Les banques françaises noircies par le charbon

Le 29 octobre 2014 par Stéphanie Senet
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La Société générale, associée au méga-projet minier australien Alpha Coal
La Société générale, associée au méga-projet minier australien Alpha Coal

Publié ce 29 octobre, un rapport des Amis de la Terre dénonce les financements croissants des banques françaises en faveur du secteur du charbon: activités d’extraction, centrales électriques ou entreprises de distribution. La BNP Paribas, le Crédit agricole-LCL et la Société générale sont directement visées.

Le charbon représente la plus forte source d’émission de CO2 d’origine anthropique, et 44% des émissions carboniques dues aux combustibles fossiles selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ce piètre bilan n’a pas pour autant infléchi son utilisation dans le monde. Pire, celle-ci a augmenté. La production s’est accrue de 69% depuis 2000 pour atteindre 7,9 milliards de tonnes par an. Et la capacité installée des centrales électriques au charbon a bondi de 35% dans le monde depuis 2005.

«Etant donné l’incapacité des politiques à répondre à l’urgence climatique de manière adéquate, le développement du charbon, à la hausse ou à la baisse au cours des prochaines années, sera largement déterminé par les décisions des investisseurs et des banques», note justement le rapport des Amis de la Terre. Sans le soutien des banques, la plupart des projets de centrales ou d’infrastructures liées à l’extraction ou à la distribution ne verraient pas le jour. Bien connu des environnementalistes australiens, le gigantesque projet Alpha Coal, soutenu par la Société générale, vise à créer une mine à ciel ouvert dans le bassin de Galilée, une voie ferrée de 495 kilomètres et à étendre le port d’Abbot Point, menaçant autant le climat que la Grande barrière de corail. Son coût? Au moins 10 milliards de dollars (7,8 Md€).

 

Des fonds totalement opaques

Alors que la majorité des grandes banques publient le montant de leurs soutiens en faveur des énergies renouvelables, ce n’est curieusement pas le cas pour le charbon. Le rapport RSE 2013 de BNP Paribas l’illustre parfaitement. Ce document indique que 6,5 Md€ ont été versés aux énergies renouvelables (sans préciser sur quelle période) mais oublie d’évoquer les énergies fossiles. Selon les Amis de la Terre, la banque française a pourtant financé le secteur du charbon à hauteur de 15,6 Md€ (dont 8,4 Md€ de crédits), a minima, entre 2005 et avril 2014. Ce qui fait d’elle la banque la plus émettrice de CO2 de l’Hexagone (1.360 Mt/an).

 

8% des financements mondiaux venus de France

Au total, 373 Md€ ont été versés au secteur du charbon entre 2005 et avril 2014 selon la troisième étude du réseau BankTrack, qui a passé en revue les crédits, émissions d’obligations et d’actions de 92 banques commerciales internationales. Ces financements ont profité à 34 entreprises minières, 39 opérateurs de centrales et 28 autres entreprises minières, représentant 52% de la production de charbon et 53% de l’électricité provenant de ce combustible.

Les banques françaises y ont contribué à hauteur de 8% soit plus de 30 Md€ sur la période, selon le focus hexagonal établi par les Amis de la Terre. Ce qui les place au 4e rang mondial de la finance du charbon, derrière la Chine, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Et ce n’est pas fini. Les financements annuels enregistrent une hausse vertigineuse de 218%  depuis 2005, pour atteindre 3,89 Md€ en 2013.

 

BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale en tête

BNP Paribas alimente la majeure partie des fonds français destinés au charbon (52%), devant le Crédit agricole et la Société générale (41% à elles deux).

Dans environ 60% des cas, ces financements sont formés de prêts aux entreprises du charbon, le restant provenant d’émissions d’obligations et d’actions sur les marchés financiers.

 

A l’encontre de la transition énergétique

«La transition énergétique passe bien sûr par le développement de financements en faveur des énergies renouvelables. Mais cela ne servira à rien tant qu’il n’y aura pas une interdiction, au niveau mondial, de financer les énergies fossiles, le charbon mais aussi les hydrocarbures non conventionnels», explique au JDLE Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre.

Dans son 5e rapport d’évaluation, publié en septembre 2013, le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (Giec) préconise d’ailleurs de réduire de 30 Md$ par an les financements aux énergies fossiles.

Tout citoyen peut d’ailleurs participer à ce challenge, en préférant une banque qui refuse de financer le charbon. Dans le guide «Comment choisir ma banque?», également publié ce 29 octobre, les Amis de la Terre donnent leur feu vert à la Nef et au Crédit coopératif.

 



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