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Les agriculteurs ne sont pas les seuls professionnels victimes des pesticides

Le 23 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
Des pesticides permettent de conserver les céréales dans les hangars
Des pesticides permettent de conserver les céréales dans les hangars

Les agriculteurs ne sont plus les seuls à craindre les phytosanitaires. Contaminés par des pesticides interdits, deux salariés bretons de l’agroalimentaire trainent en justice leur employeur. Sur les ports, des dockers souffrent de cancer pour avoir été intoxiqués au moment du déchargement des bateaux. Combien sont-ils à avoir été exposés sur leur lieu de travail? Difficile à dire. Ces premiers cas laissent à penser que le problème est sous-estimé par les employeurs.

Laurent Guillou et Stéphane Rouxel sont chauffeurs dans une importante société d’agroalimentaire bretonne. Aucun signe extérieur n’indique que ces solides gaillards sont malades. Pourtant, depuis qu’ils ont été intoxiqués par du Nuvan Total, un insecticide utilisé pour conserver les céréales stockées en silo ou en hangar, leur santé s’est nettement détériorée. Le Nuvan total contient, en effet, un produit très toxique: le dichlorvos. Classé par l’agence américaine de l’environnement (US EPA, selon l’acronyme anglais) comme cancérigène possible (classe 2B), son utilisation est strictement interdite en France depuis 2007. Problème: les deux hommes ont été intoxiqués en 2009 !
 
Souffrant de maux de tête, de douleurs au ventre, de picotements de la langue et même de saignements de nez, les deux quadragénaires qui travaillent à la réception des matières premières consultent en avril 2009 au CHU de Brest. Le dichlorvos est clairement mis en cause. Des analyses réalisées sur les céréales traitées contre les vermines montrent des doses 7 fois supérieures à la limite autorisée. «Le débit de pompe était réglé sur 48% au lieu de 10% qui est le minimum préconisé», expliquent les deux hommes lors d’une conférence de presse organisée dans les locaux du syndicat Solidaires, aujourd’hui 23 septembre. Pour ces travailleurs ne portant qu’un simple filtre sur le visage, l’intoxication a été aigue lors de l’accident de travail déclarée le 8 avril 2009, mais aussi chronique puisque même après une dizaine d’arrêts de travail pour maladie, la Mutuelle de santé agricole (MSA) les a poussés à reprendre le chemin du silo.
 
Devenus hypersensibles à tout produit chimique, ces deux salariés souffrent également de douleurs au dos, à la poitrine et à la tête. Dans l’incapacité de reprendre leur travail, ils ont été déclarés inaptes par la médecine du travail en janvier et février 2011. Pire, ils ne peuvent tolérer le moindre agent chimique. «Je ne supporte pas les vapeurs des produits imprégnés dans les vêtements de mes collègues, ni même les odeurs dans les bureaux ou les grandes surfaces», explique Laurent Guillou. «Ils souffrent du syndrome d’hypersensibilité développé par ceux qui ont été surexposés aux pesticides», explique François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures. Le dichlorvos est en effet connu aussi pour ses atteintes du système nerveux central.
 
Après avoir stoppé net toute négociation, l’employeur, l’entreprise Nutréa, filiale du groupe Triskalia et employant 70 salariés sur le site de Plouisy dans les Côtes d’Armor, a licencié ces deux salariés en juin et juillet 2011 «pour inaptitude». Il faut dire qu’ils avaient porté plainte contre X auprès du procureur de Guingamp en mai 2010. Classée une première fois en octobre 2010, l’affaire a été rouverte et elle est en cours d’instruction.
 
Pour François Lafforgue, l’avocat qui défend Laurent Guillou et Stéphane Rouxel, le groupe Triskalia a commis plusieurs infractions: il a d’abord utilisé des produits interdits puis il a eu recours à une entreprise non agréée pour le traitement des céréales. Ensuite aucune mesure de protection des salariés n’a été prise. «Nous demandons que le parquet aille au bout de la démarche et qu’il reconnaisse qu’une faute inexcusable a été commise par l’employeur.» Et l’avocat de compléter: «Nous avons déposé auprès des prud’hommes une procédure pour contester le caractère abusif du licenciement.»
 
Un accident qui n’aurait certainement pas eu lieu si les responsables de l’entreprise n’avaient décidé, pour des raisons économiques, de stopper la ventilation des silos, la nuit. En absence d’aération, les céréales se couvrent alors rapidement de charançons ou de moucherons qu’il faut traiter pour préserver les stocks. Une économie de moyens dont les conséquences sont portées par les salariés alors qu’existent des silos ventilés et réfrigérés, permettant de s’affranchir de tout produit phytosanitaire.
 
Autre profession inquiète pour sa santé: les dockers. Ces forts à bras, aux revendications syndicales musclées, n’ont jamais pris de précaution particulière lors du déchargement des marchandises. Et ils semblent en payer le prix. En 2010, l’Association pour la protection de la santé du travail des métiers portuaires (Appstmp) a décidé de recenser tous les cas de maladies professionnelles parmi un groupe de 140 salariés du port de Nantes partis à la retraite en 1992. Dix-neuf ans plus tard, 87 ont développé des maladies cardio-vasculaires, des maladies de peau, mais surtout 61 sont affectés par un cancer (cancers de la prostate, des reins, du pancréas, de la vessie, des poumons, etc.). «La situation est similaire dans tous les ports de France. Nous avons organisé une conférence en mars à Nantes au centre Gauducheau de lutte contre le cancer pour porter ces questions en débat», précise Yves Rialland, l’un des responsables de l’Appsmp.
 
Pesticides, fongicides, amiante, les dockers ont été et sont encore exposés à de nombreux toxiques. Les céréales sont aspergées de pesticides dans les silos puis traitées une nouvelle fois dans les cales des bateaux pour éviter qu’elles ne soient infestées par les vermines. Les bois exotiques arrivent imprégnés de fongicides. Les containers sont souvent gazés. «Il n’est pas rare que les dockers, qui sont les premiers à pénétrer dans les containers, respirent des bouffées de produits chimiques accumulés à l’intérieurLes moyens de transport ont beaucoup évolué mais les marchandises restent les mêmes», précise Yves Rialland. Pire, alors que les marchandises étaient auparavant ensachées et stockées, elles sont maintenant en vrac en fond de cale, là où les poussières s’accumulent.
 
L’Appstmp a été créée pour comprendre les causes de ces cancers et mener des actions de prévention auprès des dockers.

Pour les personnes travaillant dans le secteur de l’agroalimentaire, les consciences commencent tout juste à bouger. 18 collègues de Laurent Guillou et Stéphane Rouxel, également concernés par des accidents de travail mais toujours salariés de Triskalia, attendent les résultats de l’enquête en cours avant d’intenter à leur tour une action en justice.



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