Les animaux, aussi, sont sur écoute

Le 23 juillet 2013 par Marine Jobert
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Le hurlement du loup porte une signature unique.
Le hurlement du loup porte une signature unique.
©Ferus

Les grandes oreilles n’espionnent pas seulement les humains: les animaux aussi sont écoutés à travers le monde. Mais les visées des éthologues sont pacifiques. Du loup au dauphin, de la chauve-souris à la grenouille costaricaine… tout, tout, tout, vous saurez tout sur ce que les dernières découvertes en matière de recherche acoustique nous apprennent sur ces animaux.

Pendant que le préfet de Lozère autorise, dans le pays de la «bête du Gévaudan», des éleveurs victimes d'attaques à procéder à des tirs dits «de défense» dans la cadre du plan Loup [JDLE], des chercheurs anglais viennent de faire une découverte intéressante. Une équipe de la Nottingham Trent University a développé un programme informatique capable d’analyser la signature vocale de chaque loup et de les reconnaître sans coup férir. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Bioacoustics.

 

Peu visibles, changeant souvent de tanières, les loups en meute sont difficiles à distinguer les uns des autres pour les naturalistes (et les chasseurs). «Les loups hurlent beaucoup dans la nature», explique Holly Root-Gutteridge, la thèsarde qui a conduit ces recherches. «Désormais, nous pouvons être certains d’identifier quel loup est en train de hurler.» C’est en combinant l’analyse de l’amplitude et de la fréquence des hurlements enregistrés que la chercheure en est arrivée à la conclusion qu’il s’agissait d’une sorte de langage propre à chaque individu. «Si vous ajoutez les accents à différents endroits, cela forme un son unique (…) Au plan scientifique, c’est très excitant, car cela signifie que si, une nuit, vous entendez un hurlement, vous pourrez établir avec certitude s’il s’agit du même loup les nuits suivantes», explique Holly Root-Gutteridge à la BBC.

 

Chanter l’amour

En amour, la chauve-souris ne peut pas tout miser sur son plumage; c’est donc par son ramage que le mâle tente d’attirer l’attention des femelles. Une équipe d’une université texane a étudié pendant trois ans le comportement amoureux de molosses du Brésil (Tadarida brasiliensi). Conclusion: quand le mâle réussit à capter l’attention d’une femelle, il change soudainement de registre et se met à vocaliser avec une créativité insoupçonnée. «Ces chauve-souris volent très vite, presque 9 mètres par seconde», explique Mike Smotherman, un spécialiste de ces mammifères volants qui a publié ces résultats dans la revue Animal Behavior. «Les mâles n’ont qu’un dixième de seconde pour attirer l’attention des femelles.» Les mâles coopèrent entre eux, puisqu’ils mêlent alors leurs vocalises, «probablement pour continuer à occuper les femelles assez longtemps pour que l’accouplement débute». Les chauve-souris, si elles émettent des ultra-sons que l’oreille humaine ne peut percevoir, chantent aussi sur des longueurs d’onde tout à fait audibles pour les humains (comme en témoigne cette vidéo).

 

Les dauphins ont un nom et ils le savent

Ils ignorent encore si les dauphins sont adeptes des cancans, mais les chercheurs de l’université de Californie (à San Diego) ont réussi à démontrer que les mammifères répondaient à leur nom de façon très explicite puisque, quand ils sont appelés par un congénère, ils répètent à l’identique le sifflement qui les désigne. Une découverte publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences. Les biologistes ont enregistré le sifflement caractéristique d’un dauphin lorsqu’il s’annonce -«c’est Gérald!», par exemple- puis le lui ont repassé un peu plus tard. Dans la majorité des cas, le dauphin Gérald a répondu à l’énoncé de son «nom» par la même vocalise. Comme s’il répondait «oui, c’est bien moi». Les chercheurs ont aussi obtenu quelques réactions similaires quand ils ont diffusé les sifflements de dauphins issus d’un même groupe, mais aucune lorsque les sifflements provenaient de populations de dauphins extérieurs au groupe. «Le grand dauphin (Tursiops truncatus) semble être le seul mammifère non humain à utiliser des signaux qu’il a appris comme des signatures individuelles spécifiques, à l’endroit de ses compagnons et à l’intérieur même de leur propre système de communication», concluent les chercheurs dans la revue. 

 

Enregistrer les animaux du monde entier

Nom de code: Arbimon[1], ou réseau automatique de surveillance à distance de la biodiversité. Derrière cet acronyme pas très sexy, un système d’espionnage pacifique de milliers d’oiseaux, de singes et d’amphibiens au Costa-Rica, au Brésil, à Hawaï ou en Arizona. En libre-accès, les débuts d’Arbimon remontent à 2008 quand des chercheurs de l’université de Porto-Rico mettent au point un système d’enregistrement qui allie régularité et coûts modiques. Car pour suivre l’évolution des populations animales, des collations de données fréquentes et régulières sont nécessaires. Or les caisses sont vides pour ce genre d’expériences naturalistes.

 

Mitchell Aide et Carlos Corrada-Bravo ont donc bricolé une mallette étanche, dans laquelle se trouvent un micro, un ipod, un convertisseur de tension, une antenne et une batterie alimentée par un panneau solaire. Coût du dispositif: 5.000 dollars (3.800 €). Les enregistrements –des prises brèves toutes les 10 minutes- sont envoyés en temps réel à un ordinateur capable de reconnaître avec un taux d’exactitude élevé -entre 76% et 100% d’identification juste- les cris, chants et autres bruits des espèces qui peuplent ces zones modifiées par le changement climatique et la modification des habitats. «Nous ne disposons pas de données de qualité et sur le long terme sur la façon dont ces pressions affectent l’abondance ou la distribution des espèces», explique Mitchell Aide. Le récit de l’expérience est publié dans la revue PeerJ.

 

Exemple: les appels de grenouilles Coqui llanero (Eleutherodactylus juanariveroi) d’un marais de Porto-Rico ont diminué entre 2008 et 2012, ce qui traduirait une baisse de la reproduction, et par là des effectifs. Mais grâce aux enregistrements, les chercheurs ont pu établir qu’en 2013, les appels des grenouilles sont redevenus plus fréquents. Une démonstration de la plasticité des espèces et de la nécessité de les suivre dans la durée. Mitchell Aide aimerait que peu à peu, les micros d’Arbimon deviennent des sortes de stations météorologiques de la biodiversité, que l’on retrouverait sur tout le globe.

 

 

 

Conseil de lecture: «Le Grand Orchestre animal», de Bernie Krause, chez Flammarion. Voir entretien ici.

 



[1] pour automated remote biodiversity monitoring network

 



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