Les barrages toujours pas si propres

Le 09 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le barrage d'Itaipu fournit le quart de l'électricité consommée au Brésil
Le barrage d'Itaipu fournit le quart de l'électricité consommée au Brésil

La construction de grands barrages continue de susciter bien des critiques, tant environnementales que sociales.

La lutte contre les changements climatiques provoque, elle aussi, des dégâts collatéraux. Confrontés à une hausse de la demande d’électricité et à l’impérieuse nécessité de réduire leurs émissions de gaz carbonique, nombre d’Etats et de compagnies électriques renouent avec une technique décriée : les grands barrages.

Depuis des décennies, les organisations de protection de l’environnement et des peuples indigènes rappellent les conséquences engendrées par la construction et l’exploitation de ces grands ouvrages. A commencer par la destruction de l’environnement. Les barrages hydroélectriques noient des surfaces, parfois considérables, de terres agricoles, de forêts ou d’espaces urbanisés. Des fleuves voient leur cours séculaires modifié, ce qui bouleverse des biotopes, parfois menacés. La mise en eau des réservoirs peut s’avérer « climatiquement » contre-productive. Souvent, la décomposition des végétaux noyés par la montée du niveau des eaux produit des volumes considérables de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le gaz carbonique.

Mais l’impact le plus considérable est sans nul doute le déplacement des populations. En novembre 2000, dans un rapport très critique, la Commission mondiale des barrages rappelait que, pour construire les 45.000 ouvrages que comptait la planète à l’époque (dont 45 % en Chine), 40 à 80 millions de personnes avaient été évacuées. Pour assurer le développement de l’hydroélectricité et de l’irrigation, la Commission, créée par la Banque mondiale et l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) concluait que les promoteurs des barrages devraient, à l’avenir, faire preuve d’équité et d’efficience. Leur décision devra être fondée sur la participation de toutes les parties impliquées. Et leurs ouvrages respecter des critères de durabilité, à tout point de vue.

Malgré le formidable retentissement qu’eut ce rapport il y a 10 ans, les problèmes demeurent.

Comme le rappelle une étude publiée lundi 9 août par Survival International, « la construction des barrages connaît actuellement dans le monde un essor démesuré ». Selon l’organisation de protection des peuples indigènes, la seule banque mondiale financerait 211 projets de ce type, pour un montant de 11 milliards de dollars (8,31 milliards d’euros). Grande spécialiste, la Chine n’est pas en reste. Des banques chinoises, ainsi que l’exploitant du pharaonique barrage des Trois gorges participent à des projets en Malaisie (barrage de Murum, 944 mégawatts) et en Ethiopie (Gibe 3, 1.870 MW). Des banques régionales de développement (la BNDES brésilienne, la Banque africaine de développement) suivent le mouvement.

Au grand dam des populations riveraines des sites convoités. A en croire Survival International, la construction de ces nouveaux barrages jetteraient sur les pistes près de 400.000 indigènes, au Brésil, en Ethiopie, en Malaisie. Au Brésil, où GDF Suez compte bien mettre en service en 2012 le barrage de Jirau (3.300 MW), bon nombre des Indiens risquant d’être déplacés n’ont jamais eu de contact avec le monde extérieur. Ce qui réduit leur possibilité d’adaptation dans un nouvel environnement. Ces problèmes ne concernent généralement pas les promoteurs. « Il y a une tendance endémique dans l’industrie des barrages à sous-estimer de manière significative le nombre de personnes concernées par ses projets », affirme l’ONG. 

 

http://www.dams.org/report/contents.htm

http://assets.survivalinternational.org/documents/373/Serious_Damage_final.pdf



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