de la confiserie…

 



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