Le vélo se fait une petite place en France

Le 26 janvier 2012 par Stéphanie Senet
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3% seulement des Français pédalent
3% seulement des Français pédalent

 Demandé par les associations depuis une dizaine d’années, le premier plan national Vélo voit enfin le jour. Il a été présenté, ce 26 janvier, par le ministre des transports Thierry Mariani, en conclusion d’un colloque qui a fait le tour des atouts de la petite reine, notamment sur la santé et sur l’environnement. Il signe le début d’une prise de conscience, tardive, dans l’Hexagone.

Organisez un colloque sur le vélo et vous entendrez aussitôt parler du Danemark et des Pays-Bas, qui sont en tête du peloton européen. Les Néerlandais effectuent le quart de leurs déplacements à bicyclette (1). En France, seuls 3% des trajets quotidiens sont pédalés.

«Aux Pays-Bas ou au Danemark, chaque citoyen effectue environ 900 kilomètres par an sur son vélo. En Belgique ou en Allemagne, environ 300 km. La France, elle, flirte avec les chiffres de la Grèce et du Royaume-Uni, soit environ 75 km», insiste Alain Jund, adjoint au maire de Strasbourg en charge de l’urbanisme. En France, comment développer l’usage du vélo? En commençant par rappeler ses bienfaits, a estimé le ministère des transports, à l’initiative de ces premières Rencontres nationales.

C’est le professeur Jean-François Toussaint qui s’est chargé d’énumérer ses atouts pour la santé. «Cela fait une trentaine d’années que l’on connaît l’impact positif du vélo sur la réduction des maladies cardio-vasculaires et des cancers», a-t-il affirmé. Le directeur de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) a aussi cité les conclusions de l’étude Tapas (2), réalisée à Barcelone et publiée dans le British Medical Journal, selon laquelle le report modal vers le vélo provoque une économie de 1.000 euros de frais sanitaires par an alors que le risque du vélo coûte 100 € par an (en cas d’accident). En outre, le vélo n’est guère exigeant: il offre ses bienfaits «dès le premier quart d’heure», comme l’a montré une étude réalisée en 2011 à Taïwan auprès de 400.000 personnes. Bilan: 15 minutes de vélo par jour font gagner deux ans d’espérance de vie.

Une autre image colle à la selle de la bicyclette: elle serait dangereuse en ville. «Faux», répond Jean-Luc Névache, délégué interministériel à la sécurité routière. «La pratique en soi n’est pas dangereuse. Les usagers sont juste vulnérables par l’absence de carrosserie. Tout accident est forcément un accident corporel», rappelle-t-il. La mortalité baisse à mesure que le vélo gagne des pistes cyclables. On enregistre 150 morts par an depuis 2010 alors qu’on en comptait 350 en 1990. Cette réduction est toutefois moins forte concernant les blessés: -12% ces 10 dernières années. Le vélo fait encore 4.000 blessés par an. Si les accidents sont plus nombreux en ville (85%), ils sont pourtant moins graves (40% des décès). 60% des accidents mortels ont lieu en rase campagne, à cause de la vitesse des automobilistes. Deux tiers des accidents sont en effet dus aux voitures. Jean-Luc Névache rappelle qu’une meilleure visibilité des cyclistes permet de réduire les accidents: il faut porter des vêtements réfléchissants ou un casque. Il milite aussi pour les contre-sens cyclables, dont le linéaire se développe actuellement en France (4 fois plus long en 2010 qu’en 2008). «Contrairement à ce que pensent la majorité des gens, c’est moins dangereux pour les cyclistes, même si c’est plus inconfortable, car les véhicules les voit bien», déclare-t-il. Enfin, le délégué interministériel estime qu’un effet de masse (quand l’usage se généralisera) et le développement du multi-modal permettront de réduire les accidents, comme ce fut le cas aux Pays-Bas. Chacun pourra se mettre dans la peau d’un cycliste…

Les collectivités ont un rôle de premier plan dans le développement d’une culture Vélo, comme le rappelle Véronique Michaud, l’énergique secrétaire générale du Club des villes et territoires cyclables (CVTC), qui regroupe plus de 1.000 collectivités. Elle demande d’urgence une politique incitative et des moyens de financement (voir JDLE). Aujourd’hui, 90% des investissements publics en faveur du vélo sont le fait des collectivités locales. «Le développement du vélo en zone péri-urbaine pourrait être le deuxième levier majeur, après le déploiement du vélo en libre-service», analyse-t-elle. L’adjoint au maire Alain Jund le sait bien. Strasbourg est devenue l’une des villes les plus «vélo» avec une part modale de 22% dans l’hyper-centre et de 12% pour l’ensemble de la municipalité. Pour lui aussi, seule une politique nationale peut faire changer de braquet, précisant que «le vélo a été le grand absent du Grenelle». Il y aurait pourtant eu toute sa place, grâce à ses économies sur les émissions de CO2. Alors que l’émission moyenne d’une voiture est de 271 grammes de CO2 par kilomètre, le vélo la réduit par 17 avec seulement 16 g/km. «Lorsqu’on cible le facteur 4 pour 2050, il faut penser au vélo, c’est un facteur 1.000», exagère José Caire, le directeur du département Villes et territoires durables à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il a par ailleurs indiqué qu’un cycliste, contrairement aux idées reçues, est moins exposé aux polluants de proximité, présents dans l’air, qu’un automobiliste assis dans sa voiture…

Le plan national Vélo sera-t-il à la hauteur de ces attentes? Présenté par le ministre des transports Thierry Mariani, il est directement issu des travaux du groupe présidé par Philippe Goujon, député-maire du XVe arrondissement parisien, entre juillet et décembre 2011. Il vise 10% de déplacements quotidiens à vélo en 2020 (soit 1% de plus par an). Pour cela, il promet de développer les aménagements et les infrastructures dédiées au vélo avec obligation de créer un garage à vélo dans les constructions neuves (1,5 mètre carré par T3 ou plus et 0,75 m2 par T2) et de déployer des véloroutes et des voies vertes (bénéficiant d’1,5 M€). L’indemnité kilométrique pour les salariés, qui fonctionne déjà en Belgique, sera juste «évaluée» et le cumul des abonnements aux transports en commun et au vélo en libre-service sera «clarifié». Au niveau de la sécurité, le tourne-à-droite sera instauré (le cycliste n’est pas obligé de marquer l’arrêt au feu rouge s’il respecte la priorité des autres usagers). Un arrêté doit être publié dans les prochains jours. Des vélo-écoles seront encouragées. Le marquage des vélos verra aussi le jour pour lutter contre le vol. On s’oriente vers le Bicycode mis en place par la Fédération française des usagers de la bicyclette (Ffub). Enfin, des relais-vélos seront institués dans les Directions départementales des territoires (DDT) et les Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Concernant les crédits, le coordinateur interministériel Dominique Lebrun sera doté de 600.000 € en 2012 (au lieu de 450.000 € l’an dernier).

 

(1) selon l’étude Le vélo aux Pays-Bas en 2009: http://www.fietsberaad.nl/library/repository/bestanden/Leveloauxpaysbas2009.pdf

(2) http://www.creal.cat/programes-recerca/en_projectes-creal/view.php?ID=46



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