Le thym périclite face au changement climatique

Le 02 août 2013 par Marine Jobert
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Thymus vulgaris.
Thymus vulgaris.
©MNHN/ Pierre-Henri Gouyon

C’est la première étude qui met en évidence les effets délétères du changement climatique à l’intérieur d’une même espèce, et ce sur une aire géographique d’importance. Rassemblés autour du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe), à Montpellier, écologues et botanistes ont en effet retracé l’évolution génétique du thym sur une quarantaine d’années. Un travail de longue haleine, dont les conclusions ont été publiées dans la revue de l’Académie américaine des sciences (Pnas). Leurs découvertes leur valent d’être honorés, le 5 août prochain, par le prix W.S. Cooper, décerné par l’Ecological Society of America, «pour rendre hommage à une contribution dans les domaines de la géobotanique, de l’écologie physiographique, de l’étude des successions végétales ou de la distribution des plantes selon des gradients environnementaux».

 

L’histoire commence dans les années 1970, dans la région de Saint-Martin-de-Londres (à une trentaine de kilomètres au nord de Montpellier). Dans ce bassin, qui accueille un lac tertiaire, les températures peuvent descendre très bas pendant l’hiver. C’est là qu’un jeune chercheur –aujourd’hui professeur au Muséum national d’histoire naturelle- se lance dans l’établissement d’une carte de la distribution génétique du thym présent dans cette zone de 80 km2. «A l’époque, on ne savait pas analyser l’ADN», se souvient Pierre-Henri Guyon pour Le Journal de l'environnement. Mais grâce aux compétences rassemblées au sein du Cefe de Montpellier, on sait qu’existent 6 formes de thym, différenciées par un seul gêne. C’est ce polymorphisme génétique à l’intérieur d’une même espèce que va cartographier le chercheur, en collectant sur près de 300 stations des milliers d’échantillons de sol, de végétation et de thym.

 

Deux familles se distinguent: les thyms qui produisent des phénols –dont le thymol- et qui affectionnent le plateau, et ceux qui produisent des formes moins complexes et s’acclimatent aux rudes températures du bassin. Qu’est-ce qui explique cette distribution spatiale? Un ensemble de paramètres, comme l’action des prédateurs, la température, l’humidité ou les espèces végétales compétitrices… «La complexité des interactions rendait difficile la compréhension des facteurs de la distribution», explique Pierre-Henri Guyon.

 

Fait rare dans les sciences aujourd’hui, ces résultats vont être repris une quarantaine d’années plus tard par l’équipe de John Thompson, du Cefe. Les stations où la distribution entre les différents thyms était la plus tranchée sont à nouveau échantillonnées et analysées. Et là, surprise: les formes de thym qui préféraient le plateau et que l’on ne retrouvait jamais dans le bassin ont opéré une migration vers le bas et celles présentes dans le bassin sont en train de disparaître. «Un facteur écologique peut expliquer ce phénomène: c’est le froid», explique Pierre-Henri Guyon. Ou plutôt, la disparition progressive des températures extrêmes. «Le thermomètre pouvait y descendre à -25°; dans les années 1975, on a connu des hivers avec -15°; aujourd’hui, il n’y a plus de fortes gelées.» Du coup, les thyms aux gênes adaptés au froid –et qui en ont besoin- périclitent, d’autant qu’ils sont assez vulnérables aux prédateurs. A l’inverse, les thyms du plateau, qui résistent moins aux grands froids mais mieux aux escargots, sont avantagés.

 

«Vous trouverez encore du ‘thym citron’ vers les Cévennes, en altitude», note Pierre-Henri Guyon. Mais 4 types de thym sont en passe de quitter les pentes de ce bassin archétypal, concentré climatique des changements en cours.

 

 



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