Le TA de Rennes condamne le phosphore du lisier

Le 27 octobre 2004 par Loïc Chauveau
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Le tribunal administratif de Rennes a annulé l'extension d'un élevage de porc en arguant des risques de pollution au phosphore. C'est la première fois que cette matière organique polluante justifie une décision de justice.

Le mal de la Bretagne, c'est le nitrate. Avec la décision prise le 9 septembre 2004 par le tribunal administratif de Rennes, une autre matière organique occupe le banc des accusés : le phosphore. En attaquant le 9 octobre 2001 l'autorisation d'extension d'un élevage de la commune de Plaudren (Morbihan), l'association de protection de l'environnement Eau et rivières de Bretagne avait comme objectif de faire porter l'attention sur cet autre polluant. C'est réussi. L'exploitation incriminée avait le droit d'élever 428 reproducteurs, 1.500 porcs à l'engraissement et 1.320 porcelets. Elle est équipée d'une station d'épuration qui abat les teneurs en nitrate de 80%. Avec des boues inactivées, le besoin en surfaces d'épandages des lisiers est moindre, aussi le préfet du Morbihan était-il rassuré sur le respect des règles environnementales :"C'est oublier que les stations ne traitent pas le phosphore, rappelle Gilles Huet, secrétaire général d'Eau et rivières de Bretagne. Le phosphore se concentre donc sur de petites surfaces si bien que les teneurs dans le sol augmentent. Ces quantités importantes peuvent ensuite migrer dans l'environnement."

Le phosphore a un comportement très atypique. Au contraire de l'azote qui se mélange facilement avec l'eau et l'air, le phosphore est stable. Il reste dans le sol. Il ne se dissout pas ni ne se sublime:"Les nouvelles pratiques culturales facilitent sa dispersion, constate Olivier Coulon, ingénieur à l'Agence de l'eau Loire-Bretagne. La culture du maïs impose des sols nus l'hiver. Ces sols sont plus sensibles à l'érosion par les pluies. Le phosphore est entraîné dans les rivières mêlé aux particules d'argile. Il se retrouve ainsi dans un milieu où il peut être recyclé par des cyanobactéries." Cet enchaînement est à l'origine d'un phénomène que l'on retrouve de plus en plus fréquemment en Bretagne : des explosions de micro-algues toxiques.

Apparu à la fin des années 80, ces proliférations alguales dans l'eau douce ont beaucoup surpris. Le phosphore était suspecté mais ses teneurs dans les rivières étaient en baisse du fait des progrès accomplis par les stations d'épuration urbaines et grâce à l'interdiction des lessives phosphatée :"On s'est alors aperçu que le phosphore issu du lisier s'accumulait dans les sédiments, poursuit Olivier Coulon. Sous des circonstances encore très mal définies de température de l'eau et, d'absence de courant, le phosphore se libère et est assimilé par des micro-algues". C'est la première étape de l'eutrophisation. Ces cyanobactéries envahissent le milieu au point de rendre l'eau complètement opaque. Le nombre de lieux interdits à la baignade ne cesse de croître d'une année sur l'autre :"Je pense que le phénomène s'étend du fait de conditions climatiques plus favorables, suppute Olivier Coulon. Les hivers sont de plus en plus doux."

La décision du tribunal administratif de Rennes est donc un coup de semonce. L'éleveur incriminé devait rejeter 218,52 kilogrammes de nitrate à l'hectare (alors que le sol n'avait besoin que de 70 kilogrammes) sans enfreindre de règlement. La justice a donc pris aujourd'hui la mesure d'un type de pollution très sournois. Cela constitue un rappel à l'ordre pour l'ensemble de la profession agricole. Ces cinq dernières années, les éleveurs de porcs se sont massivement équipés en stations d'épuration. Plus de 300 sont actuellement en activité en Bretagne. On leur rappelle donc aujourd'hui à la profession qu'il reste des pollutions à maîtriser. Il leur faudra certainement ajouter un traitement chimique supplémentaire. Dans les stations d'épuration urbaine, le phosphore est floculé grâce à des sels de fer.


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