Les cancers causés par une irradiation ont leur propre signature

Le 22 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
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La découverte a été présentée à la presse le 20 septembre dernier. Une avancée scientifique capitale puisqu’elle permet de distinguer les cancers dus à une irradiation des cancers spontanés.

Une équipe de chercheurs du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a découvert de premières signatures moléculaires qui pourraient permettre de savoir si un cancer de la thyroïde est lié ou non à l'accident de Tchernobyl.

«Actuellement, une fois le cancer déclaré, il n'est pas possible de distinguer tumeurs radio-induites et tumeurs sporadiques», explique Sylvie Chevillard, chef du service de radiobiologie expérimentale du CEA à Fontenay-aux-Roses. «Mais en recherchant les gènes s'exprimant dans différentes tumeurs, c'est-à-dire ceux qui fonctionnent en leur sein, des signatures ont pu être caractérisées sur de petits échantillons.»

Quels sont ces gènes? Alors que le génome désigne l'ensemble des gènes contenus dans notre ADN, le transcriptome regroupe l'ensemble des ARN messagers contenus dans un type de cellule. Mais si le génome est identique pour toutes les cellules d'un même organisme, les ARN messagers, qui servent de matrice pour la synthèse des protéines, diffèrent quant à eux selon la spécificité de la cellule qui les fabrique. L'étude du transcriptome dans un tissu donné permet ainsi d'identifier les gènes qui y sont actifs, et seulement ceux-là.

L’équipe du CEA a procédé en deux étapes. Dans un premier temps, les chercheurs ont comparé les ARN messagers contenus dans une série de tumeurs sporadiques (de cause inconnue) avec ceux de tumeurs de la thyroïde développées secondairement à une irradiation médicale reçue durant l'enfance (un effet rare, mais avéré, de la radiothérapie). Sur les quelque 25.000 gènes exprimés, ils ont observé que 325 gènes le faisaient différemment dans le premier et le second cas.

«Cette première expérience se référait à un contexte de forte dose par irradiation externe », précise Sylvie Chevillard. Dans le cas des tumeurs de la thyroïde post-Tchernobyl, il s'agit d'une contamination à l'iode 131, par inhalation ou ingestion, donc d'une irradiation à plus faible dose et chronique.»

Seconde étape: en partant de données relatives à 27 tumeurs de la thyroïde chez des enfants vivant en Ukraine ou en Biélorussie lors de l'accident de Tchernobyl, les chercheurs ont appris à faire la distinction entre cancers dus à l'accident et cancers sporadiques puisque l’ARN extrait de leur tumeur a révélé une signature de 109 gènes.

Cette avancée qui a été publiée dans la revue PLoS One en août dernier laisserait espérer un dépistage des cancers induits par de faibles doses d’irradiation. Mais avant de concevoir un test utilisable, ces premiers résultats doivent être validés plus largement. Or pour faire une étude sur des fragments de tumeurs congelés, il faut 300.000 à 400.000 euros, a précisé Sylvie Chevillard dont l'équipe a déjà reçu l'accord des autorités européennes pour obtenir de tels échantillons, et espère aussi pouvoir recourir à des modèles animaux.

«Actuellement en épidémiologie, on n'a aucun moyen d'avoir des informations sur les très faibles doses, celles inférieures à 100 milligray (ou millisievert), souligne la chef du service de radiobiologie expérimentale du CEA. On fait des extrapolations à partir des doses plus fortes, sans seuil.» En France, l'irradiation au niveau de la thyroïde suite à l'accident de Tchernobyl a été de 16 milligray au maximum pour les enfants, selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Et pour rechercher si une signature génétique existe pour des faibles doses, il faut pouvoir disposer de tumeurs dont on sait qu'elles ont été radio-induites... Or la radioactivité aux faibles doses ne permet pas d'établir un lien direct entre l'exposition aux rayonnements et les affections thyroïdiennes considérées.

D'après des calculs réalisés en France, 8 cancers de la thyroïde sur 10.000 pourraient avoir été causés par la catastrophe de Tchernobyl. Soit 2,5 des quelque 3.700 nouveaux cas annuels en France, sans qu'on sache lesquels sont radio-induits, résume Sylvie Chevillard. «Dans un tel échantillon, comment trouver des cas avérés pour valider des marqueurs?»

Un facteur limitant qui a conduit la cour d'appel de Paris à prononcer, le 7 septembre dernier, un non-lieu général, suite à une plainte de l'Association française des malades de la thyroïde, dans l'affaire des retombées en France du nuage de Tchernobyl [JDLE]. Et cela alors même qu'une expertise judiciaire avait mis en lumière une augmentation significative des affections thyroïdiennes en Corse après 1986.

La méthode pourrait-elle permettre un jour d'attester que certains cancers de la thyroïde recensés en France sont dus à l'accident de Tchernobyl ?


http://www.journaldelenvironnement.net/article/tchernobyl-une-decision-de-justice-qui-ne-convainc-pas,24867
 
 


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