Les acquis de Durban

Le 12 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La commissaire à l'action climatique, Connie Hedegaard, a su imposer la feuille de route européenne.
La commissaire à l'action climatique, Connie Hedegaard, a su imposer la feuille de route européenne.

Avec près de deux jours de retard, la conférence climatique de Durban a accouché d’une batterie de décisions. Cette «plate-forme» n’obère pas l’avenir mais ne répond pas à toutes les incertitudes.

 

Désastreux pour nombre d’écologistes, pas en avant pour beaucoup de négociateurs, les résultats de la 17e conférence des parties (COP 17) à la convention de l’ONU sur les changements climatiques est la suite logique des deux dernières COP, celles de Copenhague et de Cancun.
 
Dans la mémoire collective, la grand-messe de Copenhague s’est achevée sur un désastre: pas de réel accord, alors que la presse et les ONG avaient annoncé, des mois à l’avance, la signature probable d’une sorte de Kyoto 2. ça n’a pas été le cas. Le texte dont la COP 15 avait «pris acte» stipule peu de choses, mais elles sont essentielles:
 
  • ·         limitation du réchauffement à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle;
  • ·         création du système de rémunération par des crédits carbone des politiques de maîtrise de la déforestation (Redd+);
  • ·         versement par les pays industrialisés de 30 milliards de dollars (22,65 milliards d’euros) d’ici 2012 pour aider les nations les moins favorisées
  • ·         mobilisation de 100 Md$ (75,5 Md€) par an, à partir de 2020, par les pays industrialisés pour abonder un Fonds vert;
·         et tous les pays ayant ratifié la convention de l’ONU doivent soumettre des engagements de réduction d’émissions de GES.
 
Pas si mal pour un échec!
 
Un an plus tard, le sommet de Cancun conforte ces décisions. Le Climate Green Fund est doté d’une administration, un comité de l’adaptation est chargé d’aider les pays les moins avancés (PMA) à élaborer leurs politiques nationales d’adaptation et un comité exécutif de la technologie doit faciliter les transferts de techniques et de technologies des pays du Nord vers ceux du Sud.
 
En se référant au plan d’action de Bali adopté en 2007, la COP 16 rappelle aussi que la stabilisation du réchauffement implique l’effort de tous. Pour mémoire, le plan d’action de Bali préconise une réduction de 25 à 40% des émissions des pays de l’annexe 1 d’ici 2020 et une «diminution substantielle» des rejets carbonés des pays d’Amérique latine, d’Asie centrale et orientale et du Moyen Orient. Pour 2050, c’est encore pire: -80 à -90 % pour les pays de l’OCDE et, toujours une «diminution substantielle» des rejets de GES dans toutes les autres régions du monde, cette fois.
 
Adoptées dans la matinée du 11 décembre, les décisions prises à Durban (la plate-forme de Durban, en jargon onusien), poursuivent cette trajectoire. Globalement, les délégués des 195 pays parties à la convention de 1992 ont repris à leur compte le projet de feuille de route imaginé par les services de la commissaire européenne à l’action climatique, Connie Hedegaard.
 
Bafoué et renié par ses signataires, le protocole de Kyoto se voit accorder un sursis. Alors que sa première période d’engagement s’achève le 31 décembre 2012, le texte signé en 1997 est prorogé. Plus exactement, Durban lui accorde une seconde période d’engagement. Les mécanismes de flexibilité (mécanisme de développement propre, mise en œuvre conjointe, échanges de quotas nationaux, et plus indirectement le marché européen de quotas) pourront encore être utilisés jusqu’à 2018. Le temps, en tout cas, que soit élaboré le texte qui doit succéder à Kyoto.
 
Même si sa forme juridique n’est pas encore arrêtée, ce véhicule aura «force légale» (ce qui ne signifie pas qu’il sera contraignant), devra impliquer les 195 pays ayant ratifié la convention sur les changements climatiques de 1992 et être signé d’ici 2015. Son entrée en vigueur n’est pas prévue avant 2020. Toutefois, dès 2014, les pays émergents et en développement (à l’exception des plus pauvres et des membres de l’alliance des petits Etats insulaires -Aosis) devront envoyer à l’ONU leurs inventaires d’émission. Une opération à renouveler tous les deux ans.
 
Ils devront aussi faire un point régulier sur leur politique climatique nationale (technique et financier). Si certains diplomates s’avèrent déçus de n’avoir pas (encore ?) décroché d’accord «contraignant», d’autres se satisfont du résultat. «C’est juridique, donc c’est contraignant, donc c’est très costaud», estime Luiz Alberto Figueiredo, directeur de l’environnement au ministère des affaires étrangères brésilien.
 
