Les bactéries aguerries par la pollution de l’air

Le 02 mars 2017 par Romain Loury
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Moins sensibles aux antibiotiques
Moins sensibles aux antibiotiques
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La pollution de l’air ne fait pas que s’attaquer au corps humain: elle rend aussi les bactéries responsables d’infections respiratoires plus agressives, et plus résistantes aux antibiotiques, révèle une étude britannique publiée dans la revue Environmental Microbiology.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air est à l’origine de 6,5 millions de décès annuels dans le monde, que ce soit de maladies cardiovasculaires, de cancers du poumon ou d’infections respiratoires.

Or au-delà de leur action directe sur l’organisme (fonction vasculaire, inflammation, cancérogénèse, affaiblissement du système immunitaire, etc.), les polluants atmosphériques auraient un effet, jusqu’alors peu étudié, sur les bactéries à l’origine d’infections respiratoires, telles que les pneumonies.

Des biofilms plus résistants

Pour montrer cela, Shane Hussey, de l’université de Leicester, et ses collègues ont exposé deux types de bactéries fréquemment associées à ces maladies, Staphylococcus aureus et Streptococcus pneumoniae, à du carbone suie, composant majeur des particules fines.

Naturellement présentes dans les narines d’un grand nombre d’entre nous, ces bactéries s’associent très souvent en «biofilms», une structure en forme de feuillet dans lequel elles sont liées les unes aux autres. Grâce à cette conformation, elles bénéficient d’une protection collective qui les rend plus résistantes aux agressions extérieures.

Exposées aux carbone suie, les bactéries exposées forment des biofilms plus épais, de structure plus complexe, incorporant même en leur sein des particules fines. Résultat, elles sont bien plus résistantes à l’action de plusieurs antibiotiques courants (oxacilline, pénicilline G, tétracycline, daptomycine), donc potentiellement plus difficiles à traiter.

Une meilleure colonisation pulmonaire

L’exposition au carbone rend aussi les bactéries plus agressives in vivo: elles s’avèrent plus à même de coloniser les poumons à partir du nez. Pour montrer cela, les chercheurs en ont inoculé, de manière intranasale, à des souris: sept jours plus tard, seules les bactéries traitées au préalable avec du carbone suie étaient parvenues à coloniser le poumon.

Selon les chercheurs, «le carbone suie affecte la colonisation bactérienne et la formation des biofilms, un effet de la pollution de l’air jusque-là très négligé. Notre étude établit un nouveau paradigme: les particules fines sur la santé n’agissent pas seulement de manière directe sur l’homme, mais aussi de manière indirecte via le comportement bactérien à l’intérieur de leur hôte».

Au-delà de la santé humaine, l’équipe soupçonne même des effets environnementaux: «cet impact du carbone suie pourrait perturber l’écologie microbienne dans divers écosystèmes», notamment au sein de la flore microbienne océanique.



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