Légumineuses et charcuterie au menu de l’Anses

Le 25 janvier 2017 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Pas plus de 500 grammes/semaine
Pas plus de 500 grammes/semaine
DR

Moins de charcuterie, une consommation de viande rouge enfin plafonnée, plus de légumineuses, de fruits et de légumes: dans ses recommandations nutritionnelles publiées mardi 24 janvier, l’Anses détaille son idéal nutritionnel. Bon pour la santé, mais aussi pour l’environnement.

Datant de 2002, les actuelles recommandations du programme national nutrition santé (PNNS) conseillent de consommer au moins cinq portions de fruits et légumes par jour, des féculents à chaque repas, une à deux fois par jour de la viande, des œufs et du poisson.

Dans de nouvelles recommandations rendues publiques mardi 24 janvier, l’Anses revoit un peu sa copie. Changements majeurs, elle introduit pour la première fois des limites de consommation pour la «viande hors volailles» (dont la viande rouge), à 500 grammes par semaine, ainsi que de charcuterie, à 25 grammes par jour.

Les Français mangent trop de charcuterie: selon l’étude INCA2, publiée en 2009, un adulte en ingère en moyenne 34,9 grammes par jour, soit près de 10 grammes au-dessus des 25 grammes que l’Anses conseille de ne pas dépasser. Pour la viande hors volailles, ils sont dans les clous: 49,7 grammes/jour en moyenne, soit 347,9 grammes/semaine, bien en-dessous des 500 grammes hebdomadaires de l’Anses.

Maladies cardiovasculaires et cancers

Ces aliments favorisent en effet le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et de cancer colorectal: pour la viande rouge, le risque (cardiovasculaire et diabétique) serait accru de 10% à 20% pour toute hausse de 100 grammes de la consommation quotidienne. Pour la charcuterie, il augmenterait de 50% pour tout incrément de 50 grammes.

L’Anses estime aussi qu’il faut consommer plus de légumineuses (lentilles, fèves, pois chiches, etc.), des aliments pour la première fois isolés du groupe des féculents (pain, pommes de terre, riz, pâtes, etc.). Côté fruits et légumes, l’agence demeure sur la ligne des «cinq par jour», appelant à privilégier les légumes. Egalement, moins de boissons sucrées (sodas, mais aussi jus de fruits), dont il s’agit de ne pas dépasser un verre par jour.

Meilleur pour la santé et l’environnement

Outre les bienfaits sanitaires, un tel menu, particulièrement le plafonnement de la viande rouge et le recours accru aux légumineuses, serait bénéfique pour l’environnement. La viande est une source importante d’émissions de gaz à effet de serre (GES), tandis que les légumineuses, denses d’un point de vue énergétique et riches en protéines, sont sobres en émissions. Le sujet n’est pourtant pas abordé par les travaux de l’Anses, uniquement orientés sur la santé.

Il n’est pas exclu qu’il le soit un jour: «à plus long terme, d’autres enjeux complétant les questions spécifiquement nutritionnelles pourraient être pris en compte dans l’établissement des repères alimentaires pour les inscrire dans une démarche globale et durable. En particulier, l’agence pourra prendre en compte les enjeux de nature environnementale (empreinte carbone, etc.) ou socio-économique (coût des produits, etc.) qui pourront fonder, à terme, l’élaboration de repères de consommation», indique-t-elle dans un communiqué.

vers «une vision plus systémique»

Si les associations saluent, dans un communiqué commun[i], une «avancée notable» sur la viande et les légumineuses, Cyrielle Denhartigh, responsable agriculture et alimentation au Réseau action climat (RAC), estime qu’«il est possible d’avoir une vision plus systémique, mais aussi plus complexe, qui permettrait de répondre à plus d’enjeux», aussi bien sanitaires qu’environnementaux et climatiques.

A ce jour, rares sont les pays qui, dans leurs recommandations nutritionnelles, évoquent la question environnementale. Parmi eux, la Suède, l’Allemagne, le Brésil et Qatar. Même dans ces cas-là, l’environnement ne sert qu’à sensibiliser le consommateur, au mieux à orienter ses choix vers certains produits, sans entrer dans le calcul des rations quotidiennes conseillées.

L'absence du bio pointé par les associations

Satisfaites à certains égards, les associations regrettent en revanche que l’Anses ne fasse pas mention du mode de production agricole, en l’occurrence du bio. «On est pourtant dans le périmètre des travaux de l’Anses: nous regrettons beaucoup [cette absence], car il y a une corrélation évidente entre le taux de pesticides dans l’alimentation et les conséquences sanitaires, notamment en termes de cancer», commente Cyrielle Denhartigh.

«A un moment, il faut avoir le courage de dire qu’il existe plusieurs types d’agricultures, et qu’elles n’ont pas les mêmes conséquences sur la santé et l’environnement», ajoute-t-elle. A défaut de bio, l’Anses a veillé à limiter l’exposition aux contaminants chimiques (dont les résidus de pesticides), en les intégrant dans ses calculs.

Poisson: nutrition ou environnement?

Si certaines recommandations sont aussi bonnes pour la santé que pour l’environnement, c’est moins le cas pour d’autres. Notamment pour les deux portions hebdomadaires de poisson: dans une étude publiée en 2014, des chercheurs britanniques avaient calculé que, si tous les Terriens suivaient ce conseil, les réserves halieutiques mondiales n’y suffiraient pas.

Quant aux fruits et légumes, ils sont certes bénéfiques pour la santé, mais leurs bienfaits climatiques sont plus mitigés que ceux des légumineuses: selon une étude française publiée début 2013, une alimentation riche en fruits et légumes n’est pas nécessairement moins émettrice de GES, en raison de la faible densité énergétique de ces produits.

Pour Cyrielle Denhartigh, «s’il s’agit d’atteindre des objectifs en matière d’émission de GES, il y a plusieurs leviers: la composition de l’assiette, mais aussi le type d’agriculture».



[i] Publié par le Réseau action climat, Solagro, Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot, le WWF, Générations futures et France nature environnement

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus