Les albatros, nouveaux patrouilleurs des mers

Le 22 octobre 2018 par Stéphanie Senet
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Deux ailes et une balise
Deux ailes et une balise
Alexandre Corbeau

Dans le cadre d’un nouveau programme de recherche du CNRS, deux cents albatros équipés d’une balise Argos vont traquer les chalutiers opérant illégalement dans les terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

Essentielle pour la conservation des écosystèmes, la localisation des activités de pêche est loin d’être précise dans le monde, en particulier dans les eaux internationales. Lorsqu’ils contournent la législation (non-respect des quotas ou captures interdites dans des aires marines protégées), les navires de pêche ont recours à un moyen efficace: ils éteignent leur système d’identification automatique (AIS). «En revanche, ils utilisent leur radar pour des raisons de sécurité. Ce qui nous a poussé à imaginer une balise permettant de les détecter», explique au JDLE Henri Weimerskirch, directeur de recherche au Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC) du CNRS.

Dans les lignes des palangriers
L’idée est née dans le cadre d’un programme d’étude de l’évolution de deux espèces d’albatros dans les TAAF. L’Albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis), de l’île du même nom, est en danger critique d’extinction selon l’UICN . On compte seulement 50 couples dans l’océan Indien, alors que l’espèce est menacée par la pêche à la palangre. Quant au Grand Albatros (Diomedea exulans), classé vulnérable, sa population a chuté de 20% au cours des 10 dernières années. Environ 4.000 couples reproducteurs ont été dénombrés dans les îles Crozet et Kerguelen.

Test GPS
Les chercheurs ont eu l’idée de tester une première balise basée sur le système GPS, qui détecte l’emplacement de l’animal ainsi que l’émission radar des navires. «Des expérimentations menées en 2016 et en 2017 ont révélé que parmi les navires détectés par les albatros, seulement la moitié étaient déclarés pour pêcher la légine sub-antarctique dans la zone économique exclusive de Crozet. L’autre moitié des navires opéraient illégalement dans les eaux océaniques», explique Henri Weimerskirch.

Balise Argos
Seul problème: les chercheurs devaient attendre le retour des albatros dans leur nid insulaire, plusieurs jours, voire plusieurs semaines, après leur contact avec un navire de pêche, avant de pouvoir analyser les données. C’est pourquoi ils ont imaginé un nouveau système permettant la transmission quasi-instantanée des informations, via le système Argos, dans le cadre du programme de recherche Ocean Sentinel.
Développée par la société néo-zélandaise Sextant Technology, la nouvelle balise de 70 grammes sera installée sur le dos d’une centaine de grands albatros reproducteurs des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam entre décembre et mars et sur le dos d’une centaine de grands albatros juvéniles dès novembre. Elle permettra d’identifier les navires de pêche présents à 5 kilomètres de distance et d’envoyer les informations en une demi-heure. 

Données sur internet
Les données seront alors accessibles sur internet pour les chercheurs, gestionnaires, autorités en charge du contrôle des pêches et toute personne intéressée selon le programme de recherche. Le dispositif sera ensuite testé, à partir de l’an prochain, aux îles Hawaï ainsi que dans la zone économique exclusive (ZEE) néo-zélandaise où une population d’albatros disparaîtrait à cause de la pêche illégale. «Le Grand Albatros peut parcourir jusqu’à 20.000 kilomètres en 15 jours d’approvisionnement, ce qui fait de lui un patrouilleur des mers de premier ordre», conclut Henri Weimerskirch.



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