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Les bivalves ont la leucémie transmissible

Le 14 avril 2015 par Romain Loury
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La mye commune
La mye commune
Michael J. Metzger

D’où vient cette leucémie qui décime certains bivalves au nord-est des Etats-Unis? Dans la revue Cell, une équipe américaine révèle qu’il s’agit d’un cancer transmissible d’un individu à l’autre. Encore très peu connu, ce mécanisme n’avait jusque là été observé qu’à deux reprises, jamais dans le milieu marin.

Pour les animaux comme pour l’homme, les cancers sont le fait de prédispositions génétiques, de l’environnement et du mode de vie. Certes, on connaît bien quelques virus à l’origine de certains cancers, dont le papillomavirus pour le cancer du col de l’utérus. Mais même dans ces cas, l’agent pathogène ne constitue qu’un facteur de maladie, qui reste en premier lieu le fait de mutations génétiques s’accumulant au sein de l’individu touché.

Cas exceptionnels, certains cancers pourraient au contraire se transmettre comme des maladies infectieuses, contaminant un individu sain à partir d’un malade. Pour l’instant, seules deux maladies de ce genre ont été identifiées: la DFTD (Devil Facial Tumour Disease) qui menace le diable de Tasmanie d’extinction, et le sarcome de Sticker chez le chien. Si la première se contracte par blessure lors de combats, la seconde se transmet par voie sexuelle.

Une troisième maladie vient d’être révélée, là où on ne l’attendait pas: chez la mye commune (Mya arenaria), proche cousine des moules et des huîtres qui abonde sur les côtes atlantiques des Etats-Unis et du Canada. Depuis les années 1970, ce bivalve souffre d’un cancer qui s’apparente à une leucémie, sans danger pour la consommation humaine, mais qui a dévasté des populations locales.

Un seul individu à l’origine

Dans son étude, l’équipe de Stephen Goff, du Howard Hughes Medical Institute de New York, révèle que les cellules cancéreuses n’ont aucun lien génétique avec l’individu touché et qu’il n’y a donc pas cancérisation chez lui. Plus frappant, toutes ces cellules cancéreuses sont quasi identiques d’un individu à l’autre. Pour les chercheurs, la cellule originelle proviendrait d’un seul individu, puis se serait répandue à d’autres comme une infection.

En l’état, difficile de savoir à quand remonte l’épidémie. Pour le diable de Tasmanie, elle ne daterait que de 20 à 30 ans, tandis que chez le chien, elle serait apparue, selon des analyses génétiques, il y a 10.000 à 13.000 ans. Contrairement aux chiens qui se transmettent la maladie par contact physique, la mye est plutôt du genre immobile. Ce qui suggère que les cellules cancéreuses, notamment relâchées par un animal mourant, sont capables de voyager, trouvant de nouveaux hôtes par hasard.

Autre question en suspens, la possibilité d’une transmission à d’autres espèces de bivalves. D’autres espèces que la mye commune sont en effet touchées par ce type de leucémie, dont la moule et l’huître. Reste à savoir si le même mécanisme est en œuvre, et si oui, s’il s’agit des mêmes cellules, capables de s’implanter chez diverses espèces.

Selon les chercheurs, «cette découverte d’une transmission horizontale d’une cellule cancéreuse leucémique étend le phénomène au milieu marin, et démontre que ce mécanisme est probablement plus fréquent dans la nature qu’on l’avait alors pensé».



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