Le tourisme: une activité à fort potentiel de réchauffement climatique

Le 07 mai 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les émissions de GES du tourisme pourraient bondir de 30% d'ici à 2025.
Les émissions de GES du tourisme pourraient bondir de 30% d'ici à 2025.
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Les touristes rejettent déjà 8% des gaz à effet de serre anthropiques. Et, faute de régulation, leur empreinte carbone pourrait fortement progresser, indique une étude internationale.

 

A quelques semaines des premiers départs en vacances d’été, voilà qui devrait faire réfléchir. A coup d’avions à bas coûts, de séjours au long cours à prix cassé, le tourisme est devenu une activité fortement émettrice de gaz à effet de serre (GES). Une tendance appelée à se renforcer dans les prochaines années, si nous continuons d’avaler les kilomètres au rythme actuel.

Ce n’est pas la première fois que l’on évalue le bilan carbone du tourisme. Dès 2007, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) estimait à 5% le volume d’émissions de gaz carbonique du tourisme dans le bilan carbone mondial. Soit un peu plus de 1,3 milliard de tonnes CO2 (Mdt CO2) par an.

Chiffres sous-estimés

Une évaluation très sous-estimée, de l’avis de Manfred Lenzen. La précédente étude, souligne le physicien de l’université de Sydney, prenait uniquement en compte les rejets carbonés des transports terrestres et aériens, laissant notamment de côté les rejets de méthane (imputable à la consommation de viande) et de fluides frigorigènes (CFC puis HFC).

Toutes émissions comprises

Dans l’article qu’ils publient ce lundi 7 mai dans Nature Climate Change, le chercheur australien et ses collègues ont collationné non seulement les émissions imputables au milliard de touristes qui ont pris l’avion, le train ou le bateau, mais aussi les rejets de GES imputables à leur hébergement (climatisation ou chauffage), leur alimentation (les éleveurs de bétail qui déforestent) et leurs achats sur leurs lieux de vacances.

fort PRG

L’équipe a donc travaillé sur un jeu de données plus complet que celui de l’OMT qui met particulièrement en scène les émissions de méthane (de l’industrie de la viande), de protoxyde d’azote de l’agriculture, et de gaz de synthèse s’échappant des systèmes de climatisation: autant de gaz au très fort potentiel de réchauffement global (PRG). Une seule tonne de trifluorométhane (HFC-23, un fluide frigorigène) a le même effet sur le climat que 14.800 t de dioxyde de carbone.

Américains, numéros un

Résultat des courses: le montant de la facture carbone des touristes a atteint les 4,5 milliards de tonnes équivalent CO2 par an (Gtéq.CO2/an) en 2013 (contre 3,9 Gtéq.CO2/an en 2009), soit 8% des émissions anthropiques. A l’origine de 23% du total, les voyageurs américains sont, en valeur absolue, ceux qui renforcent le plus l’effet de serre, devant les Chinois (11%), les Allemands (6%) et les Indiens (5,9%). «L’essentiel de ces empreintes carbone vient des vols intérieurs», soulignent les auteurs.

Menaces sur les îles touristiques

A triturer les chiffres, on obtient des résultats saisissants. Les touristes canadiens, suisses, néerlandais, danois et norvégiens sont plus polluants en vacances à l’étranger que chez eux. D’un autre côté, les émissions imputables aux touristes alourdissent considérablement le bilan carbone de certains pays lointains. A l’Ile Maurice ou aux Seychelles, le carbone touristique représente de 30% à 80% des émissions de GES réelles nationales. Inquiétant pour des îles qui misent beaucoup sur le tourisme pour se développer, mais qui risquent d’être dans le premier bataillon des victimes de la montée du niveau de l’océan.

Insoutenable croissance

Autre sujet d’inquiétude: le dynamisme du tourisme. Ces dernières années, le chiffre d’affaires mondial du secteur a progressé de 4% environ par an. Ce rythme ne devrait pas fléchir avant 2025, estiment les professionnels. Sans régulation (taxe carbone par exemple), activité et bilan carbone du tourisme pourraient bondir de 30% en 7 ans. Pas soutenable. Même avec les récents engagements de régulation de leurs émissions pris par les secteurs aérien et maritime.



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