Les barrages contribuent plus que prévu à l’effet de serre

Le 25 août 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Nam Theun 2 a une capacité installée de 1070 MWe.
Nam Theun 2 a une capacité installée de 1070 MWe.
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Encore une mauvaise nouvelle pour le climat. Les barrages qui produisent l’essentiel de l’électricité «renouvelable» dans le monde sont aussi de gros émetteurs de méthane, puissant gaz à effet de serre (GES). C’est la conclusion que l’on peut tirer de la lecture d’un article publié le 13 août par Biogeosciences.

Depuis le début du siècle, les scientifiques évaluent l’impact climatique des lacs de barrage hydro-électriques, notamment tropicaux. La dégradation par les bactéries des végétaux recouverts d’eau et des matières organiques piégées dans les sédiments libère de grandes quantités de méthane, dont le pouvoir de réchauffement global, sur un siècle, est 28 fois supérieur à celui du CO2.

Une fouchette large

Faute d’un nombre suffisant d’études, de nombreuses estimations circulent. «En gros, on imaginait que de 1% à 20% des émissions anthropiques de méthane étaient le fait des barrages hydro-électriques», rappelle Dominique Serça, directeur adjoint du laboratoire d’aérologie de l’université de Toulouse, et auteur principal de l’article.

Cette estimation est en train d’être affinée. Avec le soutien financier et logistique d’EDF, une équipe française a pu réaliser des milliers de mesures instantanées de gaz naturel à la surface du lac de barrage de Nam Theun 2, un barrage construit et exploité au Laos par l’électricien français[1]. Ces travaux révèlent une sous-estimation des rejets des ouvrages tropicaux. «Jusqu’à présent, on avait surtout évalué les rejets par diffusion, c’est-à-dire le méthane qui se dilue dans la colonne d’eau. Or nous avons constaté que l’essentiel des rejets de Nam Theun 2 sont le fait du bullage: les grosses bulles de gaz qui sortent directement du fond du lac. On trouve également des traces de méthane dans l’eau qui a été turbinée.»

Un bilan carbone à revoir

Les scientifiques français n’ont pas achevé l’évaluation précise des émissions du barrage laotien. Toutefois, une chose semble désormais acquise: il faut revoir à la hausse le bilan carbone de l’hydro-électricité et l’impact climatique des ouvrages tropicaux. «Il tourne probablement autour de 10% des émissions anthropiques de méthane», complète Dominique Serça. Pour mémoire, l’étude d’impacts de Nam Theun 2, telle qu’exigée par la Banque asiatique de développement, ne mentionnait même pas de possibles émissions de GES.

 



[1] EDF détient aussi 40 % de NTPC, le consortium propriétaire de l’ouvrage.

 



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