Les Britanniques se sont jetés à l’eau

Le 30 avril 2010 par Elise Poudevigne
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Ces 20 dernières années, Londres a massivement investi dans les énergies marines. De nouvelles initiatives viennent relancer la dynamique ce secteur en Grande-Bretagne, mais la crise financière, les freins techniques et les élections retardent le processus.

 

Depuis trois mois, dans le secteur des énergies marines (hors éolien), les investissements et les annonces stratégiques se sont succédés en Grande-Bretagne. Le Carbon Trust, l’organisation créée par le gouvernement pour accélérer le développement des technologies à faible empreinte carbone, a attribué en février 22 millions de livres (environ 25 millions d’euros) à 6 projets jugés prometteurs. Soutenu par Siemens et EDF Energy, la filiale locale d’EDF, Marine Current Turbines, a ainsi levé 8,5 millions de livres (9,6 millions €). La mobilisation n’est pas seulement financière. Mi-mars, le Crown Estate (gestionnaire du patrimoine de la Couronne) annonçait les noms des projets sélectionnés pour l’attribution de baux commerciaux dans les eaux du Pentland Firth et des îles Orcades, exclusivement destinés aux énergies marines. L’organisation anticipe une puissance installée de 1,2 gigawatt (GW) d’ici 2020, équitablement répartie entre vagues et courants. Cette annonce coïncidait avec la publication d’un plan d’action pour les énergies marines, rédigé par le ministère de l’énergie britannique, en concertation avec les industriels.

 

Directeur de recherche au Centre européen de l’énergie marine (Emec selon l’acronyme anglais) et professeur à l’Université d’Edimbourg, Ian Bryden est un observateur attentif du boom que connaissent les énergies de la mer. « En Grande-Bretagne, le développement des énergies marines se poursuit depuis les années 1990. Ce qui se passe actuellement, avec Emec, le développement du WaveHub et les tests de turbines marines en Irlande du Nord, c’est que nous avons des machines de taille réelle1  dans l’eau. Et pour la première fois, je vois des investissements provenant d’industriels, de grosses entreprises d’ingénierie comme Rolls Royce ou EDF Energy. Auparavant, c’était plutôt de l’argent public. C’est un gros changement ».

 

 

L’arrivée de cette manne suscite bien des appétits. « Nous avons récemment réussi à attirer des investissements, mais avec beaucoup de difficulté et dans des conditions très défavorables dues à la crise internationale », explique Peter Frankel, directeur technique de Marine Current Technologies (MCT). « Il y a aussi un peu d’exagération dans ce secteur. Un certain nombre de programmes ont démarré il y a 5 ou 6 ans. Ceux qui ont trouvé quelque chose se manifestent, et ceux qui n’ont rien trouvé disent ‘on a le même genre de chose, donnez-nous l’argent’. Ceux qui ont fait des recherches fructueuses doivent faire encore plus de bruit. »

 

Autre frein : l’inadaptation aux énergies marines du mécanisme britannique d’incitation à investir dans les énergies renouvelables. Outre-Manche, une partie du courant que vendent les fournisseurs d’énergie (10% en 2010-2011) doit être produite par des énergies renouvelables. Pour satisfaire à cette obligation, les énergéticiens peuvent construire des centrales de production « renouvelable » ou acheter des certificats d’électricité renouvelable (ROC en anglais) auprès de producteurs indépendants. Problème : le tarif de ces ROC n’est pas suffisamment incitatif pour développer l’énergie des mers. Sur le marché, le ROC se négocie autour de 60 € (chaque ROC représente la production de 1 mégawattheure). « A ce prix, mieux vaut investir dans l’éolien offshore, c’est bien moins risqué », regrette Peter Fraenkel. Des négociations sont en cours entre le gouvernement et les industriels pour revoir ces tarifs, mais les élections générales ont freiné le processus. Qu’importe ! « Les travaillistes et les conservateurs sont d’accord sur le fait qu’ils veulent développer les énergies renouvelables en mer », espère le directeur technique de MCT.

 

Les incertitudes techniques alimentent aussi les inquiétudes financières . « Il n’y a pas encore de produit industriel fiable », ni en Grande-Bretagne ni ailleurs, constate Michel Paillard, coordinateur Energie renouvelables marines à l’Ifremer. Les entreprises installées outre-Manche ont toutefois un peu d’avance dans la course, grâce aux trois sites d’essais. « C’est opérationnel dans les Orcades depuis 2002-2003 », ce qui n’est pas encore le cas en France, indique-t-il. Sur ces sites, les entreprises mettent à l’épreuve leurs démonstrateurs, mais pas seulement. Elles peuvent aussi identifier les moyens de réduire les coûts, notamment ceux, très coûteux, de l’installation des machines.

 

 

Peu nombreux, les industriels qui ont atteint ce stade doivent utiliser des bateaux spéciaux : un matériel lourd et rare. « Ils regardent des systèmes qui puissent être installés sans moyens très lourds, pensent à des solutions de pose innovantes, qui seraient possibles, avec des engins de levage plus disponibles, portuaires ou autres », analyse Michel paillard. MTC utilisera notamment l’argent du Carbon Trust pour mettre au point un navire d’installation plus simple et moins cher que ceux actuellement loués à prix d’or. Autre enjeu majeur : la maintenance, encore très coûteuse. « Il y a encore beaucoup de travail là-dessus », juge Michel Paillard. « Des systèmes autrefois complexes, optimisant la récupération de l’énergie, peuvent évoluer vers plus de simplicité justement pour diminuer la maintenance. Il vaut mieux perdre sur la récupération et gagner sur la maintenance », résume-t-il.

 

Le raccordement au réseau ne constitue pas, en revanche, une difficulté... pour l’instant. Pour Peter Fraenkel, «il faut commencer avec de petits projets à des endroits où il y a un réseau et quand la technologie sera plus mâture, étendre ce réseau là où la ressource est abondante. Actuellement, c’est le moment de planifier, ce qui est en train de se faire ». De plus, dans les zones considérées, « même si les énergies marines ne se développent pas comme prévu, il y a de telles perspectives pour l’énergie éolienne que cela justifie d’améliorer le réseau, quitte à ajouter les énergies marines après », argumente-t-il. De fait, la recherche de synergies, la planification et l’efficacité économique sont au cœur du plan d’action publié par le ministère de l’énergie en mars. Non contraignante, cette feuille de route exprime les ambitions britanniques : pousser les technologies les plus prometteuses pour atteindre 1 à 2 GW de puissance installée vers 2020, fournir environ 15 millions de foyers en électricité à l’horizon 2050, et créer 16.000 emplois d’ici à 2040, dont 25% liés à l’export.

 

Ce type de document permet de « se donner des outils pour créer une filière, avec des étapes et les moyens à mettre en face », explique Michel Paillard. Ses rédacteurs devraient publier d’ici 6 mois un calendrier et une liste des priorités à mettre en œuvre. Cela coïncidera avec le début de la phase de travail du nouveau gouvernement et avec la revue des Certificats d’obligations renouvelables, dont les industriels attendent beaucoup.



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