Le WWF dresse le tableau d’une méthanisation agricole durable

Le 20 mars 2020 par Stéphanie Senet
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Une méthanisation à cadrer
Une méthanisation à cadrer

Un rapport de l’organisation écologiste propose un cadre général pour garantir une méthanisation agricole durable au niveau national.

Si la méthanisation agricole n’est pas nouvelle en France, sa généralisation n’est pas encore au rendez-vous. Elle est pourtant pleine de promesses, comme une meilleure gestion de l’azote dans une ferme et le stockage de carbone. De quoi améliorer les rendements sans nuire au climat. Le scénario de l’Ademe pour un mix gaz 100% renouvelable en 2050 compte d’ailleurs sur elle pour assurer le tiers de la production.

442 méthaniseurs agricoles

Aujourd’hui, 700 installations sont disséminées sur le territoire, dont 442 dans le secteur agricole. Elles regroupent en fait deux types de méthaniseurs : des unités historiques, avec co-génération dans l’élevage, et des unités plus récentes –mais en plein essor– basées sur des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE).

3 conditions de durabilité

Issu d’un an de travaux menés par le WWF avec GRDF, le rapport estime que la méthanisation agricole doit respecter trois critères pour être durable[1]. Elle doit se baser sur des pratiques agroécologiques dans l’exploitation, une véritable intégration territoriale et une échelle nationale suffisamment importante pour relever les défis climatiques. 

Le mode d’emploi de l’agro-écologie

Le WWF a pris le soin de préciser ce qu’il entend par «pratiques agro-écologiques», tant l’expression est galvaudée. Il rappelle que l’exploitation doit «maintenir, voire améliorer, la régulation des flux d’azote, de carbone, et de phosphore, l’activité biologique, la fertilité physique et chimique des sols, la qualité de l’eau, de l’air, des sols, et bien sûr la biodiversité». Au plan économique, l’exploitation doit pouvoir réduire ses coûts en réduisant sa dépendance aux intrants voire à l’énergie.

Intégration territoriale

Deuxième pilier de la durabilité: les projets de méthanisation agricole doivent créer du lien social, de la valeur partagée, de l’économie circulaire et respecter la hiérarchie des usages de la biomasse à l’échelle du territoire. Soit en premier lieu les aliments, puis les bio-fertilisants, matériaux, molécules, carburants liquides, puis gaz, chaleur et électricité.

Réponse aux défis sociétaux

Troisième et dernier critère: la méthanisation agricole doit continuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Autrement dit, son bilan carbone doit être meilleur que le dispositif qu’elle remplace, en général le compostage ou l’incinération des déchets organiques et l’épandage direct des fumiers et lisiers.

CIVE et digestats sous contrôle

L’opus du WWF précise aussi les limites des CIVE qui fournissent 3 cultures en 2 ans (2 cultures alimentaires et 1 interculture en méthanisation). Selon l’Ademe, ces cultures ne doivent pas dépasser 40% du potentiel de production de biogaz issu de la méthanisation agricole en 2050. A noter que la programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit d’injecter 6 TWh par an de biogaz par an pour la période 2019-2023.

Quant au retour au sol des digestats, le rapport confirme qu’il peut se substituer aux engrais minéraux de façon progressive, et en prenant certaines précautions d’usage pour limiter la dispersion dans l’air de l’azote: couverture étanche des espaces de stockage et adaptation du matériel et de la période d’épandage. Comme les résidus de CIVE, les digestats peuvent aussi et surtout stocker du carbone. Autant de conditions qu’il serait utile de graver dans un cadre de référence commun à toutes les installations.



[1] Le WWF se base sur un développement préservant l’environnement, pérenne au plan économique, et équitable au plan socia