Les Calanques s’inventent un plan de paysage dans un contexte complexe

Le 15 décembre 2015 par Hélène Huteau
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Le plan de paysage, projet d'avenir pour un parc des Calanques en construction
Le plan de paysage, projet d'avenir pour un parc des Calanques en construction
Coloco - Fabien David

Le parc national vient de terminer les ateliers censés construire une culture commune d’aménagement, dans un paysage soumis à de nombreuses pressions et à des intérêts contradictoires.

La création du parc national des Calanques, en 2012, fut l’aboutissement d’un combat de plusieurs années. Après l’obtention de ce haut degré de protection juridique, le plan de paysage en cours d’élaboration est un outil propre à organiser la paix entre les nombreux intérêts et usages, parfois contradictoires, des acteurs territoriaux. Comment gérer le risque incendie entre élagage et non-intervention sur les écosystèmes? Comment restaurer les espaces piétinés, tout en assurant le service d’accueil aux 2 millions de visiteurs annuels, comme le doit le parc national ? Quel statut et quelles fonctions pour les grandes interfaces ville/nature?

Pollué à cœur

Aussi chères au cœur des Marseillais que soient les Calanques, leur position proche de la deuxième métropole de France en fait un «morceau de nature» bien difficile à préserver. Sans compter les pollutions passées des usines de soufre qui s’y trouvent encore -même si la production a été délocalisée dans les pays en voie de développement, pour fournir les fabriques de savon. Reste aussi le déversement des boues rouges d’Alteo, en plein cœur des 3.500 hectares marins du parc, pour lequel le Coderst a rendu un avis favorable pour un délai supplémentaire, le 4 décembre (la décision du ministère reste à prendre).

Les actions du plan de paysage sont encore à rédiger mais d’ores et déjà, 10 ateliers de co-construction ont eu lieu, d’avril à fin octobre, rassemblant 230 techniciens des diverses propriétaires et gestionnaires du parc (Office national des forêts, département des Bouches-du-Rhône, ville de Marseille, La Ciotat, Cassis, le Conservatoire du littoral), des associations et chercheurs. «Ce sont les mêmes acteurs qui avaient pris position au moment de la création du parc et de la rédaction de sa charte. Mais cette fois, ils interviennent dans une démarche positive autour de la notion de paysage à créer», explique Albert Sayag, chargé de mission Urbanisme et paysage du parc.

«Désamorcer les conflits»

Grâce à la démarche d’ateliers, sur des aires bien identifiées du parc, où chacun s’exprimait sur les réponses à apporter avec annotations sur carte, «nous avons réussi à désamorcer les conflits pour se créer une culture commune. On passe du pré carré à un projet collectif où chacun s’approprie une problématique d’aménagement», raconte Miguel Georgieff, fondateur associé de Coloco, atelier de paysage, maître d’œuvre du plan de paysage. Ainsi la gestion de la forêt n’est plus la seule prérogative de l’Office national des forêts (ONF), avec son contradicteur le Conservatoire du littoral, davantage partisan du laisser-faire sur la régénération des écosystèmes. Les divers enjeux et difficultés mis sur la table, le placement du curseur entre intervention et non-intervention sur le milieu naturel devient une problématique collective.

Divers experts, dont Gilles Clément, ont tenté d’éclairer les parties prenantes lors d’une conférence de clôture des ateliers, le 16 novembre, au Mucem, avec le parc et l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise. Le paysagiste a précisé que la non-intervention était une des solutions importantes de politique publique d’aménagement. «Une vision qui fait du bien, sur un territoire où l’on a une logique d’intervention forte», commente Albert Sayag.

Ligne directrice, non contraignante

Reste à rédiger ce document de référence qu’est le plan de paysage d’ici février 2016. C’est un processus de co-construction qui se poursuit, dans un comité technique d’une trentaine de personnes. «La semaine dernière, nous avons fixé les objectifs de qualité paysagère», précise Albert Sayag. Il va falloir décider où l’on place le curseur entre protection et aménagement, intervention et laisser-faire la nature. S’en suivra la procédure plus classique de concertation et de validation, attendue en juin. Non contractuel, le plan de paysage indique la ligne directrice pour les futurs aménagements. Le parc reste l’opérateur fédérateur, avec pouvoir de validation. Depuis 2006, cependant, son conseil d’administration est ouvert aux élus. Le plan de paysage bénéficie d’un budget de 95.000 euros, comprenant la mission des bureaux d’études et les frais d’organisation des ateliers. La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Paca en octroie 30.000 dans le cadre de l’appel à projets sur les plans de paysage du ministère de l’environnement.



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