Le véritable échec de Copenhague

Le 22 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Nasa
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Des climatologues allemands viennent d’estimer le résultat carbonique des engagements pris par la communauté mondiale, à la suite de la conférence de Copenhague. Résultat: les émissions anthropiques de gaz à effet de serre vont fortement progresser. A la fin du siècle, les températures moyennes globales pourraient progresser de 3°C par rapport à l’ère pré-industrielle.


Le doute n’est désormais plus permis. Le résultat de la dernière conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques, qui s’est tenue en décembre à Copenhague, est un fiasco. Certes, le texte qui aurait dû succéder au protocole de Kyoto n’a pas été signé dans la capitale danoise. Mais là n’est pas l’essentiel. Aussi bancal soit-il, l’accord conclu dans la nuit du 17 au 18 décembre avait permis d’engager une dynamique internationale d’ampleur. Au 13 avril, pas moins de 76 pays (l’Union européenne comptant pour un seul) avaient pris des engagements unilatéraux de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES). Restait à évaluer en tonnes de carbone et en degrés Celsius l’importance de ces promesses.


De nombreux experts se sont posé la question. C ’est une équipe du Postdam Institute for Climate Impact Research (PIK) qui fournit la première évaluation, dans un article publié jeudi 22 avril dans Nature. En compilant les engagements pris devant l’ONU et en les comparant à des statistiques onusiennes et à d’autres du World Ressources Institute, l’équipe dirigée par Joeri Rogelj et Malte Meinshausen fait une estimation inquiétante des rejets à venir de GES.


Selon les chercheurs allemands, les émissions annuelles mondiales pourraient ainsi progresser de 10 à 20% par rapport à aujourd’hui. Au minimum. Les chercheurs du PIK rappellent, en effet, que les pays de l’ancien bloc communiste détiennent un pactole d’une douzaine de milliards d’unités de quantité attribuées (UQA, les permis d’émission attribués par l’ONU à chaque Etat); autant de crédits internationaux achetables par les pays de l’annexe 1 (le Japon, l’Espagne ou les Pays-Bas, par exemple) qui ne peuvent atteindre autrement les objectifs que leur a fixés le protocole de Kyoto.


Dans le meilleur des scénarios possibles (sans explosion des trafics aérien et maritime, notamment), l’atmosphère recevra donc 47,9 milliards de tonnes équivalent CO2 (MteqCO2) par an à l’horizon 2020. Au pire des cas (les émissions dues aux transports s’envolent, la production industrielle progresse fortement, les politiques climatiques sont laxistes), les rejets flirteront avec les 53,6 MteqCO2 par an.


La différence est grande entre les deux estimations. Mais, aux yeux des climatologues allemands, cela ne change pas grand-chose au problème. La plus optimiste des prévisions table sur une baisse de 15,6% des émissions des pays les plus industrialisés. Or, pour que la hausse des températures moyennes globales se limite à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, les climatologues estiment que ces mêmes pays doivent baisser de 25 à 40% leurs émissions. Nous sommes donc loin du compte. «Notre modèle montre qu’il y a plus de 50% de risque que le réchauffement excède les 3°C d’ici 2100» , confirment les auteurs. Soit un degré de plus que l’objectif fixé par l’accord de Copenhague.


Est-il encore temps d’agir? Sans doute, mais il faut faire vite et fort. Suivant l’inflexion donnée ces trois dernières années par le G8, bon nombre de pays se sont engagés à réduire de moitié leurs émissions d’ici 2050. Pour y parvenir, il faudra réduire les émissions nationales de 3 à 3,5% par an, par rapport aux émissions comptabilisées en 2000. Un objectif quasiment hors de portée. Un exemple: à supposer que toutes les centrales électriques qui seront mises en service au cours des 40 prochaines années soient «zéro émission», cela ne réduirait que de 0,7% les émissions anthropiques annuelles.

 



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