Les bourdons pris en étau par le réchauffement

Le 09 juillet 2015 par Romain Loury
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Les bourdons ont perdu 300 km en un siècle
Les bourdons ont perdu 300 km en un siècle
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A la différence d’autres insectes, les bourdons ne s’étendent pas vers le nord du fait du réchauffement climatique, et leur territoire se restreint au sud, selon une étude publiée jeudi 9 juillet dans Science. Un phénomène inattendu, qui s’expliquerait par l’origine géographique de ces hyménoptères.

Conséquence inquiétante du réchauffement, de nombreuses espèces animales ont entrepris une lente migration vers les pôles. Certains, dont les insectes, ont comme caractéristique de ne pas perdre de terrain au sud. La raison en est que la plupart d’entre eux, comme les papillons, ont évolué dans des régions tropicales avant de se répandre sur la planète: confrontés au réchauffement, ils ont conservé la capacité ancestrale de demeurer au sud de leur aire de répartition, tout en colonisant le nord.

Or c’est tout l’inverse que Jeremy Kerr, biologiste à l’université d’Ottawa, et ses collègues ont observé avec le bourdon. Leur étude, la plus large menée sur la répartition d’insectes pollinisateurs à l’échelle de continents, a porté sur 423.000 observations de 67 espèces de bourdons entre 1900 et 2010. Aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe du Sud, elle montre que ces insectes ne se sont pas étendus vers le nord, tandis que leur aire a reculé en moyenne de 300 km au sud.

L’explication en est simple: les bourdons ont la particularité d’être apparus dans des régions fraîches du Paléarctique, zone qui recouvre l’Europe, l’Asie du nord, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Conséquence, ils sont bien plus sensibles au réchauffement.

Le nord leur file le bourdon

Plus mystérieuse, leur incapacité manifeste à migrer vers le nord, que les chercheurs eux-mêmes ne s’expliquent pas. D’autant que les bourdons ont tout de même réussi à monter en altitude: au sud, les lieux d’observation se sont élevés en moyenne de 300 mètres depuis 1974.

Le phénomène n’est pas sans rappeler de récentes études portant sur la faune marine, certes bien différente. Les chercheurs y montraient que pour les coraux comme pour les poissons, d’autres facteurs (lumière, salinité, remous des vagues, etc.) pouvaient constituer des barrières infranchissables aux migrations, horizontales ou verticales, engendrées par la température. Avec pour effet de restreindre le territoire de ces espèces.

Quels pourraient être ces facteurs pour les bourdons? Les chercheurs se sont penchés sur deux d’entre eux, bien connus pour affecter les pollinisateurs, à savoir le changement d’usage des sols et les néonicotinoïdes. Or si ces deux facteurs sont clairement impliqués dans la surmortalité massive des pollinisateurs, ils n’expliquent pas pourquoi les bourdons peinent à s’étendre à nord: seule la température influe sur l’aire de répartition des bourdons. Le mystère demeure donc entier.

Menacés de toute part, les pollinisateurs semblent en bien mauvaise position pour affronter le XXIème siècle. Pour Jeremy Kerr, «l’ampleur et le rythme de ces pertes sont sans précédent. Nous devons établir de nouvelles stratégies pour aider ces espèces à résister aux effets de l’activité humaine sur le climat, peut-être en les aidant à passer dans des zones nordiques».



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