Que pourrait-il contenir? Dans l’idéal, une synthèse des politiques climatiques des pays signataires. Des politiques nationales qu’il conviendra de renforcer. Les délégués de Durban ont insisté sur le fait que le texte de 2015 devra «élever le niveau d’ambition» de la réduction des émissions de GES. Et c’est tant mieux! Car, comme l’ont rappelé les analystes du Climate Action Tracker, les plans de lutte contre le changement climatique actuels limiteront à 3,5°C le réchauffement d’ici la fin du siècle. Soit 1,5°C de plus que l’objectif fixé à Copenhague. Un nouveau tour de vis carbonique est donc nécessaire.
 
A la demande des très actifs 43 représentants de l’Aosis et de l’Union européenne, les négociateurs ont accepté de créer un groupe de travail chargé de lister les actions à mettre en œuvre collectivement pour réduire cet inquiétant écart du 1,5°C. Au premier rang desquelles figurera, sans doute, de nouvelles pratiques agricoles. «A l'origine de 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l'agriculture représente un potentiel considérable de réduction des émissions. C'est aussi le premier secteur touché par le défi du réchauffement climatique. L'accord de Durban ouvre la voie d'un programme de travail pour réduire les émissions et favoriser l'adaptation à l'évolution du climat pour garantir la sécurité alimentaire»,souligne la ministre française de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.
 
Durban lève aussi la plupart des freins qui empêchaient le fonctionnement du Green Climate Fund. Avec l’aide du Fonds mondial pour l’environnement et du secrétariat de la convention Climat, son conseil d’administration devrait être constitué avant l’été prochain. Ses règles de fonctionnement ayant été adoptées, il ne reste plus qu’à régler un dernier détail: comment les pays les plus riches feront-ils pour l’abonder en période de crise économique? La semaine passée, l’Inde et la Chine ont torpillé l’idée de taxer le transport maritime international. Il faudra donc trouver autre chose. «Nous sommes entrés dans une période d'incertitude économique, une ère d'austérité fiscale. Mais je ne pourrais jamais trop souligner à quel point il est crucial que les pays développés tiennent leurs engagements», a mis en garde Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU.
 
Quels sont les gagnant et les perdants de cette quinzaine sud-africaine?
Incontestablement, l’Union européenne sort grandie de la COP 17. La détermination de la commissaire Connie Hedegaard a permis de faire accepter la feuille de route. Les 27 avaient, il est vrai, fait savoir que c’était pour eux une condition sine qua non à la poursuite de leur participation au jeu onusien.
 
Les états de l’Aosis ont réussi à faire durcir certains point de l’accord de Durban, ce qui n’allait de soi. Paradoxalement, les états-Unis sont, pour une fois, dans le camp des winners. En annonçant que Washington soutenait officiellement la feuille de route européenne, le négociateur US Todd Stern a fait d’une pierre deux coups. Il a donné plus de poids à la position communautaire. Il a aussi mis au pied du mur l’Inde et la Chine qui désormais apparaissent, pour la communauté internationale, comme les deux empêcheurs de décarboniser en paix.
 
Ce coup de billard à trois bandes devrait d’ailleurs profiter à l’administration Obama. Depuis 1997, le Congrès américain refuse de ratifier tout accord international de réduction d’émission qui ne contraigne pas tous les grands émetteurs de GES —industrialisés, émergents et en développement— à baisser leurs rejets. Tel qu’il a été esquissé à Durban, l’accord de 2015 intègre les desiderata du Capitole. Ce qui ne devrait pas faciliter le travail des congressemen climato-sceptiques.
 

Et la planète, direz-vous? Dans le meilleur des cas, le rythme de maîtrise des émissions est plus lent que celui requis par les climatologues et les économistes du climat pour stabiliser le réchauffement à 2°C d’ici 2100. Tous ou presque sont d’accord pour fixer à 2015, l’année-limite à partir de laquelle les émissions anthropiques devront commencer à baisser durablement. Sauf crise économique persistante, ce ne se sera sans doute pas le cas. Mais pouvait-il réellement en être autrement?

 

L’objectif des 2°C n’est atteignable qu’en réduisant de moitié, au moins, les émissions mondiales de CO2, de méthane, de protoxyde d’azote et de gaz à effet de serre de synthèse (PFC, SF6, HFC, etc.). Cela suppose a minima que les 195 pays signataires de la convention changent leur façon de produire, de consommer, de transporter marchandises et passagers. Partout, l’urbanisme devra évoluer. Partout, le pétrole et le charbon devront laisser la place à des énergies peu ou pas carbonées. Cela ne s’invente pas en un jour. Rendez-vous, donc, pour la suite du processus, l’an prochain au Qatar: l’un des plus gros émetteurs de CO2 du monde par tête de pipe.



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