Le système électrique ne se décarbonise pas assez vite

Le 17 avril 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le système électrique mondial: aussi carbonique qu'en 1990!
Le système électrique mondial: aussi carbonique qu'en 1990!
AIE

Malgré le développement des énergies renouvelables, la production d’électricité mondiale génère autant de CO2 qu’en 1990. Pour réduire notre empreinte carbone, l’AIE recommande la mise en œuvre de politiques claires et durables et le soutien aux technologies décarbonées. Ce qui passera sans doute par un renchérissement du prix du carbone.

Pendant que les Français débattent de leur transition énergétique, le monde s’inquiète. Ce matin 17 avril, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a rendu publique son étude annuelle sur le bouquet énergétique mondial. Et les nouvelles ne sont pas très bonnes. D’entrée de jeu, l’agence de l’OCDE déplore l’invraisemblable lenteur avec laquelle les compagnies électriques «décarbonisent» leur parc de production.

Pour appuyer leur propos, les analystes de l’AIE ont conçu un indice tout simple: ESCII. Derrière ce barbarisme se cache un outil d’évaluation de la performance carbone du système énergétique, laquelle n’a que très peu progressé. En 1970, un producteur d’électricité émettait 57,1 tonnes de CO2 par TJ. Quatre décennies plus tard, l’indice atteint 56,7 tCO2/TJ: 1% d’amélioration en 40 ans. Consternant. Conséquence immédiate: «Nous ne sommes pas en voie d’atteindre les objectifs intermédiaires à 2020 qui nous permettrons de rester en dessous des 2°C», résument les rédacteurs de l’étude.

Comment en est-on arrivé là? Simple, répondent les experts de l’agence parisienne: on a levé le pied sur les technologies propres, tout en continuant à mettre en service des installations polluantes.

Les données de l’exercice sont simples. Si nous voulons avoir des chances raisonnables de limiter le réchauffement d’ici la fin du siècle à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, l’humanité doit réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Cela implique, par exemple, que les énergies renouvelables (éolien, solaire, géothermie, agrocarburants, hydrauliques, énergies marines, etc.) fournissent plus de 7.000 térawattheures par an en 2020: 50% de mieux qu’en 2010.

Or, au rythme actuel des mises en service, nous n’y parviendrons pas. D’autant, a souligné le consultant Bloomberg New Energy Finance, que les investissements dans les renouvelables ralentissent. Dans une note publiée le 16 avril, la filiale du groupe d’information économique affirme que les investissements mondiaux dans les énergies «vertes» ont atteint 40,6 milliards de dollars (31 milliards d’euros) durant le premier trimestre: un chiffre en baisse de 22% par rapport à la même période de l’année passée.

La faute à la crise économique, bien sûr, mais pas seulement. En Europe, les aides publiques au développement de l’éolien et de l’énergie solaire (des obligations d’achat à un tarif réglementé, le plus souvent) ont connu un coup d’arrêt ces deux dernières années. Aux Etats-Unis, les incertitudes sur l’adoption du budget fédéral ont découragé les promoteurs de champs d’éoliennes. En France, les errements des gouvernements Fillon et Ayrault ont tellement différé les lancements d’appels d’offres sur l’éolien offshore que l’objectif de voir fonctionner 6.000 mégawatts de turbines en mer, d’ici à 2020, est devenu totalement irréaliste. Pour relancer la machine renouvelable, l’AIE exhorte les gouvernements à mettre en œuvre des politiques de soutien claires et durables qui permettraient aux technologies les plus efficaces de se développer, sans obérer les capacités des gestionnaires de réseaux de transport et de distribution d’électricité.

La catastrophe de Fukushima a porté un rude coup à l’énergie nucléaire. Pendant plus d’un an, la Chine —plus gros constructeur de centrales atomiques du monde— a stoppé ses chantiers de construction de réacteurs. L’Allemagne, la Suisse et la Belgique ont annoncé l’abandon de cette source d’énergie. Momentanément suivi par le Japon qui s’est, depuis, rétracté. Au total, le parc nucléaire mondial comprend environ 400.000 MW de capacité (stable depuis 2000), alors qu’il en faudrait 650.000 MW, en 2025, pour satisfaire, proprement, les besoins croissants en électricité, estime l’AIE. L’organisation intergouvernementale appelle ses membres à mettre en pratique des systèmes de financement innovants, à l’image du futur système tarifaire britannique qui devrait rentabiliser la production de kilowattheures décarbonés.

Et il faudra bien ça pour mettre à mal le dynamisme des mises à feu des centrales thermiques à flammes (au charbon et à gaz). Entre 1990 et 2011, la production électrique mondiale des centrales au charbon a doublé (8.866 TWh/an en 2011). Dans le même laps de temps, les installations au gaz ont triplé leur production (4.856 TWh/an). Résultat: en 2011, 62% des électrons générés dans le monde sont issus des turbines entrainées par la combustion de charbon vapeur ou de gaz naturel, contre 52% en 1990. Des tendances qui ne sont pas près de s’infléchir.

En Europe, l’afflux de charbon américain (chassé des centrales US par le boom des gaz non conventionnels) a considérablement réduit l’attractivité des centrales au gaz. Au cours du premier semestre 2012, les productions des centrales au charbon allemandes, espagnoles et britanniques ont respectivement bondi de 8%, 65% et 35% par rapport à la même période de l’année précédente. Problème, selon les analystes de l’AIE, seul un quota d’émission de GES à 50 € serait susceptible de disqualifier le charbon sur le marché du Vieux monde: 15 fois plus cher qu’il ne l’est aujourd’hui.

La fin de l’histoire est-elle écrite? Pas encore, estiment les auteurs. Notamment parce que des technologies de combustion très performantes sont désormais disponibles. «Si les 550.000 MW de capacités au charbon mises en service entre 2000 et 2011 utilisaient la technologie ultra-supercritique, les émissions cumulées de CO2 auraient été réduites de 2 milliards de tonnes sur la période», rappellent les auteurs.

Des centrales à cycle combiné à gaz de dernière génération ont des rendements deux fois supérieurs à ceux des installations inaugurées dans les années 1990. Dans tous les cas, les gouvernements, estime l’AIE, doivent encourager l’utilisation des techniques les plus efficaces (voire interdire les plus inefficaces, comme en France) et aider au développement des systèmes de captage-stockage de CO2 (CSC). Le CSC, rappellent les analystes, devrait pouvoir éviter le relâchement dans l’atmosphère de 260 MtCO2/an à l’horizon 2020: 10 fois plus qu’en 2012. Il faudrait toutefois réviser les mécanismes d’aide à l’émergence de cette technologie.

Ce qui passe sans doute par un fort renchérissement des coûts d’émission du dioxyde de carbone. Avis aux parlementaires!



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