Les (bonnes et mauvaises) surprises des INDC (version enrichie)

Le 10 décembre 2015 par Aline Robert et Valéry Laramée de Tannenberg
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Qui est in, qui est out?
Qui est in, qui est out?

Elles sont au cœur des tractations en cours au Bourget. Elles, ce sont les contributions nationales volontaires, sorte d’esquisses de politiques climatiques que les Etats devaient, en principe, publier au début du printemps.

Certes, le gros du bataillon est encaserné. Mais quelques retardataires, comme le Bouthan, profitent de la COP21 pour faire oublier 9 mois de retard. Selon le dernier pointage du secrétariat de la convention sur le changement climatique (CCNUCC), 186 pays ont déposé individuellement ou en groupe (les 28 de l’Union européenne) leur INDC. Ce panel est à l’origine de 90 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

Réjouissante, cette dynamique n’est pourtant pas à la hauteur de l’objectif officiellement visé par les parties. Nombre d’évaluations ont déjà été faites, qui situent le niveau de réchauffement, post-INDC, entre 2,7°C et 3°C en 2100, par rapport à l’ère pré-industrielle. On est loin du 2°C, voire du 1,5°C, qui pourrait être inscrit dans l’accord de Paris.

Avec une méthodologie un peu différente de celle de leurs collègues, les climatologues Helène Benveniste (IPSL, CNRS) et Olivier Boucher (LDM/CNRS) se sont livré à l’exercice, quelques semaines avant l’ouverture de la COP21. Leur bilan des INDC n’est pas des plus réjouissants non plus. «Au vu de ces contributions, nous estimons que les émissions anthropiques mondiales devraient osciller, en 2030, entre 52 et 64 milliards de tonnes par an de gaz à effet de serre», résume Hélène Benveniste. A comparer aux 49 milliards de tonnes, officiellement comptabilisées en 2010.

Pourquoi raisonner en tonnages quand la plupart des autres équipes délivrent des projections de températures ? «Tout simplement parce que l’évolution de la température sera grandement conditionnée par les actions qui seront entreprises après 2030», précise Olivier Boucher.

Insuffisantes, les contributions nationales sont-elles de sources d’inspiration pour les futures combattants du climat ? Tout dépend du pays.

la plus cocasse

L’Arménie n’a pas trop de soucis à se faire. Erevan estime, en effet, le budget carbone de l’Humanité à 189 tonne de gaz à effet de serre par tête de pipe. Ces 35 prochaines années, chaque Arménien disposera d’un stock annuel de 5,4 tonnes de gaz à effet de serre (GES), à comparer aux 2 tonnes qu’il émettra effectivement. Le solde pourra donc être cédé, sous forme de crédits internationaux, sur les marchés du carbone. Audacieux!

la plus tranquille

A l’origine de 0,0001 % des émissions anthropiques, l’île de Niue n’a pas trop de soucis à se faire. En effet, grâce à ses forêts et sa zone économique exclusive maritime (300.000 km2), cette petite île du Pacifique (260 km2) se considère comme un puits net de carbone. Ce qui ne la dispense pas du moindre effort : l’ancien protectorat britannique espère pouvoir produire 80 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables dès 2030. Si l’aide internationale le veut bien.

la plus solidaire

Dans la lutte contre le réchauffement, comme dans les affaires, il y a des porteurs de projet. C’est précisément le cas de Saint Vincent et des Grenadines. L’archipel des Caraïbes prévoit d’abattre de 22 % ses émissions d’ici à 2025, grâce à la mise en service d’une centrale électrique à géothermie. Solidaires, les 32 îles annoncent aussi soutenir la contribution de Taïwan. N’étant pas partie à la CCNUCC (pour ne pas froisser la république populaire de Chine), l’ex-Formose a néanmoins publié sa contribution nationale, médiatisée par Saint Vincent et des Grenadines. Reste à savoir quelle a été la contrepartie chinoise?

la plus nautique

Paradis des plongeurs, Palau vit autant sur mer que sur les 260 îles formant cet archipel, situé à mi-chemin entre l’Indonésie et les Philippines. Raison pour laquelle l’un des pans essentiel de l’INDC paluane porte sur le renforcement de la législation encadrant les performances des moteurs hors bord. Le texte annonce aussi une usine de conversion de l’huile de friture en combustible pour la… cuisine.

la plus saine

Depuis la chute du bloc soviétique, qui lui achetait sa production de sucre, Cuba n’exporte plus beaucoup. Si ce n’est ses cigares, ses services médicaux et ses médicaments. Ce qui n’empêchera pas l’émergence de nouvelles maladies dans la plus grande île des Caraïbes. En conséquence, l’INDC cubaine prévoit la construction de nouveaux hôpitaux. On n’est jamais trop prudent.

