Le thiaclopride, nocif pour les abeilles, nocif pour l’homme

Le 05 mars 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Une interdiction française en 2018
Une interdiction française en 2018
DR

Principalement réputés pour leur toxicité vis-à-vis des insectes pollinisateurs, les néonicotinoïdes n’auraient pas d’effet nocif majeur pour la santé humaine, du moins aux conditions d’emploi préconisées, estime l’Anses dans un rapport publié lundi 5 mars. Seul bémol, le thiaclopride, pour lequel l’agence préconise de réduire l’usage au maximum dès 2018.

 

L’actualité est chargée pour les néonicotinoïdes: le lendemain d’un rapport de l’Efsa confirmant leurs effets très nocifs pour les pollinisateurs, les eurodéputés ont voté jeudi 1er mars, à une majorité écrasante (560 voix pour, 27 contre et 28 abstentions), pour l’interdiction totale de l’ensemble des substances de cette famille. Un rejet sans concession dont la Commission européenne, qui s’apprête a minima à reconduire le moratoire de 2013 sur trois d’entre eux (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame), aura du mal à faire fi.

L’Anses à la recherche d’alternatives

En France, la loi biodiversité d’août 2016 prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes à compter de septembre 2018, avec des dérogations possibles jusqu’en septembre 2020. Afin de préparer la transition, l’Anses a été saisie en 2016 par le ministère de l’agriculture afin de déterminer les alternatives les plus valables (chimiques, non chimiques, agronomiques), à ces insecticides très courants.

L’Anses a publié son premier rapport en mars 2017. Elle y exposait sa méthode d’évaluation, l’appliquant au cas des cicadelles dans la vigne, où ces insectes sont les vecteurs de la flavescence dorée. Un deuxième rapport d’étape a été publié lundi 5 mars sur d’autres cultures (vigne, betterave industrielle et fourragère, céréales à paille, maïs et laitue) et d’autres pathogènes, en l’attente d’un rapport final attendu au deuxième trimestre.

275 accidents d’exposition aigüe

Mené dans le cadre d’une autre saisine de 2016, l’Anses publie lundi 5 mars un autre rapport sur les néonicotinoïdes, cette fois-ci ayant trait à la santé humaine. Analysant les données de toxicovigilance (réseau Phyt’Attitude de la caisse centrale de la Mutualité sociale agricole, réseau des centres antipoison), l’agence y fait état de 275 accidents d’exposition (liés à une exposition aigüe), dans le cadre d’une utilisation professionnelle ou non, survenus avec six substances commercialisées en France (les trois visées par le moratoire de 2013, ainsi que l’acétamipride, le thiaclopride et le dinétofurane).

L’avis se montre rassurant sur la plupart des substances: «l’ensemble de ces données (…) ne met pas en évidence de risque inacceptable pour la santé humaine dans le respect des conditions d’emploi fixées dans les autorisations de mise sur le marché». Seul bémol, le thiaclopride, dont le profil de toxicité est le plus problématique parmi les néonicotinoïdes.

Des effets cancérigènes et reprotoxiques

En matière d’effets aigus, il a la particularité d’être toxique par inhalation, alors que les autres ne le sont que par ingestion. De plus, il présente plusieurs effets liés à une exposition chronique: suspecté d’être cancérogène pour l’Homme, il est classé comme reprotoxique de catégorie 1B pour ses effets sur la fonction sexuelle et la fertilité. Pouvant nuire au fœtus, il présente une «toxicité spécifique pour certains organes cibles à la suite d’une exposition unique», note l’Anses.

Or le thiaclopride, non concerné par le moratoire de 2013, a vu ses ventes fortement augmenter ces dernières années, passant de 47,6 tonnes vendues en 2010 à près de 105 tonnes en 2015. «En tout état de cause, l’agence estime qu’au regard des caractéristiques de danger du thiaclopride, et des éléments ci-dessus sur les expositions croissantes et les incertitudes, il est souhaitable de réduire au maximum les usages pour les produits à base de cette substance dès 2018», indique-t-elle.

Le sulfoxaflor devant la justice

Non examiné par l’Anses, qui l’a autorisé en septembre 2017,  un autre néonicotinoïde est actuellement sur la sellette, cette fois-ci devant la justice. Il s’agit de deux produits à base de sulfoxaflor (Transform et Closer), dont l’autorisation de mise sur le marché (AMM) a été suspendue fin octobre 2017 par le tribunal administratif de Nice. Mi-février, le Conseil d’Etat a approuvé cette suspension provisoire d’AMM, en l’attente d’un jugement sur le fond.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus