Le troisième essai de vignes OGM autorisé

Le 19 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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C’est par la presse que les responsables de l’Inra de Colmar ont appris lanouvelle. Mardi , le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire a annoncé son intention d’autoriser la poursuite de l’essai « en plein champ » d’une vigne génétiquement modifiée en Alsace. « Cette décision ignore les inévitables et irréversibles risques de dissémination qui découlent de la culture d’OGM en plein champ », a répliqué Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.

Ce n’est pas la première fois que cette parcelle de pinot meunier de 54 m2 (70 porte-greffes sont concernés) est sous les feux de larampe. En septembre 2009, Pierre Azelvandre avait saccagé la parcelle. Cette action avait valu au biologiste anti-OGM d’être condamné à 2 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Colmar.

Un acte qui a suscité l’incompréhension des chercheurs alsaciens. « Seuls les porte-greffes ont été génétiquement modifiés, ce qui limite les risques de dissémination », rappelle Jean Masson, président de centre de l’Inra de Colmar. Les porte-greffes de vignes transgéniques ne produisent pas d’inflorescences. Par ailleurs, la variété de porte-greffe retenue pour la transformation génétique est la variété 41 B, une variété femelle. Par conséquent, la formation de pollen transgénique est impossible, rappelle la fiche d’information du projet.

Autre précaution, les agronomes de l’Inra travaillent en étroite collaboration avec une commission locale de suivi, composée de syndicalistes agricoles, d’associatifs et d’élus. Défavorables aux OGM, ces douze personnes ont néanmoins accepté de suivre l’expérimentation et de recommander à l’Inra des recherches alternatives.

Très encadré, l’essai alsacien a été autorisé par la Commission du génie biomoléculaire et les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie. Et son but est des plus louables. Les porte-greffes ont été conçus pour résister au virus transmettant une maladie de la vigne dévastatrice : le court-noué. Transmise par des nématodes, cette infection touche les deux tiers du vignoble français, soit 500.000 hectares . Depuis l’interdiction, en 2007, de l’aldicarbe (un carbamate très toxique) et la mise en place progressive du plan Ecophyto 2018, les viticulteurs n’ont plus à leur disposition de nématicides définitifs.

En attendant un produit miracle, les vignerons n’ont à leur disposition qu’une seule technique ayant fait ses preuves : arracher la vigne infectée et attendre une dizaine d’années, le temps que les nématodes présents dans le sol aillent voir ailleurs. D’une efficacité variable (les nématodes bougent très lentement), ce remède n’est pas toujours compatible avec les finances des vignerons.

D’où le projet de l’Inra de développer un porte-greffe résistant au virus du court-noué. L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle. Entre 1996 et 1999, un premier essai avait été mené sur des vignes appartenant à Moët-et-Chandon (groupe LVMH). Malgré des résultats encourageants, l’expérimentation avait été interrompue, avant d’être transférée à Colmar.

Le bilan de la première phase de ce test (2005-2009) est difficile à faire. « Avec le saccage de septembre 2009, nous n’avons pu collecter que 20% des résultats attendus », souligne Jean Masson. Modestes en nombre, ces données laisseraient toutefois supposer que les vignes génétiquement modifiées (VGM) n’ont pas la même efficacité partout. « De la Champagne à l’Alsace, les terrains et les climats diffèrent. Ce n’est   donc pas très surprenant qu’une solution efficace quelque part, le soit moins ailleurs », conclut Jean Masson.

Mais rien n’est encore gravé dans le marbre scientifique. Dans les semaines qui viennent, les agronomes de Colmar vont donc à nouveau greffer les pieds endommagés il y a huit mois. En espérant que, cette fois, les tests iront bien jusqu’à leur terme.



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