Les bactéries, biopesticides du futur?

Le 05 mars 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La bactérie Burkholderia
La bactérie Burkholderia
CDC/Janice Carr

Des bactéries génétiquement modifiées comme alternatives aux pesticides chimiques? Dans une étude publiée lundi 4 mars dans Nature Microbiology, des chercheurs britanniques démontrent l’efficacité de la bactérie Burkholderia ambifaria contre des maladies fongiques, une piste qu’ils qualifient de «durable et naturelle».

Dans les années 1990, les bactéries du genre Burkholderia ont fait l’objet de plusieurs travaux d’agronomie prometteurs, en raison de leurs propriétés antibactérienne, antifongique et antinématode. Elles produisent en effet de nombreux biocides naturels, que l’équipe d’Eshwar Mahenthiralingam, microbiologiste à l’université de Cardiff (Royaume-Uni), voient comme une alternative d’avenir aux pesticides chimiques, menace pour la santé et l’environnement.

Or en 1999, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) avait émis un moratoire sur les bactéries Burkholderia, en raison de possibles risques sanitaires, sous réserve que des produits sans danger lui soient soumis. Chez l’homme, elles peuvent en effet engendrer de graves infections pulmonaires.

La même bactérie, sans la virulence

Dans leur étude, les chercheurs américains ont décortiqué Burkholderia ambifaria, et sont parvenus, en lui ôtant un bout de génome non nécessaire à sa survie, à en éliminer toute virulence lorsqu’elle est mise en présence de souris. Ce processus est le même que celui mis en œuvre lors de la production de ‘souches atténuées’ pour les vaccins, à savoir des pathogènes vivants mais dénués de leur virulence.

De plus, la bactérie conservait toute son efficacité sur les plantes: les résultats montrent une protection forte, chez le pois, contre la fonte des semis, maladie fongique liée à l’oomycète Pythium ultimum. Selon les chercheurs, cet effet serait lié à la production, par la bactérie, d’un antibiotique appelé cépacine.

«Des bactéries bénéfiques telles que Burkholderia, qui ont naturellement coévolué avec les plantes, peuvent jouer un rôle clé. Nous devons mieux comprendre les risques qu’elles posent, tenter de les atténuer et chercher le meilleur équilibre [entre sécurité et efficacité]», juge Eshwar Mahenthiralingam, qui y voit une nouvelle piste vers «une agriculture plus sûre, plus durable et sans produits toxiques».



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus