Le SRCE du Nord-Pas de Calais face à la montée des eaux et de la colère agricole

Le 08 janvier 2014 par Marine Jobert
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Les Moërs sont un vaste polder, drainé par un réseau de canaux appelés «watringues».
Les Moërs sont un vaste polder, drainé par un réseau de canaux appelés «watringues».
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«L'écologie abusive ne va pas nourrir la planète.» C’est peu dire que le schéma régional de cohérence écologique (SRCE) qu’est en train d’élaborer la région Nord-Pas-de-Calais n’a pas bonne presse dans le monde agricole local. Le 2 janvier dernier, ils étaient près de 250 agriculteurs , accompagnés d’une centaine de tracteurs, massés devant la mairie de Dunkerque, à l’appel de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Nord, du Centre départemental des jeunes agricoles et de la Confédération rurale. Une démonstration de force à l’occasion de la fin de l’enquête publique. Selon eux, ce SRCE aboutirait à détruire «la moitié du territoire agricole du Nord-Pas-de-Calais. C'est de l'inconscience de la part des élus du conseil régional», a déclaré Denis Bollengier, vice-président de la FDSEA 59 et agriculteur à Esquelbecq (Nord), rapporte l’AFP. Les agriculteurs craignent notamment que les zones gagnées sur la mer en Picardie et en Flandre (les fameux polders) et dédiées à la culture, soient sacrifiées. Région et Etat démentent en bloc ces assertions.

 

Outil de mise en œuvre des «trames vertes et bleues» issu du Grenelle I, le SRCE est avant tout un document d’information. Il comporte un diagnostic du territoire régional et des enjeux liés à la préservation et à la remise en état des continuités écologiques, un volet identifiant les réservoirs et corridors, un plan d’action, un atlas cartographique, un dispositif de suivi et d’évaluation et un résumé non technique. Il n’est pas opposable aux documents d’urbanisme; les aménageurs ou les élus sont seulement tenus de démontrer qu’ils en ont pris connaissance et qu’ils en tiennent compte. Il ne crée aucune servitude d’utilité publique, ni de non-constructibilité.

 

Ce SRCE est un outil qui s’avère précieux dans le NPDC, car la région «compte la part d’espaces naturels la plus faible de France», précise son résumé non technique. En effet, seulement 9,9% du territoire régional est occupé par les forêts et les milieux semi naturels, contre 34% pour la France. Et le constat est inverse pour les espaces artificialisés, avec 15,5% pour la région, contre 5,1% pour le reste de la métropole. Des espaces naturels «émiettés» (plus de 85.000 espaces recensés), généralement remodelés, exploités ou gérés par l’homme. «Les espaces naturels non modifiés par les activités humaines sont extrêmement rares et se concentrent essentiellement sur la bande littorale.» Dernier point d’importance: «Entre 2000 et 2008, l’artificialisation de la région a été multipliée par trois par rapport à la décennie précédente», précise Michel Pascal, à la tête de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) Nord-Pas-de-Calais.

 

Toute la subtilité de ce SRCE réside donc dans le mariage entre des activités agricoles qui occupent 72% du territoire régional et la reconquête des services écosystémiques d’une nature atrophiée dans ce territoire archi-anthropisé. «Dans ce contexte, notre objectif n’est pas de détruire des espaces naturels et agricoles, mais bien de les maintenir en l’état et de soutenir une activité humaine qui ne génère pas d’artificialisation», explique Michel Pascal au Journal de l’Environnement. Les assertions du monde agricole –la destruction de la moitié du territoire agricole- ont donc pour le moins surpris, tant à la région qu’au sein des services de l’Etat.

 

Ces craintes de voir inondés des pans entiers du territoire seraient nées, chez les agriculteurs, de la lecture de la page 274 du SRCE: «Supprimer (…) divers aménagements hydrauliques régulant le niveau des eaux des plus basses terres (moëres[1] par exemple, marais tourbeux, autres espaces à identifier) en vue de recréer de nouvelles zones humides longuement inondables, notamment par étrépage[2] au niveau d’espaces délaissés ou abandonnés par l’agriculture». «A aucun moment il n’est question d’arrêter les pompages sur le polder!», assure Emmanuel Cau, vice-président du conseil régional chargé de l'aménagement du territoire et de l'environnement, qui rappelle que le polder couvre 800 kilomètres carrés et abrite quelque 400.000 personnes.

 

Même étonnement à la Dreal: «L’Etat travaille justement à la pérennisation du système des watringues, qui a permis depuis plusieurs siècles d’industrialiser et de faire prospérer le littoral, rappelle Michel Pascal. La question en cours, c’est qu’avec l’élévation du niveau de la mer et le renforcement de l’intensité des tempêtes, les systèmes de pompage sont à bout de souffle. L’Etat veut les soutenir». Ces deux interlocuteurs se rejoignent pour dire que le SRCE peut permettre, au plan très local et dans l’hypothèse où des terres agricoles seraient délaissées, de reconquérir la biodiversité de ces zones. «C’est aux acteurs locaux de décider comment ils mettent en place les corridors écologiques et autres zones-tampons, rappelle Emmanuel Cau. Soutenir autre chose, ce serait de la manipulation.»

 



[1] Il s’agit d’une région marécageuse dans la région de Dunkerque, à cheval sur l'actuelle frontière franco-belge. C’est un vaste polder, drainé par un réseau de canaux désignés sous le terme de «watringues».

[2] L'étrépage est une technique de gestion des milieux visant à localement décaisser et exporter le sol sur 10 à 20 centimètres d'épaisseur, pour l'appauvrir volontairement afin de favoriser les espèces pionnières et la biodiversité et une renaturation. Source Wikipédia.

 

 



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