Le transport maritime : un enjeu de santé public?

Le 03 janvier 2013 par Marine Jobert
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20 millions de containers sur les mers et océans du monde.
20 millions de containers sur les mers et océans du monde.
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De loin, ils ressemblent à des morceaux de sucre géants et multicolores. De près, les conteneurs -qui transportent 80% du fret mondial, tous moyens de transport confondus– pourraient être des bombes à retardement sanitaire. Un container sur cinq qui est débarqué en Europe –environ un million de «boîtes» par semaine- est imprégné de gaz dangereux pour la santé, classés cancérigènes ou reprotoxiques. C’est ce que vient rappeler un article publié dans Le Monde daté du 3 janvier.

 

Afin d’enrayer la propagation de rongeurs, insectes et autres moisissures qui pourraient menacer le bon état des marchandises, les containers sont en effet «fumigés», c’est-à-dire aspergés de gaz. En théorie, cette opération doit être suivie d’une ventilation et signalée par l’apposition d’une étiquette «à tête de mort». «En pratique, ces obligations sont systématiquement ignorées», indiquait dès juillet 2010 le Syndicat national des agents des douanes CGT. Dans un document édifiant sur l’exposition des douaniers, dockers, déclarants en douane, magasiniers, chauffeurs routiers et autres logisticiens, le syndicat fait état d’une étude de médecins du travail allemands dévoilée en 2008 par l'European Respiratory Society: «97% des conteneurs testés au débarquement dans les ports de Hambourg et de Rotterdam présentaient des traces de gaz toxiques, et dans des concentrations supérieures aux normes de sécurité dans 30% des cas». Au printemps 2010, poursuit la CGT, 120 conteneurs débarqués au Havre ont fait l'objet d'un test de leur atmosphère par un appareillage adapté. Plus d’un quart d’entre eux ont révélé des taux de gaz toxiques supérieurs aux seuils de sécurité. «Des gaz extrêmement toxiques destinés à tuer à peu près toute forme de vie», s’alarme la CGT, qui précise que «dans 16% des cas et souvent en association avec les premiers, le test a mis en évidence d'autres gaz toxiques (benzène, toluène...) pouvant avoir une autre origine, par exemple émaner des marchandises séjournant dans le conteneur». Posant au départ des questions de santé au travail, ces contaminations au bromure de méthyle, au dichloroéthane 1,2, au benzène ou au bromométhane pourraient déboucher sur un scandale de santé publique. «Les résultats présentés (par les médecins du travail allemands) montrent en effet que des échantillons de produits alimentaires, de matelas, d'appareils électriques, de vêtements et notamment de chaussures, ont ainsi été contaminés à la fois par les agents de fumigation et par les autres produits chimiques», rappelle le syndicat. Des situations sur lesquelles les services des douanes françaises n’ont aucun moyen d’intervenir. «Même s’ils constatent la présence de gaz ou de vapeurs toxiques, les douaniers laisseront partir la marchandise» écrit le quotidien du soir. «Leur contrôle ne porte que sur la fiscalité, la contrefaçon ou les stupéfiants, en aucun cas sur la toxicité des produits. Que des chaussures ou des meubles contiennent du benzène ou du toluène n’empêchera pas la marchandise de se retrouver sur les étagères des magasins. ’Ca n’est pas dans nos prérogatives’, constate le responsable des douanes», conclut le journal.

 

Restent les travailleurs portuaires, qui ont commencé à s’organiser il y a quelques années, à force de voir le rang des anciens s’éclaircir ou commencer des chimiothérapies. L’Association pour la protection de la santé au travail des métiers portuaires (Appstmp) a été créée en 2010 par un collectif de dockers et d’agents du grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire. Ils ont lancé leur propre enquête auprès des dockers en activités en 1992. Le constat est sans appel: «Au port de Nantes, 140 dockers sont contactés, 87 ont contracté des maladies (dont plus de 80% sont des cancers), 35 sont décédés. A Saint-Nazaire, sur 160 dockers, 43 sont tombés malades, -17 en sont morts. Les autres ports français contactés présentent des tableaux similaires. Un docker d'aujourd'hui a une espérance de vie de 10 à 12 ans inférieure aux dockers des générations précédentes.» Dans le prolongement de cette démarche citoyenne, un projet de recherche universitaire a vu le jour. Composé de juristes, sociologues, historiens et médecins, et financé par la région des pays de la Loire, la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) et la Mutualité française, le projet ambitionne de reconstituer les parcours des personnes malades pour identifier leur exposition à des substances cancérigènes. Leurs conclusions sont attendues pour le printemps 2014.

 



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