Les agents biocides aguerrissent les bactéries

Le 15 janvier 2014 par Romain Loury
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L'eau de javel, oui, mais à forte dose.
L'eau de javel, oui, mais à forte dose.
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Les produits biocides utilisés dans l’industrie agroalimentaire pourraient rendre les bactéries plus résistantes aux antibiotiques s’ils sont utilisés à des concentrations insuffisantes, suggère une étude espagnole publiée dans la revue Applied and Environmental Microbiology.

L’idée n’est pas nouvelle: ces agents biocides utilisés par l’industrie agroalimentaire pourraient rendre les bactéries plus résistantes non seulement à eux-mêmes, mais aussi aux antibiotiques (voir le JDSA). Et l’effet pourrait même être très fort pour certains de ces produits, confirme l’équipe de Carlos Alonso-Calleja, de l’université de León (Espagne), spécialiste du sujet.

Les chercheurs ont soumis des bactéries Escherichia coli à des concentrations sub-létales de trois agents biocides différents: l’hypochlorite de sodium (utilisée sous forme d’eau de Javel aux Etats-Unis, pour la décontamination de la volaille), le nitrite de sodium (également connu comme conservateur sous le nom d’E250) et le phosphate trisodique.

Après ce conditionnement chimique, les chercheurs montrent que ces bactéries ont acquis une tolérance à ces produits, particulièrement le nitrite de sodium et l’hypochlorite de sodium. Pire, les E. coli étaient devenues antibiorésistantes: après une exposition à l’hypochlorite de sodium, elles résistaient désormais à 14 des 29 antibiotiques testés! Parmi ceux-ci, des céphalosporines et des fluoroquinolones, jugés très importants en médecine humaine.

Des bactéries en biofilm

Autre effet collatéral des agents biocides, ils favoriseraient chez les bactéries la capacité à se regrouper pour former des biofilms. De quoi inquiéter l’industrie agroalimentaire: sous cette structure, elles contaminent plus facilement les aliments, s’avèrent plus virulentes lors d’infections humaines, et engendrent des coûts supplémentaires d’entretien dans les usines, notamment en bouchant les circuits d’alimentation en eau.

Afin d’éviter d’aguerrir les bactéries, E. coli ou autres, les chercheurs préconisent de combiner plusieurs agents biocides aux modes d’action divers, en changeant régulièrement de formulations. Selon eux, les concentrations sub-létales surviendraient en cas de mauvaise utilisation des agents biocides, mais aussi de stockage prolongé ou d’inhibition par un excès de matière organique.

Outre les trois produits testés, la question pourrait aussi se poser avec l’acide lactique, seul produit décontaminant autorisé en Europe pour réduire la contamination bactérienne de la viande bovine (voir le JDSA). Une telle montée d’antibiorésistance a également été montrée avec des agents au mode d’action similaire, dont l’acide ascorbique et l’acide citrique.



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