Les batteries américaines plombent la santé mexicaine

Le 09 décembre 2011 par Stéphanie Senet
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800 entreprises mexicaines traitent les déchets dangereux
800 entreprises mexicaines traitent les déchets dangereux

De plus en plus de batteries américaines usagées sont envoyées au Mexique. Mais leur traitement expose dangereusement les ouvriers et les riverains, comme le révèle un article du New York Times.

Au nord du Rio Grande, de nombreuses entreprises ont pris l’habitude d’envoyer leurs batteries usagées au Mexique afin de réduire le coût du recyclage et de contourner la législation de plus en plus contraignante de l’agence de protection de l’environnement (EPA).

 
L’enquête publiée le 8 décembre dans le quotidien new-yorkais montre l’impact environnemental de ce phénomène (1), en prenant l’exemple de l’usine Mondelo située à 50 kilomètres au nord-ouest de la capitale mexicaine. De nombreuses batteries made in USA y arrivent par des canaux plus ou moins officiels. Les ouvriers en extraient le plomb, dont la demande mondiale a décuplé au cours des 10 dernières années.
 
Ce cas est loin d’être isolé. Environ 20 millions de ces batteries traversent chaque année la frontière selon les statistiques commerciales des USA. Cela représente près de 20% des batteries américaines, et signe une tendance qui risque d’augmenter dans les années à venir.
 
Chaque batterie peut contenir jusqu’à 18 kilogrammes de plomb. En forte quantité, ce métal toxique peut causer chez l’adulte de l’hypertension artérielle, des problèmes rénaux et des douleurs abdominales. Chez les enfants, on note des retards de croissance à cause de l’impact du plomb sur le développement neurologique.
 
Les ouvriers de Mondelo y sont exposés à longueur de journée, sous différentes formes. L’ouverture de chaque batterie provoque l’émission de poussières de plomb, tout comme la fusion du métal lourd. En dépit du risque sanitaire potentiel, aucune protection particulière n’a été mise en place. Les ouvriers n’ont le plus souvent qu’un marteau pour le démantèlement, et les fumées dégagées lors de la fonte ne sont pas filtrées. Conséquence: elles se propagent directement à l’extérieur, dans les cours d’école voisines ou les jardins.
 
«Le risque d’exposition au plomb est élevé pour les enfants de l’école qui se trouve dans le quartier de l’usine», alerte Marisa Jacott, la directrice du groupe environnemental mexicain Fronteras Comunes (2). Un échantillon prélevé dans la cour d’école par les journalistes américains a révélé un taux de plomb de 2.000 parties pour millions (ppm), soit 5 fois plus que le seuil autorisé par l’EPA dans les aires de jeux américaines. Aux Etats-Unis, une telle pollution aurait donc déclenché des mesures d’urgence comme la couverture du sol contaminé par du béton ou sa dépollution.
 
Si les batteries fuient le sol américain, c’est parce que la législation s’est durcie. Les entreprises de recyclage évaluent aujourd’hui à 20 millions de dollars (14,94 millions d’euros) le coût de la mise en conformité de leurs installations (épuration stricte des fumées, dispositifs de surveillance autour des usines). L’entreprise Johnson Controls, en particulier, a envoyé des centaines de milliers de batteries usagées dans son usine mexicaine l’an dernier, selon EPA. Le géant américain du recyclage se justifie en expliquant que ses standards sont plus stricts que les normes en vigueur au Mexique. Certains de ses concurrents ne sont pas de cet avis. Exploitant 5 unités de traitement aux Etats-Unis, Exide se refuse à délocaliser ses activités au Mexique.
 
Depuis l’an dernier, EPA exige que les entreprises américaines déclarent les exportations de ces déchets, considérés comme dangereux. Seulement 3 entreprises sur 10 auraient effectivement rempli leur déclaration. Au Mexique, on est prêt à tout pour travailler. Selon une récente enquête gouvernementale, 19 usines sur 20 ne seraient pas autorisées à importer ces déchets dangereux.
 
En attendant, à l’usine mexicaine de Mondelo, lorsque les taux d’exposition sont trop élevés, les ouvriers reçoivent des analgésiques et sont renvoyés chez eux pendant quelques jours.
 
 
(1)   http://www.nytimes.com/2011/12/09/science/earth/recycled-battery-lead-puts-mexicans-in-danger.html?ref=science
(2)   http://www.fronterascomunes.org.mx/


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