Le tabac froid tue aussi

Le 17 juillet 2014 par Romain Loury
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Toxique même après extinction
Toxique même après extinction
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Après le tabagisme passif, voici venu le tabagisme ultrapassif, celui dû aux odeurs de «tabac froid». Selon une étude anglo-espagnole publiée dans la revue Environment International, le risque cancéreux est loin d’être négligeable, particulièrement pour les personnes exposées durant l’enfance.

Appelé «second-hand smoking» en anglais, le tabagisme passif, celui des non-fumeurs exposés à la fumée de cigarette, entraînerait plus de 600.000 décès prématurés dans le monde chaque année, dont 28% d’enfants. Mais les méfaits du tabac ne s’arrêtent pas une fois la cigarette éteinte: intervient alors le tabagisme ultrapassif («third hand smoking»), dû au fameux «tabac froid»

Lié au dépôt de résidus de tabac à la surface des meubles, des tissus (vêtements, rideaux, etc.) ou dans la poussière, le tabagisme ultrapassif est une notion récente, encore peu étudiée. Les voies d’exposition seraient diverses, par exemple par ingestion non alimentaire et contact cutané.

L’étude publiée par Noela Ramirez, de l’université Rovira i Virgili à Tarragone (Espagne), et ses collègues de l’université de York (Royaume-Uni) constitue la première tentative afin de mieux connaître ce phénomène. Son impact sanitaire pourrait être important, comme le révèle leurs analyses des poussières prélevées dans 46 foyers espagnols, dont la moitié habitées par des fumeurs.

Les chercheurs ont testé la présence dans ces poussières de 14 composés, à savoir la nicotine et 13 nitrosamines, la plupart jugées cancérogènes avérés, probables ou possibles par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Parmi ces nitrosamines, 5 sont issues de la combustion du tabac.

Premier constat, la nicotine est partout. On la retrouve même dans les foyers de non-fumeurs, certes à un taux 10 fois moins élevé que chez les fumeurs. Idem pour les nitrosamines provenant du tabac. Quant aux nitrosamines non associées au tabac, issues de la pollution atmosphérique, elles sont retrouvées en quantités équivalentes dans les deux types de foyers.

Le tabac froid s’insinue partout

Grâce aux concentrations mesurées, et s’appuyant sur les caractéristiques toxicologiques des nitrosamines, les chercheurs ont pu estimer le risque cancéreux lié au «third hand smoking». Il est particulièrement élevé chez les enfants âgés de 1 à 6 ans: pour ceux vivant dans un foyer fumeur, le tabagisme ultrapassif accroît de 9,6 pour 100.000 le risque de développer un cancer durant sa vie. Voire jusqu’à 1 pour 1.000 dans les foyers les plus imprégnés de tabac.

Surprise de cette étude, même les foyers non fumeurs ne sont pas épargnés par le tabagisme ultrapassif: le niveau de nitrosamines y engendrerait un surrisque allant jusqu’à 1,7 pour 10.000 pour les jeunes enfants. Est-ce à dire que leurs parents fumeraient en cachette? Pas forcément: outre la pollution atmosphérique, les nitrosamines, très persistantes, pourraient être amenées par des visiteurs fumeurs, via leurs vêtements ou leur haleine.

Que leurs parents soient fumeurs ou non, les enfants sont surexposés aux nitrosamines dérivées du tabac. Pour les chercheurs, 64% des enfants de non-fumeurs, et 77% de ceux de fumeurs, dépasseraient le seuil fixé par l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA). A savoir un cas pour un million, au-delà duquel un risque sanitaire n’est plus acceptable.

Co-auteur de l’étude, Alastair Lewis de l’université de York rappelle que «plus de 40% des enfants ont au moins un de leur parents qui fument. Tandis que le public est généralement bien conscient des dangers du tabagisme passif, il est peu informé de ceux du tabagisme ultrapassif».

Il n’en sera que plus difficile de lutter contre. A la différence du tabagisme passif, qui, en France et ailleurs, a pu être en partie contré par l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Mi-juin, le député UMP Jean-François Mancel a même déposé une proposition de loi visant à interdire la consommation de tabac en voiture. Et ce dans deux objectifs: protéger les enfants et accroître la vigilance du conducteur.



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