Le Tour de France dope les aménageurs corses

Le 22 janvier 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un dragage à 10 millions d'euros.
Un dragage à 10 millions d'euros.
Ville de Porto-Vecchio

La caravane passe, mais les fonds marins trépasseront-ils?

A moins de 6 mois du départ du Tour de France, trois associations écologistes s’alarment, chiffres et études à l’appui, des conséquences de l’aménagement du port de commerce de Porto-Vecchio, première ville-hôte de la Grande boucle.

Le projet porté par le conseil général de Corse-du-Sud consiste à draguer le port, sur 8 mètres 50 de profondeur et sur une surface d’environ 9,5 hectares, afin de le rendre accessible aux navires de grande taille. C’est qu’il faudra bien loger les journalistes du Tour lors de l’étape du 29 juin 2013, raillent Robin des bois et l’Association pour le libre accès aux plages et la défense du littoral de Portivechju et U Levante.

Les associations dénoncent surtout les conséquences environnementales du projet. Tout se joue très rapidement dans ce dossier, puisque les travaux doivent être achevés pour l’arrivée des cyclistes. L’enquête publique a été «discrète et express», note Robin des bois, qui fustige un «commissaire-enquêteur dopé remettant son rapport dans des délais jamais vus», un mémoire en réponse «expéditif du conseil général de la Corse-du-Sud» et l’arrêté préfectoral «dans la foulée». «En draguant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et en empêchant de dormir les 12.000 habitants de Portivechju, les dragues aspiratrices peuvent boucler l’affaire, travaux de préparation compris en trois mois et demi après le top départ», s’alarme l’association.

Quelques chiffres, pour donner une idée de l’ampleur des travaux. Les matériaux extraits (roches et sédiments meubles) seront rejetés en mer à l’extérieur du golfe de Porto-Vecchio (sur une superficie d’environ 152 ha) et pour un volume compris entre 177.000 et 198.000 m3. La vase sera rejetée à 13,5 km du lieu de dragage et à environ 5 km de la sortie du port de Porto-Vecchio, au large des côtes. Le coût total des travaux est estimé à 10 millions d’euros par le conseil général de Corse-du-Sud, hors mesures de suppression, de réduction et d’accompagnement prévues.

Le résumé non technique de l’étude d’impact concernant les travaux de dragage et de déroctage réalisé pour le compte du conseil général ne s’embarrasse pas outre mesure à lister les conséquences environnementales éventuelles du projet. Un «risque de dispersion de fines manque un mot ? durant le dragage» est noté dans la zone de travaux. Les trois espèces protégées (Zostera noltii, Cymodocea nodosa, et Posidonia oceanica) «peuvent être impactées aux alentours», note l’étude d’impact, «suite à la mise en suspension de fines idem ?, et sur les mammifères marins pendant le déroctage». Le brise-roche hydraulique utilisé peut causer du «bruit et des vibrations».

La Dreal de Corse ne partage pas l’optimisme du conseil général. Elle rendu un avis pour le moins mitigé sur ces travaux. Elle pointe du doigt un aspect totalement négligé par l’opérateur –la dissémination des polluants contenus dans la vase-, qui est fermement invité à revoir sa copie. «L’autorité environnementale recommande, dans le cadre des analyses de la qualité de l’eau en phase chantier, d’intégrer au protocole d’analyses de l’eau, l’évolution de la concentration des métaux lourds [en l’espèce, du mercure] et des organostanniques [produits toxiques servant à traiter les coques des navires], connus pour leur toxicité pour la faune et la flore et leurs propriétés chimiques favorables à leur bio-accumulation dans les organismes marins (bivalves filtreurs et poissons).»

Un risque de dissémination sous-évalué par l’opérateur, estime l’association U-levante, qui note en outre que «l’étude d’impact apporte des teneurs différentes (…) que celles mesurées lors de précédentes études [en 2002 et 2009]. Ainsi, les mesures de la teneur en mercure des deux études précédentes sont supérieures d’un facteur 10 à celles de l’étude actuelle de dragage, notamment au niveau du mercure Hg. Est-il vraiment possible qu’en trois ans ces matières toxiques se soient à ce point dégradées?», demande l’association.

Il semblerait que oui, à en croire le directeur de cabinet du président du conseil général de Haute-Corse. Cyril Ceccaldi indique qu’en tant que maître d’œuvre du projet, le conseil général a diligenté au cours du second semestre 2012 une deuxième série de tests sur la composition des «dépôts», qui conclurait à leur non-toxicité. «Entre 2009 et 2012, il y a donc eu une forte chute des concentrations», explique Cyril Ceccaldi au Journal de l’environnement.

L’enquête publique, qui s’achève ce mercredi 23 janvier, aura duré un mois. Le rapport du commissaire-enquêteur devrait être rendu avant la fin du mois de février, indique la préfecture de Haute-Corse. «Si on n’a pas de mauvaise surprise –il semblerait qu’on n’en prenne pas le chemin- les travaux pourraient commencer début mars», indique Cyril Ceccaldi, qui précise toutefois que «si le projet ne se fait pas avant le Tour de France, ça n’est pas grave: on prendra le temps nécessaire pour refaire les études si besoin est.»



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus