Le transport maritime par voile cherche un nouveau souffle

Le 10 décembre 2018 par Marine Jobert
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4.200 m2 de voile, pour 11 nœuds de moyenne.
4.200 m2 de voile, pour 11 nœuds de moyenne.
@néoline

La marine à voile en passe de ressusciter? Renault, en nouant une alliance avec les Nantais de Néoline, affiche une volonté de décarboner sa chaîne d’approvisionnement.

«Le vent, ça marche». C’est fort de cette certitude, nourrie par leur passé de marins au long cours –et notamment sur le célèbre trois-mâts Le Belem– que Jean Zanuttini et Michel Péry ont fondé Néoline. La start-up nantaise, qui porte deux projets de cargos à voiles, vient de nouer une alliance avec le groupe Renault pour convoyer à la force du vent des véhicules de l’autre côté de l’Atlantique. Le geste est presque symbolique, puisqu’il s’agit d’acheminer entre 50 et 100 véhicules par an jusqu’à Saint-Pierre-et-Miquelon. Mais il permet au groupe au losange d’afficher sa volonté de «réduire l’empreinte écologique de chaque véhicule tout au long de son cycle de vie», dans un contexte où près de 60% du transport de pièces et véhicules du groupe est effectué par voie maritime. Et d’apporter sa contribution à un possible renouveau de la marine à voile.

Ponctualité

Le projet de cargo roulier porté par la jeune entreprise est né d’une équation complexe à résoudre, mais simple à résumer: comment réduire l’empreinte carbone et les émissions d’un secteur très dépendant d’un pétrole dont les cours ne vont cesser d’augmenter, tout en maintenant une bonne qualité de service à un prix compétitif? Les navires que propose Néoline entendent répondre à tous ces impératifs. Comment? En utilisant une voile de 4.200 mètres carrés comme propulsion principale, qui permet de tenir une vitesse moyenne de 11 nœuds. «Le sujet non négociable, dans ce secteur, c’est la ponctualité, explique Jean Zanuttini, le directeur général. C’est ça qui a tué la voile au XXe». Pour parer à toute éventualité, un moteur diesel de 400 kilowatts (kW) (fonctionnant au gasoil, et non au fioul lourd, très polluant) est prévu comme propulsion auxiliaire, permettant d’atteindre une vitesse maximale de 14 nœuds. «Aujourd’hui, on peut ajuster son trajet en fonction des prévisions météo, mais s’il faut se rattraper, le moteur est important», justifie l’ancien capitaine. Néoline lorgne aussi du côté de la deuxième vie des batteries du constructeur Renault, pour adjoindre un pack batterie au moteur.

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Avec un pétrole à 60 dollars (53 €) la tonne, Néoline estime pouvoir s’aligner sur la concurrence: «Nos prêts bancaires sont plus lourds et nous avons plus de frais fixes puisque nous allons moins vite et que nous aurons transporté moins de marchandises à la fin de l’année, mais nous ne payons pas de fioul.» Pour mettre plus de chances de leurs côtés, les compères ont également prévu des navires d’un gabarit peu usité: des rouliers de 136 m de long et 24,20 m de large, leur permettant d’emporter des marchandises hors gabarit, qui ne rentrent pas dans les porte-conteneurs classiques (comme des morceaux d’avion et des bateaux). Enfin, Néoline a misé sur une ligne (Saint-Nazaire, Bilbao, Charleston, Baltimore, Saint-Pierre-et-Miquelon) peu desservie par les autres compagnies. «Cela évite aux industriels de monter leurs marchandises jusqu’au Havre, voire Anvers», précise Jean Zanuttini. Jamais à l’abri d’une tempête, une tourmente sera toutefois toujours épargnée aux navires à voile: celle de la variation des cours du baril. «La voilure, c’est très sérieux pour nos dirigeants quand il s’agit d’avion, mais ça l’est tout de suite moins quand il s’agit de bateau, déplore l’ancien marin. Pourtant, on a de vraies compétences en France!»



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