Les Américains boivent de l’eau chromée

Le 20 décembre 2010 par Célia Fontaine
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Du chrome hexavalent a été retrouvé dans 89 % des eaux analysées par une association.
Du chrome hexavalent a été retrouvé dans 89 % des eaux analysées par une association.

L’eau du robinet de 31 villes des Etats-Unis, dont Washington, contiendrait du chrome hexavalent, selon une étude publiée aujourd’hui 20 décembre par l'Environmental Working Group (EWG), une ONG américaine. Quels sont les risques pour la santé d’une telle pollution ?

Erin Brockovich s’est battue, en 1993, aux côtés de centaines de personnes, victimes d’une pollution des eaux au chrome hexavalent – ou chrome VI - à Hinkley (désert de Mojave, sud de la Californie). Son combat, immortalisé au cinéma en 2000, a permis à quelques centaines de Californiens de recevoir une indemnisation de 333 millions de dollars (253,38 millions d’euros) de la société Pacific Gas and Electric Company (PG&E), à l’origine de la pollution.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le Guardian révèle le 1er décembre dernier que l’analyse d’un puits (appartenant à PG&E), à Hinkley, a montré une hausse de 4.600 % de la teneur en chrome hexavalent entre 2005 et 2010. Les nappes phréatiques d’où provient l’eau potable des quelque 2.000 habitants de la ville sont donc encore largement contaminées.

Si l’American Conference of Industrial Hygienists (ACGIH) propose des valeurs-limites comprises entre 0,5 et 50 microgrammes par mètre cube (0,0005 à 0,050 milligramme/mètre cube) de chrome VI selon les composés, aucun seuil maximal autorisé n'existe pour l’instant aux Etats-Unis. L'Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) a envisagé d'instaurer une norme après que l'Institut national de la Santé (NIH) a jugé en 2008 ce produit chimique comme « cancérigène probable ».

L’année dernière, la Californie a fait un pas vers la limitation des quantités de chrome VI dans l’eau potable en proposant un « objectif de santé publique » pour des niveaux de sécurité de 0,06 parties par milliard (ppb).

L’étude sur l’eau réalisée par EWG montre qu’il y urgence à légiférer. Dans 35 villes américaines (dans lesquelles résident 26 millions de personnes), le métal lourd est présent dans 89 % des prélèvements analysés. Et dans une ville sur quatre, l’eau du robinet contient plus de chrome VI que la limite que s’apprête à fixer la Californie.

Les plus fortes concentrations ont été trouvées à Norman (Oklahoma), où l’eau contient plus de 200 fois les objectifs californiens. Les villes de Bethesda et Washington ont chacune des niveaux de 0,19 ppb (plus de trois fois supérieur à l’objectif visé par la Californie). « Honolulu à Hawaii et Riverside en Californie s’avèrent également très touchées », détaille l'Environmental Working Group.

Le pannel des villes étudiées comprend de grandes agglomérations et de petites communautés. Mais toutes abritent des sites où les compagnies locales des eaux avaient déjà détecté d’importants niveaux de « chrome total ».

Max Costa, qui préside le département Médecine environnementale de l’université de médecine de New York, a indiqué être « perturbé » par les résultats de l’étude de l’EWG : « Nous devons tout faire pour ne pas retrouver de chrome hexavalent dans l’eau potable, ou au moins limiter les quantités aux niveaux proposés par la Californie », a-t-il confié au Washington Post, le 19 décembre.

Mais selon le Conseil américain de la chimie – ACC, le lobby du secteur -, les niveaux visés par la Californie sont totalement irréalistes. « Même les méthodes analytiques les plus sophistiquées utilisées par l’EPA ne sont pas capables de détecter les niveaux extrêmement bas que la Californie veut établir », indique Ann Mason, directrice de l’ACC.

Et avec des concentrations aussi basses, les effets sur la santé restent à prouver.

Pour Ken Cook, le président de l’EWG, les autorités en charge de l’eau potable sont réticentes à légiférer. Car si une limite est fixée pour le chrome VI, « il leur sera extraordinairement coûteux de nettoyer tout ça ».

Comme les autres métaux lourds, le chrome hexavalent, transporté par l'eau, s'insère dans la chaîne alimentaire et s'accumule dans l'organisme. « On sait que le chrome hexavalent en suspension dans l'air est cancérigène par voie respiratoire pour l'homme et que c'est un allergène », note une étude de 2003[1].

Ce toxique pourrait également toucher l’estomac via l’eau potable, comme l’indique un article publié par une équipe américaine en janvier 2007 (dans le JDLE). Selon les National institutes of Health (NIH) des Etats-Unis (dans le JDLE), il provoquerait des tumeurs malignes dans la cavité buccale de rats ayant bu de l'eau contaminée et on a observé chez des souris une augmentation du nombre de tumeurs bénignes et malignes au niveau du petit intestin.

Largement utilisé dans l'industrie[2] jusqu'au début des années 1990 et encore aujourd’hui dans l'industrie du plastique, de l’acier ou du textile, ce produit chimique est interdit en Europe sur des objets finis. Les procédés utilisant du chrome hexavalent sont autorisés mais sévèrement contrôlés, notamment par les directives européennes comme RoHs en ce qui concerne les équipements électriques et électroniques (dans le JDLE).

Le Code de l’environnement français prévoit que « le ciment et les préparations contenant du ciment ne peuvent être mis sur le marché ou utilisés s'ils contiennent, lorsqu'ils sont hydratés, plus de 0,0002 % de chrome hexavalent (chrome VI) soluble du poids sec total du ciment » (Article R. 521-25).



[1] Sampling and analysis considerations for the determination of hexavalent chromium in workplace air. In : J. Environ. Monit., 2003, 5, p. 707-716.

[2] Utilisé dans le traitement des surfaces métalliques, la production d'aciers inoxydables et résistants aux hautes températures, les matériaux réfractaires comme la brique et les mortiers, et dans les pigments, le tannage du cuir ainsi que les produits de préservation du bois.



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