Les algues vertes sont bien coupables

Le 06 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
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AP Photo/ David Vincent

Cet été, on les suspectait d’être des criminelles. Aujourd’hui, mardi 6 septembre, les dernières preuves de la culpabilité des algues vertes dans la mort de 36 sangliers sur les plages des Côtes d’Armor viennent d’être apportées par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). Ces algues échouées en masse en baie de Morieux sont bien à l’origine de l’hécatombe des animaux sauvages. L’Ineris, qui a mené une campagne d’analyse de l’hydrogène sulfuré, au sol et dans les airs, vient d’en apporter la preuve. Et selon les experts, les risques pour la santé humaine ne sont pas à exclure.

Sollicité par le ministère de l’écologie pour son expertise en matière de risque sanitaire lié aux algues vertes, l’Ineris publie, aujourd’hui mardi 6 septembre, son rapport sur la caractérisation des concentrations en sulfure d’hydrogène (H2S). Il met un terme à la polémique sur la cause de la mort des sangliers, blaireaux et autre ragondins, en juillet dernier, sur la plage de Morieux, dans l’estuaire du Gouessant, Côte d’Armor.

Les résultats présentés dans le document de l’Ineris sont basés sur 2 campagnes de mesures. La première fut menée du 5 au 6 août 2011, pour «caractériser dans différentes zones de la baie les émissions d’hydrogène sulfuré (H2S), liées à la fermentation des algues vertes». La seconde, réalisée du 4 au 11 août 2001, avait pour but d’évaluer les concentrations en H2S «auxquelles les populations riveraines, ou fréquentant la plage de Morieux et la zone de l’estuaire, sont susceptibles d’être exposées».

Les conclusions du rapport sont sans appel. Les mesures effectuées à la surface du sol mettent en évidence des dégagements importants de composés soufrés, principalement du H2S, lors du perçage de la croûte des dépôts d’algues. Selon les experts de l’Ineris, des libérations de gaz de type «bouffées instantanées» se produisent alors. Des valeurs de plus de 3.000 mg/m3 ont été relevées. Ces valeurs diminuent à mesure que l’on s’éloigne du sol. Aux points étudiés, les détecteurs, placés à la hauteur de la taille des opérateurs, ont mesuré des valeurs de 15 à 140 mg/m3 d’H2S.

Dans l’air ambiant, les concentrations les plus élevées ont été relevées dans les zones les plus difficiles d’accès, c’est-à-dire dans les zones escarpées et les vasières. Et le rapport conclut: «Les concentrations moyennes, sur chacun des points de la zone de mesure, sur l'ensemble de la période étudiée, sont de 5 à 75 fois supérieures à la valeur témoin locale.»

En ce qui concerne lamort des sangliers, des ragondins et des blaireaux retrouvés dans l’estuaire du Gouessant, 3 hypothèses ont été étudiées. D’abord l’exposition à des cyanobactéries, puis à des substances toxiques (voir JDLE) ou à de l’H2S. Les travaux de l’Ineris ont été réalisés à partir des résultats d’analyses transmis par la préfecture et la Direction départementale de la protection des populations des Côtes d’Armor, ainsi que par le centre ministériel de veille opérationnelle et d'alerte.

D’après l’analyse des différents résultats, c’est-à-dire les niveaux de concentration en H2S dans les différents milieux de la baie, «les mesures réalisées dans les poumons ou le sang et les symptômes observés chez les animaux morts, l’hypothèse la plus vraisemblable est l’intoxication par l’H2S», affirme le document de l’Ineris.

Et celui-ci de préciser: «Par ailleurs, il faut souligner qu’à des doses chroniques les perturbations de l’odorat sont un handicap pour la vie animale.»

Et quid des humains? Dans le cas des riverains, c’est-à-dire pour les expositions de longue durée à de faibles concentrations: «les mesures dans l’air ambiant sur une semaine sont représentatives d’une exposition dite «subchronique», car la saison d’échouage des algues s’étend principalement de juin à septembre, soit une exposition potentielle d’environ 4 mois». Dans ce cas de figure, l’Institut estime que «la situation ne semble pas présenter de risque préoccupant pour la santé».

Les scientifiques considèrent ainsi que l’odeur d’«œuf pourri», si caractéristique de l’H2S est décelé à des doses très inférieures à celles entraînant des effets sur la santé, «ce qui rend certains scénarios d’exposition à des concentrations élevées ou maximales peu probables». Et le rapport de compléter: «On peut penser, en effet, que les personnes circulant dans les zones fortement malodorantes ne s’y attardent pas et/ou ne s’approchent pas des zones à risques.»

En ce qui concerne les expositions de courte durée à des concentrations élevées, ce qui est le cas des promeneurs ou randonneurs qui se déplacent sur des zones de dépôts d’algues, des valeurs de 15 à plus de 140 mg/m3 ont été relevées. «Ces concentrations se situent à des niveaux pour lesquels des effets -notamment l’anesthésie de l’odorat- ont été observés chez l’homme, au-delà d’une heure d’exposition en continu sur des zones de dépôts d’algues.»

Même s’il est peu probable qu’un individu soit exposé aux concentrations maximales qui correspondent à des «bouffées» au niveau du sol ou dans les dépôts d’algues, «les concentrations mesurées peuvent atteindre les seuils mortels (2.408 mg/m3 pour une exposition d’une minute)», affirme le document. Les experts confirment ainsi l’hypothèse avancée par les associations de défense de l’environnement: «L’hypothèse de la survenue d’un accident ne peut être écartée». Et le rapport de citer pour illustrer ses propos, l’exemple d’un enfant jouant dans le sable ou d’une chute grave…

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