La plus audacieuse

Les îles Fidji ont de l’ambition à revendre. A l’origine de 0,04 % des rejets anthropiques de gaz à effet de serre, l’archipel du Pacifique prévoit tout de même de réduire d’un tiers ses émissions par rapport à un scénario tendanciel. Mieux, l’intégralité de sa production d’électricité sera issue de renouvelables. Problème: cette terre bénie des dieux du rugby entend financer ses investissements avec des crédits carbone issus du mécanisme de développement propre, un dispositif aujourd'hui moribond.

la plus agricole

Bujumbura n’y va pas par quatre chemins. Dans son INDC, le Burundi se définit comme «un Etat qui promeut un développement résilient aux effets néfastes du changement climatique.» Selon les financements qu’il pourra mobiliser, ce petit pays d’Afrique orientale prévoit, tout de même, de réduire de 3 à 30% ses émissions de GES entre 2005 et 2030. Pour sécuriser son approvisionnement alimentaire, le Burundi va fortement accroître sa productivité agricole, notamment en intensifiant et diversifiant les productions, mais surtout en facilitant l’accès aux engrais. Problème: en se décomposant dans le sol, les engrais azotés relâchent de gros volumes de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 310 plus puissant que le CO2.

le plus spéculatif

Pour réduire de 2,5 à 25% ses émissions de GES, le Niger mise sur les énergies vertes. A l’horizon 2030, Niamey prévoit de produire les deux tiers de son électricité à partir d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Les investissements seront financés par la vente de crédits internationaux. A condition toutefois que le prix du carbone atteigne au moins 50 dollars la tonne. L’important, c’est d’y croire.

La plus primaire

Bruneï petit sultanat producteur de pétrole, au cœur de la forêt primaire de Borneo, continue d’arracher les quelques hectares de forêt primaire qu’il lui reste, et est à ce double titre un très fort émetteur de CO2. Il souligne néanmoins dans sa contribution nationale sa maigre contribution au grand péché climatique: il n’émet que 0,016 % des émissions de la planète, avance-t-il.

La plus feignasse

La Malaisie déforeste largement pour rester le premier producteur d’huile de palme au monde, supprimant les zones humides qui sont de vrais puits de carbone. Elle a travaillé à un projet de réduction de 40% ses émissions de CO2, mais n’a pas l’intention de s’engager dans cette voie. «Cette opportunité existe, mais elle demanderait un effort considérable», regrette la Malaisie dans son INDC.

La plus végétarienne

La Chine est le seul pays à avoir remis en question le régime alimentaire dans son INDC, en s’interrogeant sur les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage. C’est un début.

La plus anti-nucléaire

Après Fukushima, l’acceptation publique du nucléaire limite le recours à cette énergie soulignent les Coréens. C’est un euphémisme.

La plus road-movie

Le Laos veut limiter son empreinte climatique en… construisant des routes! Ce qui lui permettra de développer les transports en commun, plutôt que de forcer les Laotiens à avoir recours à des petites motos. Attention de ne pas trop en faire quand même.

La plus dzud

La Mongolie a identifié une conséquence fâcheuse du réchauffement climatique, qui est des hivers encore plus rigoureux. Ces épisodes si froids que le bétail en meurt s’appellent les dzuds.

La plus cheap

Le Pakistan a beau avoir été condamnée par sa Cour suprême à se mobiliser contre le changement climatique, l’effort reste modeste. Sa contribution est d’ailleurs la plus courte de toutes: une page, dans un document Word, qui souligne que le Pakistan envisage de mesurer ses gaz à effet de serre. Bientôt.

La plus opaque

Le Koweït fait, peut-être, preuve d’ambition dans son INDC, mais impossible de le savoir: l’émirat n’a pas jugé utile de la publier dans une autre langue que l’arabe.

La plus misérabiliste

Grand ami de la France, le Qatar, préfère acheter des Rafale que soutenir la diplomatie française sur le climat. Le pays ne s’engage à rien du tout, si ce n’est à propager l’idée que le gaz naturel, qu’il produit en abondance (et que la France lui achète), est propre, ce qu’il répète à l’envie dans sa contribution. Il remarque également que lutter contre le changement climatique risquerait d’affecter le niveau de vie de sa population. Qui est le troisième le plus élevé du monde. Et demande par conséquent une aide financière. A votre bon cœur messieurs dames.

La meilleure marché

L’Arabie Saoudite leader (contesté) des réserves pétrolières n’a pas très envie de voir son magot dévalué par une baisse de la demande. Et il le fait savoir, en refusant de s’engager à réduire ses rejets carbonés. A moins, comme le Qatar, qu’on ne lui donne de l’argent. Mais bien sûr.

La plus atomique

Les Iraniens, apprend-on dans leur contribution, auraient bien aimé favoriser un développement propre. Malheureusement, de méchantes sanctions imposées sur leur économie les ont contraint à émettre du CO2. Pour compenser, promis, l’Iran est prêt à développer des centrales nucléaires. Comment ça l’Occident préférerait autre chose ??

La plus à la carte

Le Sri Lanka se réserve le droit de réviser sa contribution à n’importe quel moment et estime qu’il s’agit d’un document vivant. Voilà qui ne l’engage à pas grand chose.



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