Le syndrome japonais

Le 14 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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7 réacteurs nippons sont au bord de la crise de nerf.
7 réacteurs nippons sont au bord de la crise de nerf.

Quatre centrales nucléaires nippones connaissent d’importants problèmes. Du combustible a probablement déjà fondu dans deux réacteurs. Et les sauveteurs luttent d’arrache-pied pour stabiliser une troisième tranche.

 

Les accidents qui secouent le secteur nucléaire japonais ont beau être les plus médiatisés de la planète, ils ne sont pas encore très clairs. Chronologiquement, tout commence vendredi 11 mars à 05h46 (GMT). Sous la poussée sans précédent de la plaque tectonique du Pacifique sur la plaque nord-américaine, se produit un choc d’une brutalité rarement vue dans l’histoire géologique récente. Un tremblement de terre, d’une magnitude 8,9 (rehaussée à 9, par la suite), frappe l’archipel, et notamment l’île d’Honshu. D’après les calculs réalisés par le service de géophysique américain (USGS, selon l’acronyme anglais), le Japon se déplace de2,4 mètres . Et bouge plusieurs minutes durant.

 

L’épicentre du séisme est rapidement situé à25 kilomètresde profondeur et à80 km , en mer, au large d’Honshu. Sous l’effet des mouvements telluriques, le fond marin est bouleversé. «Avec un séisme de cette ampleur, déclare le sismologue Paul Earl, de l’USGS, des modifications énormes interviennent. Sur la faille, vous pouvez assister à des mouvements d’une amplitude de20 mà partie de chaque bord.» Le résultat est pratiquement instantané: un gigantesque tsunami se forme et va frapper les côtes est de l’île centrale du Japon. Se déplaçant à très vive allure, le mur d’eau dépasse les10mde haut par endroit. Aucune digue, aucun obstacle ne lui résiste. Et la mer emporte tout sur son passage jusqu’à plusieurs km à l’intérieur des terres.

 

Au moment du tremblement de terre, les réacteurs des centrales nucléaires de l’île de Honshu se sont arrêtées automatiquement. Rien de plus normal, en pareilles circonstances. Sur la côte orientale, les centrales d’Onagawa (3 réacteurs), de Fukishima Dai Ichi (6 réacteurs en service), de Fukishima Daini (4 réacteurs), de Tokaï (1 réacteur) et d’Higashidori (1 réacteur) ne signalent alors aucun incident grave. A l’exception d’un départ de feu dans un îlot non nucléaire d’une tranche d’Onagawa, vite maîtrisé.

 

Problème: même à l’arrêt, les réacteurs ont besoin d’être refroidis. Car, même entouré des barres de contrôle neutrophages, le combustible produit toujours l’équivalent de 6% de l’énergie qu’il génère en période de production. Si cette chaleur n’est pas évacuée, le combustible risque de se dégrader, puis de faire fondre la gaine qui le maintient dans le réacteur (le crayon). Si elle se développe, cette lave radioactive (le corium) peut faire fondre le fond de la cuve du réacteur et descendre dans les fondations de la centrale, voire plus bas. C’est précisément ce qui s’est passé à Tchernobyl, il y a 25 ans de cela.

 

Le tsunami a été dévastateur. Notamment en noyant les pompes du circuit primaire et d’alimentation du condenseur des centrales de Fukushima Dai Ichi, de Fukushima Daini et d’Onagawa. Sans doute noyés, les diesel de secours n’ont pas, eux non plus, démarré. Les exploitants se sont alors rabattus sur une alimentation électrique par batterie (le courant extérieur étant coupé). Des systèmes qui n’ont tenu que quelques heures.

 

Privé de refroidissement, le combustible a commencé à faire bouillir l’eau restée dans les réacteurs. Sous l’effet de la chaleur de plus en plus intense, l’eau s’évapore ou se décompose en dioxygène et en hydrogène qui s’accumulent dans le haut du bâtiment du réacteur. Or, à certaine teneur dans l’air, l’hydrogène explose. C’est précisément ce qui s’est produit samedi et lundi lorsque les enceintes métalliques des tranches 1 et 3 de Fukushima Dai Ichi ont volé en éclat.

 

Malgré les commentaires rassurants du gouvernement japonais, les deux avaries semblent sévères. Dans une note -mise à jour le 13 mars à 23 heures, heure de Paris-, l’Institut de protection et de sûreté nucléaire (IRSN) estime que des rejets de radioactivité très importants se sont produits: «Lors de l’explosion, le débit de dose à la limite du site aurait atteint 1 millisievert par heure (mSv/h); 12 heures plus tard, le débit de dose à la limite du site aurait encore été de 0,04 mSv/h.» Des valeur à comparer avec le niveau moyen de radioactivité: 0,0001 mSv/h! «Globalement, les rejets dans l’environnement sont importants», confirme l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) dans un communiqué, publié lundi. Son président, André-Claude Lacoste, estime déjà à 5 ou 6 sur l’échelle Ines le niveau de gravité des accidents japonais. Pour mémoire, Tchernobyl avait été coté au 7 e et dernier niveau.

 

Autre élément à charge: la contamination par des particules de césium 137 et d’iode 121 des équipages de trois hélicoptères américains qui volaient à une centaine de km au nord de Fukushima. Ce nuage radioactif a également été détecté par les radiamètres embarqués sur le porte-avion nucléaire USS Ronald Reagan, qui croisait à160 kmau nord-est de la centrale accidentée.

 

Ces particules ont une origine probable: le venting. Pour dépressuriser les enceintes saturées d’hydrogène des réacteurs de Fukushima Dai Ichi et de Fukushima Daini, les exploitants ont été autorisés à ouvrir les filtres des enceintes (voire directement les parois de l’enceinte extérieure de la tranche 2 de Dai Ichi), évacuant dans l’atmosphère un cocktail de gaz radioactifs.

 

Cette tentative désespérée a entraîné l’évacuation forcée de la plupart des riverains des deux centrales, situés dans un rayon de20 km .

 

Pour autant, la situation est loin d’être stabilisée. La seconde tranche de Dai Ichi est toujours sous la menace d’une explosion d’hydrogène.

 

A une dizaine de km de distance, les pompiers et les techniciens de l’opérateur Tepco tentent de refroidir les 4 réacteurs de Fukushima Daini en injectant, dans le bâtiment réacteur, des tonnes d’eau de mer enrichie en bore (un absorbeur de neutrons). Une opération extrêmement difficile, car le bâtiment est contaminé et en surpression.

 

A l’heure où nous mettons en ligne, les sauveteurs semblent avoir perdu l’espoir de sauver la troisième tranche de Fukushima Dai Ichi. Malgré les efforts des pompiers, le niveau d’eau continue de baisser dans le réacteur, laissant totalement découvertes les barres de combustible. Une situation qui, si elle venait à durer quelques heures, devrait entraîner la fonte du combustible et des crayons et le percement probable du fond de la cuve du réacteur : le début du syndrome japonais.



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