Les 100 jours «verts» d’Obama

Le 30 avril 2009 par Laure Guilbault
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A peine entrait-il à la Maison Blanche que le président Barack Obama changeait de ton de manière radicale par rapport à l’administration Bush, en matière d’environnement. Depuis, les actions et initiatives se succèdent à vive allure, en vue de l’échéance de décembre à Copenhague. Bilan des 100 premiers jours.

«Le président Obama a fait plus pour réduire la pollution en 100 jours que George Bush en 8 ans», affirme Dan Weiss, directeur de la stratégie climatique au Center for American Progress, un groupe de réflexion à Washington. L’un des premiers succès du président est le vote du plan de relance. Sur les 789 milliards de dollars prévus par l’«American Recovery and Reinvestment Act», 91 milliards (68,6 milliards d’euros) sont consacrés aux programmes pour les énergies «propres», un montant trois fois supérieur à celui de l’année précédente. Le plan inclut par exemple 11 milliards $ dédiés à l'efficacité énergétique, 6 milliards aux prêts pour la production d’énergies renouvelables, 4,5 milliards pour la rénovation et réparation de bâtiments fédéraux, et 500 millions pour la formation aux «emplois verts». Il encourage aussi le développement des voitures électriques et le remplacement des vieux véhicules.

La nomination de Lisa Jackson au poste d’administratrice de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), ratifiée par le Sénat le 23 Janvier, est un autre signal fort. L’agence était malmenée sous l’administration Bush, les fonctionnaires de l’agence et de la communauté environnementale étant frustrés par les nominations politiques qui bloquaient toute initiative. Lisa Jackson, alors à la tête du département de protection de l’environnement de l’Etat du New Jersey, partageait cette frustration et se moquait de l’EPA, acronyme pour «Emissions permissions agency» (Agence de permission des émissions). Sous son impulsion, en seulement 100 jours, l’EPA a pris des initiatives pour imposer un contrôle plus strict du mercure émis par les centrales à charbon (1), et des émissions de gaz à effets de serre (GES). Le président a aussi ordonné à l’agence de revoir les règles de l’administration Bush empêchant la Californie et 15 autres Etats d’imposer des normes plus sévères concernant les émissions de gaz automobiles (2).

Au portefeuille de l’énergie, Obama a choisi l’ancien prix Nobel de physique Steven Chu, un spécialiste de l’étude du réchauffement climatique. La «green dream team» inclut aussi Carol Browner, administratrice de l’EPA sous l’administration Clinton, nommée conseillère pour l’énergie et le changement climatique. «Tant Lisa Jackson à l’EPA que Steven Chu à l’énergie -et Hillary Clinton au département d’Etat dans une certaine mesure- ont la réputation d’être des leaders sur les questions de changement climatique», se félicite John Walke, directeur du programme Clean Air pour l’ONG National Resources Defense Council.

Vendredi 17 avril, l’EPA a reconnu le caractère dangereux de 6 GES dont le dioxyde de carbone (CO2) (3 et 4). L'EPA reconnaît notamment que «les GES contribuent à une pollution de l'air qui peut mettre en danger la santé et le bien-être publics». La décision de l'EPA vient renforcer la position de la Maison blanche, qui pousse le Congrès à adopter une loi instaurant un marché de permis d'émission de GES. Début avril, l’American Clean Energy and Security Act a été déposé devant le Congrès par les deux démocrates Henry Waxman (Californie), président du Comité de l’énergie et du commerce à la Chambre des représentants, et Edward Markey (Massachusetts), président de la sous-commission Sécurité énergétique et climat. Ce projet de loi prévoit une réduction des émissions de GES de 20% d'ici 2020 par rapport à 2005, ainsi que la création de milliers d'emplois «verts». «Le projet de loi est, dans l’ensemble, un texte ambitieux et très positif», salue Frank O’ Donnell, président de l’ONG Clean Air Watch. L'ancien vice-président américain Al Gore a apporté son soutien «à ce qu’il pense être l'un des plus importants textes de loi jamais introduits au Congrès.»

Barack Obama souhaite qu'un tel texte soit voté avant la conférence de l'ONU sur le climat à Copenhague (Danemark) en décembre. Mais beaucoup d’associations sont sceptiques quant à l’issue du vote de la Chambre des représentants puis du Sénat, avant l’automne. «Les procédures pour faire passer une loi sont très longues», explique John Walke. D’autant qu’une importante coalition des législateurs républicains et démocrates des Etats les plus industrialisés émettent des réserves sur la création d’un marché du carbone qu’ils perçoivent comme une charge supplémentaire qui nuira à l’économie. Mais Dan Weiss est optimiste: «D’ici le sommet de Copenhague, nous aurons les grandes lignes de l’architecture de la loi. Les participants aux négociations seront capables de voir comment les Etats-Unis entendent traiter les questions de climat.»

Les négociations internationales vont être difficiles car il existe nombre de dissensions. S’il concède qu’Obama mérite d’être applaudi pour la grande avancée sur les émissions de carbone, Jagdish Bhagwati, professeur d’économie à la Columbia University de New York, déplore que le président ne se soit pas encore prononcé sur une solution équitable au niveau mondial. «Je ne vois aucun changement sur le climat au niveau des traités internationaux. Les démocrates ne sont pas meilleurs que les républicains. Ils emploient seulement un langage différent.» Selon lui, les demandes imposées à la Chine, l’Inde et d’autres pays en développement sur leurs émissions actuelles doivent être contrebalancées par l’acceptation des Etats-Unis et autres pays riches à «payer» pour leurs émissions historiques.

Si le spectre de l’échec de la conférence Kyoto en 2000 plane toujours, John Walke reste optimiste: «Je ne pense pas qu’Obama va arriver avec une solution miracle, mais avec une meilleure attitude et plus d’actions concrètes aux Etats-Unis que le pays n’a jamais été capable de montrer».

(1) Dans le JDLE «Etats-Unis: virage à 180 degrés pour le mercure»
(2) Dans le JDLE «La Californie pourra fixer ses propres restrictions d’émissions de GES»
(3) Dans le JDLE «Etats-Unis: 6 gaz à effet de serre reconnus dangereux»
(4) Méthane, l’oxyde nitreux, l’hydrofluorocarbone, l’hydrocarbure fluoré et l’hexafluorure de soufre


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