Le terrible bilan carbone des smartphones

Le 05 mars 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le bilan carbone du smartphone en hausse de 730% en 10 ans.
Le bilan carbone du smartphone en hausse de 730% en 10 ans.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) des technologies de l’information et de la communication ne cessent de progresser, avec une mention toute particulière pour les smartphones.

La dématérialisation de l’économie ne rime décidément pas avec décarbonation. A chaque nouvelle étude, le bilan des technologies de l’information et de la communication (TIC) semble s’alourdir un peu plus. Une tendance dans laquelle s’inscrit résolument une étude commise par deux chercheurs de l’université canadienne McMaster.

Dans l’article qu’ils publient dans Journal of Cleaner Production, Lotfi Belkhir et Ahmed Elmeligi ont évalué l’évolution de l’empreinte carbone de la totalité (ou presque) des TIC: terminaux (ordinateurs, smartphones, tablettes), centres de données (data centers), réseaux. Manquent à l’appel les téléviseurs et les consoles de jeux connectées.

2,2 milliards de terminaux

Comme données de base, les auteurs ont récupéré les statistiques mondiales de consommation d’énergie (et leur ventilation par usage), les émissions carbonées correspondantes, l’empreinte environnementale des produits et des systèmes (durée de vie comprise). Le tout mâtiné des projections des différents usages ou marchés.

Ainsi, en 2007, le monde comptait 2,2 milliards d’ordinateurs de différents types (portables, de bureau), écrans, tablettes et autres téléphones réputés intelligents. Dans moins de trois ans, ce chiffre aura quasiment quadruplé, avec un doublement du nombre d’ordinateurs et d’écrans, mais surtout une multiplication par 18 du nombre de téléphones cellulaires.

Pour les infrastructures, les deux auteurs ont évalué la demande d’électricité des réseaux et des data centers: 215 térawattheures par an en 2007, contre 764 TWh/an en 2020.

14% des GES en 2040

Le bilan carbone s’en ressent fatalement. En 2007, les NTIC (à l’époque) rejetaient autour de 500 millions de tonnes de GES par an, un peu plus de 1% des émissions anthropiques. En 2020, ces émissions pourraient tripler et représenter plus de 3,5% des rejets mondiaux et 14% en 2040.

La téléphonie mobile a une lourde responsabilité dans cette évolution. «La grande surprise de notre étude est l’impact disproportionné des smartphones et leur croissance vertigineuse: de 4% des émissions des TIC en 2010, leur bilan atteint 11% en 2020.» Dans le même laps de temps, leurs émissions réelles passeront de 17 à 125 Mt équivalent CO2 par an: une inflation de 730% en 10 ans!

Production et durée de vie

«Cet impact est clairement imputable à la production, qui représente entre 85 et 95% de l’empreinte environnementale annuelle d’un smartphone, et de leur courte durée de vie utile qui est de deux ans en moyenne», soulignent les deux auteurs. 

Pour réduire la contribution au renforcement de l’effet de serre des TIC, plusieurs types de solutions existent, rappellent les deux scientifiques: alimentation des data centers en électricité produite par des énergies renouvelables (ce que font Google et Facebook), allongement de la durée de vie des téléphones, verdissement de l’approvisionnement en énergie de leurs usines. Et, peut-être, une moindre consommation effrénée de ces produits qui sont souvent plus durables que nous le font croire leurs constructeurs.

 



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