Les Américains ont de nouveau peur de la bombe

Le 17 décembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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New York atomisée ? Une hypothèse à laquelle a travaillé la CIA.
New York atomisée ? Une hypothèse à laquelle a travaillé la CIA.

Neuf ans après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis craignent une attaque nucléaire. Washington a donc décidé de publier les gestes qui sauvent en cas de bombardement atomique.

La légende veut que la seule méthode d’évacuation de New York en cas de menace grave soit… l’ordre alphabétique. C’est du moins ce qu’affirmait Dominique Lapierre et Larry Collins dans l’un de leur plus fameux best seller. Paru en 1980, Le Cinquième cavalier comptait l’histoire du premier chantage atomique : une bombe A était cachée dans la Grosse pomme et les Etats-Unis disposaient de 36 heures pour satisfaire les exigences des terroristes. Faute de quoi la mégapole était soufflée par le feu nucléaire.

Trois décennies durant, les officiels américains n’ont pas prêté attention à l’argument de cette œuvre de fiction. Jusqu’à un fameux 11 septembre 2001.

Un mois plus tard, relate The New York Times du 16 décembre, le directeur de la CIA informe le président George Bush qu’Al Qaida a probablement caché une arme nucléaire à… New York. Comme souvent pour les armes de destruction massive, l’information se révèlera inventée de toute pièce.

Curieusement, rien ne se passe avant que les ouragans Katrina et Rita détruisent une partie de la Nouvelle-Orléans, en 2005. Cette année-là, l’Hyperpuissance prend conscience de son incapacité à secourir la population d’une grande ville durement touchée par un cataclysme imprévu. Imprévu, comme une attaque nucléaire.

Deux ans plus tard, le Congrès attribue 5,5 millions de dollars (4,16 millions d’euros) au ministère de la sécurité intérieure pour mettre au point des scénarios de protection des métropoles américaines. Confiée au laboratoire national Lawrence Livermore (dépendant du ministère de l’énergie), l’étude porte notamment sur les agglomérations de Washington, New York, Chicago, Los Angeles.

Pour valider les hypothèses retenues, un exercice grandeur nature est prévu à Las Vegas, mobilisant 10.000 secouristes. Mais devant l’hostilité des exploitants de casinos et du sénateur Harry Reid (déjà tombeur du projet de site de stockage de déchets nucléaires de Yucca Mountain), l’opération est annulée.

En catimini, les autorités commencent à constituer des stocks de matériels de secours. Quatre jours avant son départ, George W. Bush diffuse, dans les administrations publiques, un guide de survie après une attaque nucléaire. Mais rien n’est prévu pour le grand public. La raison en est simple : personne n’ose publiquement avouer qu’une attaque atomique est toujours possible et qu’il faut « penser l’inimaginable ».

C’est précisément ce que fera l’équipe de Barack Obama, sitôt aux commandes. Se démarquant des précédentes consignes, le 43e président des Etats-Unis commande à ses troupes de préparer le public américain à l’impensable. Il y a quelques semaines, le Citizen corps — l’équivalent de notre Sécurité civile — a mis en ligne de précieux conseils en cas de bombardement atomique. Parallèlement, le gouvernement américain a publié son Planning Guidance for Response to a Nuclear Detonation. Les choses sont clairement dites. Dans cet ouvrage de 135 pages, à la rédaction duquel ont participé des experts de la Maison blanche, de 8 ministères, de la CIA, de la Nasa, de la sûreté nucléaire et de la Croix rouge, on apprend tous les gestes qui sauvent.

A commencer par… ne pas fuir. En effet, plus les victimes d’un bombardement se protègent des retombées nucléaires, dans un sous-sol, derrière un mur, voire dans une voiture, plus grandes seront leurs chances de survie. Selon des simulations faites à Los Angeles, une bombe de 10 kilotonnes causeraient 285.000 victimes dans un rayon de 1.800 mètres autour du point d’impact. Mais, en adoptant un minimum les bons réflexes, les habitants de L.A. pourraient réduire d’un facteur 6 le nombre de victimes potentielles.

Certes, l’information ne fait pas encore la Une de tous les médias, outre-Atlantique. Mais ce faisant, Washington montre que l’on peut considérer ses citoyens comme des adultes. Ce qui n’est pas forcément le cas chez les autres puissances nucléaires.



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