Les bouquetins du Massif de Bargy en sursis

Le 17 septembre 2013 par Marine Jobert
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Capra ibex, le bouquetin des Alpes.
Capra ibex, le bouquetin des Alpes.

Quelques cas de brucellose transmise accidentellement par des bouquetins font craindre au préfet la réactivation d’un foyer dans ce massif de Haute-Savoie où l’on fabrique notamment du reblochon. Partisan de l’éradication totale de ces mammifères, il a demandé l’avis de l’Anses et du Conseil national de protection de la nature. Les deux instances appellent à la modération, entre abattage sélectif et mesures de précaution.

Les quelque 300 à 500 bouquetins du massif du Bargy (Haute-Savoie) pourraient avoir provisoirement sauvé leurs cornes. En juin dernier, le préfet de Haute-Savoie avait envisagé de faire abattre l’ensemble de la population du massif après la découverte, au printemps, de cas de brucellose dans un élevage laitier. Deux cas de brucellose humaine (dont un enfant ayant consommé du fromage au lait cru fabriqué avec le lait de ce troupeau) avaient également été rapportés. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu récemment un avis consacré au risque de contamination des ruminants domestiques, qui conclut à la prudence. «Il n’existe que très peu d'exemples d'éradication réussie d'une maladie par élimination de son réservoir sauvage en un temps court. [...] L'histoire des abattages massifs à visée sanitaire dans la faune sauvage montre que de telles opérations nécessitent plusieurs mois, voire plusieurs années, pour atteindre une éradication réelle de l'espèce sur la zone considérée.»

 

Espèce non chassable

Des investigations sur le terrain avaient permis d’établir l’existence de la maladie chez des animaux sauvages -notamment chez des bouquetins- dans un département déclaré indemne depuis 1999. L’hypothèse formulée alors était que «ces animaux avaient pu jouer le rôle de réservoir et ainsi assurer un relais ’silencieux‘ entre le dernier foyer domestique de 1999 et ce foyer de 2012», rappelle l’Anses dans son avis. Le bouquetin des Alpes est une espèce non chassable (depuis 1962) et intégralement protégé, rappellent la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), dans un communiqué.

 

Abattages sélectifs

Le Conseil national de protection de la nature vient de lui emboîter le pas, en concluant qu’il n’y a aucune nécessité d’intervenir en urgence et de façon massive par un abattage complet de la population, tout en insistant sur la nécessité de faire disparaître à terme ce foyer de brucellose par la mise en œuvre de mesures d’abattage sélectif. L’Anses prévient que ses investigations, dans un délai court, «ne permettent pas de confirmer la nécessité de mettre en oeuvre dans l’urgence les actions d’abattage envisagées, compte tenu en particulier de leur ampleur et de leur nature». Elle préconise, dans un premier temps, de retirer tout ce qui peut attirer les bouquetins (pierres à lécher, points de nourriture en continu...), d’exercer une vigilance particulière sur les zones de pâturage précoce (gardiennage, présence d'un chien de protection) ou encore d’adapter les pratiques quand c'est possible (comme de différer des mises en pâture).

 

Abattages inévitables

La Frapna et la LPO considèrent qu’il apparaît «inévitable de devoir procéder à un abattage sélectif sur les bouquetins les plus touchés par la brucellose, de manière à enrayer le foyer d'infection». Mais pour les deux associations, le fait d’opter pour l’éradication totale des bouquetins du Bargy constituerait «une réponse simpliste, peu éthique et hasardeuse à cette problématique complexe, contrairement à une solution graduée et raisonnée». Sans compter l’impact touristique. «Il nous semble que le grand public pourrait admettre la nécessité de mesures ciblées, mais pas l'éradication sur l'un de nos massifs d'une espèce emblématique et à forte valeur patrimoniale à l'échelon européen.»

 

Le préfet de région devrait se prononcer dans les jours qui viennent.

 

 



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